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Terrassier de Loire

Faire son chenal

Il est des coïncidences qui s’imposent à vous, même si celle-ci n’est que de petite importance, insignifiante au regard de la marche du Monde. Après une journée passée à conter sur le majestueux Raboliot, une toue sablière, à la levée imposante, accueillant douze passagers dans des conditions fort agréables pour lesquelles la licence 3 autorisant la vente de vin, forcément de Sancerre, ne gâte rien, bien au contraire, j’avais trouvé refuge et hébergement chez l’habitant.

Je n’ignore pas les risques d’allusions oiseuses, alors je tairai le nom de cette personne qui nous offrit, généreusement de nous loger dans sa grande demeure afin de faire taire toute supposition scrabreuse. Revenons donc à notre sujet qui tarde, il est vrai à se déclarer. Le matin, je ne pus résister à aller acheter un breuvage que la loi Évin, place fort injustement au ban de la morale. Je retrouvai Thomas Labaille, viticulteur de son état et ancien rugbyman du club local. C’est à ce titre que j’avais fait sa connaissance et depuis, par fidélité et satisfaction de gourmet, je retourne régulièrement dans son domaine effectuer quelques achats. Naturellement ma conscience me poussa à goûter ce que je voulais m’offrir afin de ne pas commettre d’erreur !

Ceci fit ainsi office de petit déjeuner avant que de partir visiter la Chapelle des mariniers de Saint Thibault qui recevait une exposition photographique de fort belle facture. Des clichés en noir et blanc, relatant la vie du cirque Romanès et le passage Lathuile. L’artiste Christian Louis disparu depuis 2001, a laissé un profond souvenir dans le village et d’autres clichés sont même exposés sur les bords de Loire pour éveiller la curiosité des passants.

Dans la Chapelle outre les œuvres, je pus admirer une véritable queue de singe, pelle utilisée jadis par les tireux d’jars. C’est ainsi que cette rencontre allait marquer ma journée. Je ne pus résister plus longtemps à la pelle du 17 juillet, manquant sans doute d’opportunité au niveau du calendrier. N’est pas le Grand Charles qui veut.

Après une nouvelle promenade sur la Loire, notre Raboliot se trouva comme collet sur un banc de sable. La rivière nous posait un lapin ironie de l’histoire sans doute. Cependant la chose ne pouvait arrêter le Capitaine, Sylvain, têtu comme tout bon berrichon, qui décréta dans l’instant prendre des outils pour aller creuser un chenal.

C’est ainsi qu’après avoir ramené sans encombre les passagers, nous partions à l’assaut du sable au milieu des flots. En petite tenue, une pelle pour chacun, nous nous mîmes à creuser avec de l’eau jusqu’aux genoux. Le courant à cet endroit était assez fort, la pelle offrant elle aussi une forte résistance devant le courant, nous nous transformâmes en forçats qui ne manquèrent pas d’intriguer les canoéistes qui passèrent devant nous.

Si dans la rue, la curiosité se maitrise, au milieu des flots, notre accoutrement tout autant que notre comportement forcèrent les différentes personnes croisées à nous interroger sur notre étrange attitude. À chaque fois, notre réponse dut les interloquer plus encore puisque nous leur dîmes que nous chevalisions la rivière afin d’y creuser un chenal susceptible de laisser passer la toue. On ne peut être plus clairs et pourtant parfaitement incompréhensibles pour les béotiens que le courant portait plus loin avant qu’ils puissent demander d’autres explications.

Si par un incroyable concours de circonstances, ils venaient à lire ce billet, je me dois de compléter l’explication afin d’apporter un peu d’eau à leur moulin. Contrairement à ce qu’ils crurent nous n’étions pas marchands de sable mais simplement terrassiers de Loire, déplaçant le sable en creusant un sillon que la rivière allait agrandir par son action, offrant ainsi au Raboliot un passage plus profond.

Le travail pour harassant qu’il fût se réalisa sans l’aide d’un cheval comme le faisait autrefois les mariniers chargés de l’entretien du lit durant l’été. Nous avions l’impression d’entreprendre un travail sans gage de succès et pourtant ce qui se passait sous nos yeux ne manqua pas de nous fasciner. Le sillon réalisé à la force de nos bras, provoquait des mouvements d’abord discrets puis de plus en plus perceptibles des granulats et grains de sable du fond de la rivière.

Un mouvement permanent, important même avec des déplacements de particules pas forcément minuscules, se mit en branle. Des petits gravillons se déplaçant de plusieurs mètres en l’espace de quelques secondes. C’était impressionnant et nous mesurions combien cette Loire est vivante, sans cesse en activité, capable de déplacer une montagne après l’avoir considérablement érodée.

Je ne doute pas un seul instant que ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans les eaux de dame Liger me prennent pour un fou. Je n’en ai cure. J’invite les autres à réaliser une fois cette observation. Jamais je n’avais pu toucher ainsi du doigt la théorie du battement d’aile du papillon. Une fois encore, la Loire me surprenait et m’enthousiasmait. J’avais mal au dos mais cela en valait la peine. Les terrassiers de la rivière pouvaient s’offrir un verre de Sancerre …

Sablièrement sien. https://www.le-raboliot.com/

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