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Sous la douche

Le Bonimenteur se jette à l'eau

Petit entre-filet d'eau.

Il fut un temps bien lointain où la douche collective de mon club de sport fut pour moi, le seul endroit où je me lavais entièrement. Dans nos vieilles maisons, la salle de bain n'était pas encore arrivée. Il fallut des travaux d'importance pour réaliser cette prouesse ! Nous nous contentions alors d'une bassine et d'un gant de toilette. Étions-nous moins propres qu'aujourd'hui ? Je n'en suis pas certain …

La douche fut donc pour moi le premier contact avec la modernité hygiénique. Il se trouve qu'elle était collective, ce qui marqua durablement je le crois mon rapport à ce moment étrange. Depuis peu, j'ai arrêté toute activité sportive associative et j'avoue que l'ambiance de nos douches me manque parfois. Je devine ici ou là des ricanements oiseux. Le folklore de la savonnette a laissé de bien vilaines traces dans certains esprits …

Qui n'a jamais pris une douche dans un vestiaire un soir de victoire inattendue ou importante, ne peut connaître ce bonheur si particulier. L'eau coule sur les corps, des chants accompagnent les filets d'eau. La vapeur finit par embrumer l'étroit local. C'est l'euphorie, personne ne remarque vraiment que l'eau froidit petit à petit. Nul ne songe à quitter ce doux moment extatique.

Bien sûr, en contrepartie, il y avait la tristesse des soirs de défaites, le silence pesant, l'eau qui a la délicatesse de couvrir quelques larmes qu'on ne remarque pas. Le silence est alors lourd, les corps ne parviennent pas à se libérer. La douche n'est plus réparatrice. C'est un long retour sur soi-même, chacun revit ses erreurs et les fautes collectives qui justifient le terrible verdict.

Il y a aussi les douches rapides, un soir d'entraînement en hiver. La boue ou le froid s'insinuent dans le local. Parfois, l'eau chaude n'est qu'une lointaine illusion. Ces moments- là, j'avoue ne pas les regretter. On sort, les cheveux mouillés. Il faut bien vite rentrer, il fait nuit, il fait froid. On se retrouve bien vite seul.

Maintenant mes douches se déroulent dans l'intimité de ma salle de bain. Je ne conçois vraiment ce bref instant d'extase que dans une cabine dédiée à cet usage. La baignoire ne remplira jamais convenablement cet office. Abandonnez l'idée de prendre une vraie, une bonne, une merveilleuse douche dans un contenant non dédié à ce bonheur si simple …

Vous entrez, nu et pressé de sentir l'eau couler le long de votre corps. Après les quelques secondes redoutables du réglage de la température que vous négociez tant bien que mal sur un pied, la poire à la main, loin de vos parties sensibles, vous vous abandonnez à ce flot qui vous libère. Adieu les fatigues de la journée ou les brumes de la nuit, bonjour la vitalité et l'énergie retrouvée.

Vous acceptez ces cataractes qui tombent du ciel. Plus la poire est haute, plus la pression est forte et mieux vous vous sentez. C'est un moment que vous aimeriez ne jamais voir se terminer. Vous savez bien pourtant que l'eau est un bien précieux, qu'il ne faut pas s'habituer à ce gaspillage qui marque nos sociétés égoïstes. Alors, vous rompez le charme pour consentir à la partie lavage proprement dite.

Vous coupez la pression, prenez un bon savon de Marseille, celui qui fait tout et ne donne aucune rougeur. Vous vous savonnez, vous vous shampouinez consciencieusement. Chacun a, en la matière, son ordre d'action, ses manies et ses rituels. Je ne souhaite pas interférer sur vos pratiques secrètes, nous garderons le silence sur ces instants intimes.

Puis revient le grand flot d'eau. Dans un premier temps, la poire à la main, vous évacuez les excédents de mousse. Vous inspectez tous les recoins ou les rotondités de votre anatomie. Là encore, pas besoin de s'étaler sur ces instants techniques de la séance. Puis revient le moment de refixer la poire en hauteur. C'est le retour du bonheur, la plongée dans l'abandon aqueux. Cette fois, vous êtes presque en état de lévitation. Vous marchez sur l'eau, vous êtes léger, vous êtes si bien.

Il faudra bien se résoudre à couper les flots de bonheur. Vous le faites à regret. Vous restez pourtant de longs instants sans bouger. L'eau ruisselle maintenant très lentement sur votre corps. Vous profitez de ces ultimes instants. Vous attendez un peu plus. Vous laissez faire cette première évaporation qui rafraîchit. Vous vous refusez encore à quitter ce sas fœtal.

Il faut bien s'y résoudre. Quelqu'un tambourine à la porte. Vous n'êtes jamais seul à désirer ce bonheur. Avez-vous pensé à partager le ballon d'eau chaude ? Vous craignez un peu d'avoir abusé. C'est décidé, il faudra installer une chaudière pour ne pas subir ce genre de désagrément. Vous sortez de la cabine, vous prenez votre serviette. C'est la fin du plaisir. Les premiers frissons, les contorsions et les petits soins qui s'imposent avec l'âge vous font revenir sur terre d'autant que de l'autre côté de la porte, cette fois, on s'impatiente vraiment !

Cascadement vôtre.


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24 réactions à cet article    


  • Prudence Gayant Prudence Gayant 19 août 2013 15:26

    Que de regrets n’aurais-je pas accumulés dans cette vie !



    • ZEN ZEN 19 août 2013 16:15

      Enfin un commentaire...
      Sinon c’était la douche froide ! smiley


    • ZEN ZEN 19 août 2013 16:18

      Bonjour Nabum

      Le bonheur : une douche chaude après 50 km à vélo, puis un bref jet d’eau froide, à commencer par les jambes. Puis étirements.
      A la ferme familiale d’autrefois, pas de douche. Chaque dimanche matin, chacun passait à la fontaine pour des ablutions plus approfondies que la vague trempette quotidienne du matin. Il ne fallait pas sentir la vache à l’église...Mais les odeurs ne gênaient pas, celles de l’étable les couvraient.
      Etudiant fauché à Paris, je fréquentais gratuitement les bains-douches publics.
      Ils reprennent du service avec le développement de la pauvreté...


    • C'est Nabum C’est Nabum 19 août 2013 19:58

      Prudence


      Venez, je vous conduis dans un vestiaire ! 

    • C'est Nabum C’est Nabum 19 août 2013 19:59

      ZEN


      Je ne redoute pas l‘eau froide 

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 19 août 2013 21:58

      Les promesses n’engagent même plus ceux qui les font.



    • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2013 07:42

      Prudence


      Puisque je vous dis de me suivre 30 gaillards nus vous attendent ! 

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 20 août 2013 15:28

      Nabum,

      Je me fiche royalement de vos 30 nudistes.
      Ce que je voulais dire en évoquant des regrets est à mille lieux de ce que vous pensiez.



    • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2013 15:30

      Prudence


      Il semble que je vous ai blessée alors que ce n’était pas mon but ! 

      J’en suis désolé. Pardon

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 20 août 2013 16:15

      Mon regret est celui-là : de ne pas être né homme. Je ne renie pas ce que je suis mais il est évident qu’un homme profite plus de certaines choses que les femmes.

      Mon explication est peut-être du domaine de la fable mais c’est la mienne. 
       


    • fcpgismo fcpgismo 19 août 2013 16:19

      Heureusement aujourd’hui il y a des grandes douches et il y a tous les saunas Gay ou on peut retrouver le plaisir de la douche collective et ou contrairement à ce que beaucoup de coincés du cul pensent on s’ encule peu pour sa on n’ a les cabines mais vive la douche avec mon amoureux on en profite bien.


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 août 2013 20:00

        fcpgismo


        Je n’aime pas beaucoup ce langage ! 

      • C'est Nabum C’est Nabum 19 août 2013 20:01

         Aladeen


        Savez-vous que depuis Claude François Douche et Électricité font mauvais ménage ?

      • C'est Nabum C’est Nabum 19 août 2013 20:19

        Aladeen


        Vous lui avez survécu ! bravo ...

      • Fergus Fergus 19 août 2013 22:36

        Bonsoir, C’est Nabum.

        La douche, c’est le luxe qui me manquerait le plus si je venais à vivre dans le dénuement.

        Lorsque j’étais gamin, nous avons vécu, mon père, ma mère et mes sœurs, dans un appartement vétuste dépourvu de toilettes (elles étaient dans l’escalier, à mi-étage. Nous disposions d’un évier et d’un robinet d’eau froide. Nous prenions quand même une douche hebdomadaire dans la grande lessiveuse avec de l’eau chauffée sur la cuisinière à charbon que nous nous versions sur la tête après savonnage. Un moment de grand plaisir.

        Quant aux douches dans les vestiaires de sport, j’ai connu cela durant 32 ans. C’était là aussi un moment de très grande volupté lorsque nous rentrions crottés et frigorifiés d’un match au cœur de l’hiver.

        Souvenirs...

        Merci pour cette évocation.


        • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2013 07:39

          Fergus


          Lors de mon périple estival, plusieurs fois j’ai du me laver dans des sanisettes publiques avec un modeste robinet.
          Effectivement, la douche est ce qui manque le plus quand on est dans la rue ! 

        • paco 20 août 2013 04:37

           Rrhhhaaa....les douches....
           Du temps ou je fute carreleur, si si, j’ai vite compris que le client se foutait de la crédence de sa cuisine comme du pavement de son allée, par contre deux lieux stratégiques à prévilégier : le coin d’aisance, et la douche italienne...
           Pour le premier, facile de saisir : meme le plus féru lecteur relève parfois la tete et n’a rien d’autre à foutre que de chercher patiement le moindre défaut faiencé.
           Pour la douche, woh-là-là, pauvre ami ! Comme je faisais du sur-mesure ( bouh les cabines plastoc aseptisées moisies en un an !) ai eu droit à toutes les extravagances : de devoir reculer une cloison pour agrandir cet espace-là permettant a ces sieurs-dame une position dont le levreau est le masculin, à coller un à un mille et quelques petits galets selon un plan de rondeur défini pour le massage de la voute plantaire de ces sieurs-dame. Un vrai plaisir de création.
           Mon seul regret est de ne jamais avoir pu tester une seule de ces réalisations, quoique plusieurs clientes me l’aient discrètement proposé.
           @Nabum, votre prochaine douche, observez la faience, la régularité des joints, le fini de la pose, le lissé du sillicone...
           L’eau n’en restera qu’un détail.
           Aquatiquement votre. 


          • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2013 07:41

            Paco


            Si vous saviez à quel point je me moque de ces détails ! 

            Je me contente d’une maison où tous le smurs sont blancs depuis si longtemps ...
            Je m’en fiche totalement

          • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2013 09:44

            Morvandiau


            Je partage ces souvenirs et je me dis que quelques mots que nous écrivons ici peuvent être mal interprétés par des esprits retords !

          • C'est Nabum C’est Nabum 21 août 2013 09:01

            Morvandiau


            Oh !


          • LE CHAT LE CHAT 20 août 2013 09:18

            moi j’aime bien les douches en bord de plage , c’est bien pratique pour pas ramener plein de sable à la maison !


            • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2013 09:44

              Le Chat


              Voilà un bel esprit pratique !

            • COVADONGA722 COVADONGA722 21 août 2013 09:18

               yep puisque l’on en est au souvenir « douchesque »

              avant la caserne jamais vu de douche moi !

               sergent : 
              1 section !  2mm eau chaude « tiede »
               le même : 
               1 section 3mm savonnez ! 
               toujours accroché à sa manette 
              1section  2mm eau chaude « froide » rincez !

              ça s’appelait hygiène et ablution matinale , yep qu’est ce que j’ai regretté la lessiveuse et le broc ,moi !
              Asinus : ne varietur


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