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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Réunis autour de Morice

Réunis autour de Morice

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Chansigne.

Morice Benin a bien de la chance de disposer ainsi de nombreux admirateurs, décidés à traverser la France pour se retrouver une fois l’an dans une charmante demeure, égarée au cœur du Berry. Là, des amis chers l’invitent depuis vingt et un ans pour un weekend dédié au spectacle et aux rencontres. Naturellement c’est le chanteur qui mène le bal, proposant ses nouveautés : l’homme ne cesse de créer, ses coups de cœurs, ses envies et ses curiosités.

Un programme éclectique dont j’ai eu le bonheur cette année de faire partie. J’arrivai sur la pointe des pieds, inquiet de savoir l’accueil qui m’y serait fait tout autant que curieux de découvrir cet univers que je ne connais pas très bien. Rapidement, le climat de tolérance et d’ouverture qui règnait parmi ces gens me poussa à l’optimisme. J’ai, il faut l’avouer, un formidable parrain en la personne de l'inénarrable accordéoniste qui m’accompagne parfois…

Le premier concert auquel il m’a été donné d’assister fut un émerveillement. Anne-Lise Roche, accompagnée par Pierre à la guitare, nous entraîne dans un univers de mots qui sont tout autant du slam que de la poésie véritable, des mélopées entêtantes accompagnant des textes qui sont d’une inventivité merveilleuse. Elle s’accorde le droit d’honorer ses guides dans la chanson : Barbara, Anne Silvestre et Michèle Bernard. C’est un pur régal.

Puis je découvre un conteur étonnant. Philémon n’a rien à envier au personnage de bandes dessinées qui lui a inspiré son pseudonyme. Funambule de l’émotion et du quotidien, il raconte plus qu’il ne conte, nous prenant à témoin d’une aventure somme toute ordinaire qui va prendre des allures d’épopée humaniste. Il se joue de la connivence et des fausses pistes, des chausse-trappes qu’il se plaît à glisser dans son propos. Il égare un temps son public avant que de le reprendre par la main et le sourire pour le remettre sur la voie. Du grand art.

Un repas en commun confirme le plaisir de se trouver en pays de curiosité et de saveurs multiples. La parole est aisée, la rencontre authentique, la simplicité de mise. Le nouveau venu que je suis ne tarde pas à se trouver en confiance. C’est une capacité rare pour un groupe constitué ainsi de faire aussi vite place à celui qui arrive. J’en suis étonné et heureux. La soirée se prolonge tardivement par un spectacle monté pour l’occasion avec quelques membres d’un atelier de chanson : Thierry, Monique, Laure, Sofido accompagnés par Hugo et Morice Benin. Philémon, encore lui, vient glisser son univers poétique entre des chansons qui évoquent l’étranger et le sort qui lui est fait. Des extraits du livre de Patrick Chamoiseau : « Frères Migrants » constitueront le fil rouge de ce moment émouvant.

Il n’est pas facile de se séparer en dépit de l’heure plus que tardive. De nouvelles chansons maintiennent les participants en éveil avant que de finir par s’avouer vaincus par la fatigue. Tout le monde se retrouve le lendemain matin, les uns pour une assemblée générale, les autres en cuisine. Les joies de la collectivité en somme.

Avant le repas, un récital nous ouvre l'appétit. Guitare et accordéon pour des chansons qui ont bercé notre lointaine jeunesse. La nostalgie joue son délicat effet bienfaisant, c’est un bonheur d’accompagner Thierry et sa voix chaleureuse. L’apéritif sera cette fois accompagné d’une fromagère. Je me devais de remercier mes hôtes de leur invitation par cette spécialité berrichonne.

Avant le repas, un nouveau récital de Thierry, promu président de l’association, il brille de sa nouvelle fonction et nous enchante de ses reprises. Chacun l’accompagne, rien de mieux que de débuter un repas par d’agréables textes, enfouis pour certains dans nos mémoires. La chanson a ceci de merveilleux, qu’elle reste tapie quelque part, prête à revenir à la surface d’une vague nostalgique.

Après le repas, un Atelier de développement personnel est proposé à tous les participants. Je ne puis rien vous en dire hélas puisque ce fut pour Gérard et moi le temps de préparer enfin notre prestation du milieu de l’après-midi. De celle-ci non plus je ne dirai rien, ce n’est pas à nous de raconter comment nos amis ont reçu ce spectacle, organisé spécialement pour l’occasion. Qu’un « cousin » de Québec m’ait pris à part pour me remercier de ma générosité fut la plus belle des récompenses.

Le programme continua ensuite par une page d’émotion. Un homme ayant connu la rue, les compagnons d’Emmaüs, le déclassement a su mettre en mots son parcours. La poésie fut pour lui une planche de salut grâce à de belles rencontres et des mains tendues. Il nous a gratifié d’un spectacle étrange, envoûtant parfois, dérangeant souvent, peut-être maladroit mais ô combien sincère. Nous devions le recevoir comme un témoignage et c’est ce que nous fîmes avec respect et humanité.

Avant le dîner, des chansons encore et toujours en guise d'apéritif. Des grands classiques repris par Gérard, toujours lui, à l’accordéon. Pour rafraîchir nos mémoires, des papiers circulaient avec le texte des paroles. Une chorale se constituait, les uns chantaient tandis que d’autres trinquaient. Le bonheur c’est simple comme une vieille rengaine.

La soirée s’achevait en apothéose avec un récital du maître accompagné par son fils. Un moment émouvant quand le Père chante le fils, nostalgique quand il reprend ses vieux succès, déroutant quand il nous propose des nouveautés. Nous devons alors tendre davantage l’oreille, nous pénétrer dans ses paroles denses, fortes, lourdes de toutes les menaces qui pèsent sur cette société. Le saltimbanque se fait lanceur d’alertes tout en conservant un formidable optimiste en l’humain.

Partageusement leur.

Photographies de Gérard Dussoubs

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3 réactions à cet article    


  • juluch juluch 14 juin 17:02

    J’ai cru un moment que c’était Morice d’agora.....ouf !!  smiley

    Merci Nabum !!


    • Alexis 14 juin 21:37

      @juluch
      Même remarque.
      Morice était un « excellent » conteur, mais spécialiste des contes pour enfants (à dormir debout) avec plein de navions bourrés de coke.


    • keiser keiser 15 juin 15:01

      Salut Nabum

      Hou la ! ...

      Tu me fais faire un saut spatio-temporel.

      J’avais une petite copine dans les années 70 qui était fan du Môrice.

      C’était de belles années.

      Je crois même que l’ai vu dans un festival.

      Perso il ne m’a jamais vraiment convaincu mais j’étais amoureux.

      Tu aurais pu ne pas oublier François Béranger que je préférais.

      Ce sera peut-être pour une prochaine fois ...  smiley

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