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Soleil Printanier

Le bonimenteur à la côte

La vie d’artiste, ce n’est pas une sinécure. Il y a bien des misères à vouloir distraire ses contemporains et parfois ses aînés. La chose est connue : sur les planches, tout peut arriver, le meilleur comme le pire ; Molière lui-même en a fait les frais. Ne voulant pas être en reste de mon glorieux devancier dans l’université d’Orléans, j’ai chu de manière lamentable avant que de me relever, blessé autant dans mon amour propre que dans mon corps.

Il convient de vous raconter par le menu ce pitoyable incident pour démontrer, si besoin en était encore, combien je suis maladroit et réfractaire à l’expérience. Ne cherchez pas un expert en incident domestique, demandez-moi de venir visiter votre domicile et, en peu de temps, vous pourrez repérer les endroits dangereux, les sécurités défectueuses et les chausse-trappes insidieuses. Naturellement, vous aurez ensuite quelques frais à réaliser pour remettre en état ce qui a cédé après mon passage !

Cette fois-ci, nous avions représentation à effectuer, pour notre plus grand plaisir du reste, dans un EPHAD de l’agglomération orléanaise. Cet endroit charmant au demeurant, fêtait les cinquante années d’existence de l’association qui préside à sa destinée. Il y a un vrai bonheur à venir ici, tant on constate à chaque visite combien les pensionnaires y sont bien traités et semblent vivre en harmonie.

C’est donc avec empressement que je voulais installer le vidéoprojecteur afin de proposer à ces charmants spectateurs les belles images de Loire que me confient bien volontiers mes amis les photographes ligériens. Ce diaporama permet ainsi d’attendre le début du spectacle car dans un tel établissement, les spectateurs arrivent un par un et certains doivent patienter de longues minutes en attendant que les soignants finissent de faire venir tout ce petit monde.

C’est aussi pour moi l’occasion de commenter les clichés, d’évoquer les lieux tandis que les musiciens achèvent leurs réglages. Je fais ainsi mieux connaissance avec le public tout en le préparant à la représentation qui va suivre. J’aime ces moments informels et c'est pourquoi je tenais tant à installer l’appareil. Malheureusement, le vidéoprojecteur était fixé au plafond et, pour y glisser le cordon de liaison, il me fallut grimper sur quelque chose...

Je choisis assez spontanément la plus mauvaise solution. C’est un art auquel j’aime à me livrer sans retenue. J’avais bien un escabeau dans mon véhicule mais pourquoi faire simple quand le compliqué et l’incertain vous tendent les bras ? Je demandai donc à l’animatrice de m’apporter une table afin d’y grimper en toute inconscience …

C’est d’un pied ferme que je me hissai au-dessus du commun des mortels, usant de cette table comme d’un bouclier celte. J’étais fier comme Abraracourcix et allais subir le même sort que lui. Être détrôné n’est pas grave mais choir de son promontoire est bien plus risqué. Le plateau de la table, sans doute peu habitué à supporter une charge proche du quintal, céda de manière si sournoise que j’en fus immédiatement désarçonné.

En dépit d’un printemps incertain, je fis alors un magnifique soleil, digne des plus grandes figures chorégraphiques tandis que le plateau, selon l’incontestable principe newtonien, tomba avant moi en ayant la malencontreuse idée de se placer sur la tranche, bien verticalement, de manière à pouvoir me réceptionner de manière inamicale. Nous n’avions pas même été présentés que déjà cet objet avait grief et dent dure contre moi. Décidément, je joue de malchance !

La suite fut on ne peut plus prévisible. Je chus lourdement sur l’arête du plateau, y enfonçant joyeusement mes côtes. L’artiste travaillant naturellement sans filet, le choc fut violent et le souffle coupé ; je me relevai en me tenant les côtes. Mes années de rugby m’ayant enseigné la chose : je savais que la cassure s’était faite au pire endroit pour un navigateur : les côtes flottantes. Après quatre semaines de péril sur l’eau, c’est à terre que je devais mettre un genou au sol. Quelle misère !

Le spectacle eut lieu malgré tout. En serrant les dents et à chaud, le corps peut faire des miracles. C’est seulement en fin de journée que l’illusion cessa et que la douleur prit le pas sur l'excitation du moment. Mais à toute chose, malheur est bon : j’avais enfin quelque chose à vous raconter. Ma vie est si terne depuis que je suis revenu parmi les terriens. Voilà un peu de piment qu’il convenait de ne pas négliger.

Le spectacle continue. N’oubliez pas de réclamer les prestations du Bonimenteur. Maisons de retraite, bibliothèques, salle des fêtes, domicile : il se passera toujours quelque chose, pourvu que vous ayez l’amabilité de me faire confiance. Vous pouvez compter sur le conteur.

Cascadement vôtre


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2 réactions à cet article    


  • juluch juluch 14 juin 2016 12:28

     smiley  smiley  smiley


    C’est pas beau de rire de votre malheur, mais vu comme c’est raconté avec les mots qu’il faut c’est plus fort que moi !!!!!!

    je connais les cotes flottantes je les ait eu cassé sur un coup de pieds retourné il y a quelques années.....bien chiant vu que ça se répare tout seul quand c’est pas trop grave : difficile de tousser, d’éternuer .... smiley

    ça a du vous faire drole.....après avoir échappé à la noyade vous voila chutant comme vous dites sur la terre ferme....  smiley

    bon rétablissent le bonimenteur !  smiley

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