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Prendre le train

Laisse le chemin faire…

Pour qui a la chance de ne pas prendre le train quotidiennement pour son travail, prendre le chemin de fer demeure un plaisir rare, une porte ouverte pour l'aventure à un autre rythme et dans des conditions si différentes de la voiture individuelle, que rien ne peut remplacer un mode de déplacement jamais avare de surprises.

Paradoxalement, c'est tout naturellement la rupture avec le train-train quotidien qu'implique cette plongée dans les arcanes d'un service qui fut jadis public et qui depuis cherche sa voie, entre entreprise bassement mercantile et maintien coûte que coûte d'une certaine idée de la France. La SNCF se meurt mais ne se rend pas encore, c'est bien là l'essentiel pour cette arrière garde du syndicalisme outrancier.

Car prendre le train c'est d'abord courir plusieurs lièvres à la fois. Tout d'abord et surtout en période critique, c'est se colleter au risque de la sournoise grève. Ce qui relève ici de la tradition n'en demeure pas moins un terrible péril pour celui qui n'a d'autre choix que de confier son destin à l'humeur versatile des derniers Mohicans de la revendication.

C'est encore jongler avec les horaires, les correspondances, les retards inopinés si fréquents qu'ils n'ont plus rien d'extraordinaires au point de plomber tout voyage en transformant le malheureux usager en un obsessionnel de l'horloge. Regarder sa montre ou tout ce qui tient lieu désormais d'indicateur chronologique est le signe manifeste que vous avez à faire à un migrateur sur les rails.

Il faut encore assumer le péril de l'indication absconse, du fléchage incertain, du renseignement aléatoire et des changements de dernière minute qui mettent en péril l'égaré de la correspondance. Car voyez-vous, le transit est délicat dans ce monde du transport ferroviaire, au propre comme au figuré depuis que les WC ne sont accessibles désormais qu'en crachant au bassinet après une longue quête.

Mais j'anticipe grandement l'aventure, le nez au vent alors que le plus délicat est de se mettre en posture de trouver un billet. Mise à part les grandes villes dont les gares hébergent encore une espèce en voie de disparition, l'usager doit se résoudre à passer par le dédale de la toile pour acquérir son billet. Une épopée qui demande une patience d'ange, un peu de chance et beaucoup de persévérance tout autant qu'un équipement personnel de nature à compenser les lacunes de la société qui se décharge de tout ce qui devrait lui incomber normalement.

Plus incompréhensible encore est la différence de tarif au sein du même train pour la même destination. C'est la loterie, le délit d'initié, la combine pour ceux qui sont à l'abri du besoin et le prix prohibitif pour ceux qui se retrouvent dans la panade au dernier moment. Le prix à la tête et à la bourse du client en somme, favorisant toujours les gens des grandes villes avec des promotions délirantes pour les privilégiés du TGV.

Prendre le train c'est ainsi se mettre le nez dans les différences de classe, découvrir que le principe d'égalité n'est toujours pas acquis dans une entreprise qui à ses débuts distinguait jusqu'à trois états comme au temps glorieux de la royauté. Tout ceci n'est pas de nature à vous redonner l'envie de voyager en transport en commun d'autant que même avec les hausses des carburants, le train pour une personne seule parvient tout juste à concurrencer l'automobile. C'est à croire que ce mode de transport est abandonné par nos chers décideurs.

Prétendre que le train bat de l'aile, ce serait à vrai dire faire un abus de langage mais affirmer tout de go qu'il a tendance à dérailler quelque peu, voilà là chute raisonnable à un billet écrit lors d'une correspondance pour laquelle j'ai imaginé que vous puissiez être mes correspondants.

À contre-voie.


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30 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 2 août 15:35

    J’ai cru que vous alliez nous faire le coup des « usagers pris en otage », avec l’ « arrière garde du syndicalisme outrancier » !

    Moi, la plus grosse prise d’otage que j’ai connue, ça a été le confinement.

    On ne comprend pas très bien dans votre article ce qui est la cause du déclin du chemin de fer : « nos chers décideurs. » (comme vous dites), les syndicalistes corporatistes ou le manque de compétence des organisateurs.


    • C'est Nabum C’est Nabum 3 août 07:45

      @Séraphin Lampion

      Vous n’avez pas tord
      Il est obscur pour la simple raison qu’il a été écrit sur une ligne dépourvue de tunnels 


    • juluch juluch 2 août 17:30

      belle lurette que je n’ai pas pris le train........ smiley


      • C'est Nabum C’est Nabum 3 août 07:45

        @juluch

        Ce serait fort agréable si les prix étaient honnêtes et églaitaires 


      • véronique 3 août 09:11

        Bonjour,

        Je tique un peu sur le syndicalisme outrancier, mais à part ça, je trouve votre billet très pertinent. 


        • C'est Nabum C’est Nabum 4 août 06:08

          @véronique

          Pourtant, cet aspect là relève d’un tel truisme qu’il y a tout lieu de s’interroger
          Merci


        • velosolex velosolex 3 août 15:36

          Les trains ne sont plus ce qu’ils étaient. 

          Je me souviens d’une époque où les trains étaient à l’heure et où je ne l’étais pas. Le contraire d’aujourdhui. .La vapeur s’est inversée, et la locomotive me pousse vers la voie de garage d’une gare éteinte. Jadis je me souviens elles étaient nombreuses. Mon premier voyage date de mes trois ans. Neuf kms dans une vallée normande à l’intérieur d’une micheline rouge et blanche. La même que je regardais passer avec l’envie de faire le voyage moi aussi. Ma mère m’enmena à pied au village d’à coté, afin de me faire ce « batpème du train ». Nous primes un ticket pour revenir au village, éloigné de neuf kms 

          J’ai pris beaucoup de trains dans ma vie par la suite. Le trans sibérien pendan une semaine. Le Dehli Madras qui durait trois jours, et le Lahore Quetta qui traversait au pas le désert du Balouchistan, à mesure que des hommes pelletaient devant le train, pour retirer le sable.

          Aucun de ces voyages ne parvient néanmoins à celui que je fis à bord de cette première Micheline, qui me fait l’effet d’une madeleine. Chacun à sa recherche du temps perdu, qui remonte à l’âge où l’on a pas encore idée de se pencher par la fenêtre, consigne répliquée en trois langues, l’allemande apparaissant terrible, avec son « Nicht Hinauslehnen ! Bien loin du chantant »No pericoloso sporgessi !« . 

          Je regrette le temps où il ne fallait que se présenter au guichet pour obtenir un ticket. Le guichetier était alors capable de vous faire un billet en deux minutes, jonglant avec cinq bottins,vous expédiant en trois correspondances et demi de cette petite gare de l’ouest à n’importe quelle patelin de France et de navarre, comme une lettre à la poste oblitérée faisant foi. 

          Tant d’écrivains on écrit sur les trains. ’Linconnu du nord express » de Patricia Highschmitt « .... »Le train « de Simenon...Agatha Cristie.....Tant d’autres. Je retiens ce billet d’Alexandre Vialatte intitulé » le train du soir," que je laisse parler à ma place, me contentant de celle du controleur, cette homme aussi considérable que le garde champètre, inspectant d’un oeil avisé les passagers assis dans le compartiment, avant de leur demander leur ticket. 


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 15:41

            @velosolex

            Mon premier voyage date de mes trois ans. Neuf kms dans une vallée normande à l’intérieur d’une micheline rouge et blanche. La même que je regardais passer avec l’envie de faire le voyage moi aussi. Ma mère m’enmena à pied au village d’à coté, afin de me faire ce « batpème du train ». Nous primes un ticket pour revenir au village, éloigné de neuf kms 

            à 3 ans si on se rapelle de tout,mais rarement plus tard,ou souvent trop tard... ok pour le reste, mais ça brode pas mal...lol


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 16:31

            d’ailleur, velosolex tu as autant de vide qu’une joséphine,ça comble..


          • velosolex velosolex 3 août 19:17

            @Xenozoid
            J’ai passé ma vie à déménager, la première fois à moins de quatre ans. Ce qui fait que je date très facilement mes souvenirs selon la correspondance des trains. Certains n’ont pas de souvenirs à moins de sept ou huit ans, et vous diront qu’il est impossible de remonter les fleuves impassibles si loin. On ne fait souvent que des analyses projectives. 
            Je ne sais à quoi tient ces différences. Et me moque d’être rare ou commun. Peut être que d’aller ailleurs entretient la nostalgie, et le souvenir. Le jour où j’ai appris que les locomotives allaient disparaitre, j’ai réalisé à dix ans qu’un monde allait disparaitre. 


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 19:30

            @ le beagle

            mais je m’en fous de ta vie comme tu te fous de la mienne, on est daccord ?

            Peut être que d’aller ailleurs entretient la nostalgie, et le souvenir. Le jour où j’ai appris que les locomotives allaient disparaitre, j’ai réalisé à dix ans qu’un monde allait disparaitre. 

            mais ne me fait pas de patho en plus de ton caca de 3 ans...c’est terrible

            tu oses


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 19:37

            @beagle

            je suppose que par ton boulot tu connais le secret de la mémoire ?


          • velosolex velosolex 3 août 20:36

            @Xenozoid
            Une vie passé en psychiatrie, du bon coté de la blouse , m’a permis d’apprendre à situer la capactié de gtus de ton genre succeptible de se retrouver du mauvais coté.

            Parfois, un train n’en cache même pas un autre .


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 20:41

            @beafle

            la capactié de gtus de ton genre succeptible de se retrouver du mauvais coté.

            Parfois, un train n’en cache même pas un autre .

            on est d’accord ça ne veux rien dire a part l’observation a l’unisson, même si ça cache ta merde, 


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 20:44

            @beagle

            cela était surement a guantanamo


          • velosolex velosolex 3 août 21:20

            @Xenozoid
            « Un train peut en cacher un autre... ». La capacité de « pouvoir » suggère que le réel est plus complexe qu’il n’apparait à celui qui s’apprête à traverser la voie, et qu’il fatut se méfier des apparences, qui peuvent s’avérer fatales. 
            Certains individus sont comme les trains.
            Ils ont plus d’épaisseur que d’autres, et peuvent cacher un autre convoi, invisibles à l’apparence ferroviaire, et aux imbéciles. 
            Ce n’est pas ton cas. Les roquets derrière leur grillage ont aussi cette particularité. Tout est dit dans leurs aboiements qu’ils sont pourtant incapables de dépasser. Ils ne parvienent jamais à se hisser au dessus de leur condition, même s’ Ils se prennent pour les maitres du monde.
            Leur stupidité est leur force. 
            Ca me fait penser à « la modification » de Butor, qui raconte les transformations d’un homme et de ses projets, dans un voyage en train de Paris à Rome.

            Je sais...Autant pisser dans la soute à charbon....


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 21:23

            @beagle

            heureusement que tu as des bouquins


          • velosolex velosolex 3 août 21:35

            @Xenozoid
            Avec le vélo, les bouquins sont une consolation de l’existence. Ils permettent de suppléer aux différences d’ écartement des voies ferroviaires.
            Parait que ces activités sont revenus en force avec le covid.
            La capacité de se passer des autres, et de cultiver son jardin, permettent de continuer le voyage sans avoir besoin de ticket de première. 


          • C'est Nabum C’est Nabum 4 août 06:10

            @velosolex

            Merci pour ces anecdotes


          • titi titi 4 août 10:59

            @velosolex

            "Je me souviens d’une époque où les trains étaient à l’heure

            "
            Moi pas.
            Quand j’étais étudiant il y a 30 ans ils n’étaient pas à l’heure.
            Quand j’ai commencé la vie active il y a 25 ans, ils n’étaient pas à l’heure.

            Depuis 5 ans je ne saurais vous dire : je boycotte.


          • Xenozoid Xenozoid 3 août 16:32

            j’aime bien la peinture


            • Xenozoid Xenozoid 3 août 16:33

              @Xenozoid
              tres américain


            • Xenozoid Xenozoid 3 août 16:34

              @Xenozoid

              cela me fait penser a david matingly et bob eggleton, merci Nabum



            • C'est Nabum C’est Nabum 4 août 06:10

              @Xenozoid

              Le train bleu



              • Adèle Coupechoux 3 août 18:04

                Et pourtant « le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous » dixit la SNCF..

                A l’image de la devise de la France..


                • C'est Nabum C’est Nabum 4 août 06:11

                  @Adèle Coupechoux

                  Le partage avec la plus grosse part pour le TGV jacobin


                • mosel 3 août 18:32

                  Pour me rendre a CANNES CHEZ mon fils je dois passer par PARIS gare de l’est et aller gare de LYON car la SNCF a supprimé le METZ VINTIMILLE ce qui nous rallonge de plusieurs heures.Bizarement nous n’avons pas entendus les pseudo ecologistes qui nous bassinent avec les transports en commun.

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