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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Un gars comme si comme ça

Un gars comme si comme ça

Retour au pays ....

La belle envoûtée.

Il était une belle princesse -comment pourrait-il en être autrement ?- qui faisait le désespoir de son père. Il ne parvenait pas à lui trouver un époux. Chaque fois que se présentait un gentilhomme, il subissait invariablement le même sort que tous ses prédécesseurs. Pourtant, le Prince en son château avait depuis longtemps fait reculer les limites de la bienséance …

Ainsi, chaque nouveau prétendant était prié, après un bon repas en compagnie de la princesse et de son père, d'aller partager la couche de la belle et de l'honorer comme il se doit. Le Prince ne doutait pas que l'ardeur du jeune homme aurait raison de la malédiction qui semblait peser sur sa fille. Le gentilhomme était prévenu que s'il faillait à sa mission, il quitterait le château chevauchant sur un goret sous les huées des habitants du pays.

Hélas, le Prince qui venait aux nouvelles , au petit matin, ne manquait jamais de trouver sur cette couche maudite, un homme dormant à poings fermés tandis que sa fille reposait, épuisée, impossible à réveiller, avec aux pieds, des chaussures totalement usées. L'homme repartait sous les quolibets, la queue d'un goret entre les jambes tandis que la princesse dormait tout le jour …

Le Prince ne cessait de s'interroger de ce double mystère : sa fille qui usait une paire de souliers durant la nuit tandis que son cavalier l'avait passée à ronfler comme un sonneur. Il se désespérait de rompre le charme et de trouver un garçon capable de percer le mystère. Hélas, chaque nouvel arrivant, repartait perché sur un goret sous les moqueries d'une populace qui appréciait fort ce spectacle.

Mais laissons le Prince et sa pauvre fille pour aller nous perdre non loin de là sur les bords de la Loire. Un marin venait d'en terminer avec son engagement avec la Royale. Il avait vu du pays, visité des terres lointaines, navigué par-delà nos côtes de France. Il avait vu bien de belles choses et, hélas, périr beaucoup de ses amis. Il n'aspirait qu'à une chose : retrouver son beau village et vivre en paix.

Il avait hérité d'une maigre solde de vingt-quatre deniers et d'une belle cape qui le protégeait du vent et des pluies pour entreprendre ce long périple à pied le long de la rivière. Il était décidé à tailler la route au plus vite sans s'arrêter dans les tavernes ni les bordeaux où des sirènes défraîchies vendaient le peu de charme qui leur restait pour quatre pauvres sous.

Il s'appelait Jean, allait du pas décidé de celui qui veut revoir son village, ses ardoises fines et ses amis d'autrefois à l'ombre du château. C'était un gars comme ci comme ça, qui allait cahin-caha sur les chemins de la Loire. Il n'était ni particulièrement beau, ni particulièrement fort : un gars ordinaire, le cœur sur la main et toujours un mot gentil pour ceux qu'il croisait sur sa route.

Jean n'avait pas marché vingt lieues que déjà il avait fait une rencontre : un vieux berger au désespoir. Des loups avaient dispersé son troupeau et prélevé leur butin. Jean l'aida tout le jour à rassembler avec lui les moutons effrayés. Il lui donna en outre douze deniers pour lui permettre de reconstituer son troupeau. Il était ainsi délesté d'une moitié de son pécule et pouvait marcher plus léger.

Deux jours plus tard, c'est une mère en larmes qui se trouva sur son chemin. Sa fillette était au plus mal ; elle allait dans la grande ville pour qu'un grand chirurgien tente de la sauver. Malheureusement, l'homme était intraitable, il refusait d'exercer son art s'il n'était pas payé à l'avance. La femme n'avait plus un sou sur elle et il lui fallait douze deniers pour espérer sauver sa petite. Jean lui donna de bon cœur ce qu'il lui restait. La vie de la fillette était à ses yeux plus précieuse que son bon plaisir.

Jean poursuivit son chemin, rendant quelques menus services en échange d'un bol de soupe ou d'un coin d'étable où passer la nuit. Il s'approchait de son village ; il retrouvait sa Loire : celle qui avait bercé son enfance. Les rives étaient plus plates, les varennes lui évoquaient tant de bons souvenirs. C'en était fini de la guerre et de son cortège de souvenirs hideux ; il se ferait paysan en son beau pays …

Au détour d'un petit bois, il croisa dame Irène. La vieille dame poussait péniblement sa brouette. Elle allait vendre au marché voisin ses fromages de chèvre. Elle était maigre, manquait de défaillir à chaque pas ; pour l'aider Jean se détourna de son chemin alors que le terme de son périple était si proche. Il poussait la brouette quand montèrent dans le ciel des nuages noirs qui crevèrent dans l'instant. Des trombes d'eau s'abattirent sur eux et Jean donna sa belle cape à la vieille femme sans la moindre hésitation.

Irène le remercia d'une étrange manière. Si pour beaucoup la dame était sorcière, pour Jean elle se fit bonne fée, lui confiant un secret d'elle seule connu. Jean ignorait alors que la fable que lui racontait Irène allait changer le cours de sa vie. Lui ne demandait rien d'autre que rentrer au pays ; le secret concernait justement sa belle ville.

Quand Jean arriva au pied du château, il fut surpris de voir un gentilhomme à cheval sur un goret, quittant la contrée sous les moqueries des villageois. Jean s'enquit de ce curieux spectacle et on lui narra par le menu les soucis du prince et de sa fille. Aucun villageois ne se serait aventuré à tenter sa chance, Jean pourtant savait comment dénouer le maléfice ; il se présenta devant les portes du château.

Le prince, à bout de patience, le reçut alors qu'il n'aurait jamais accepté un manant quelque temps auparavant. Désespérant de jamais marier sa fille, il se dit : « celui-là plutôt qu'un autre, qu'importe les titres des prétendants : ils n'ont servi à rien jusqu'à présent ». Jean fut bien reçu. Le gars, comme ci comme ça qui allait cahin-caha, raconta ses aventures durant un dîner copieux. Sa modestie et sa bravoure impressionnèrent fort le Prince tandis que sa fille semblait parfaitement indifférente à ce nouveau venu, le dernier d'une si longue liste …

Jean et la belle Diane se retirèrent dans la chambre de la jeune fille. Celle-ci avait reçu, comme chaque soir, une paire de souliers neufs. Jean ne parut pas surpris de la chose ; il semblait même s'en gausser. Le Prince s'étonna qu'il fût le premier à ne pas poser de question à ce propos. Décidément ce garçon l'intriguait …

Diane enfin seule avec son nouveau chevalier servant lui proposa une coupe de vin comme elle le faisait toujours avec ses galants. Irène avait recommandé à Jean de ne pas mettre ses lèvres dans la coupe, de faire semblant de boire, de se débarrasser du contenu puis d'aller se coucher en feignant un sommeil profond. Ce qu'il fit scrupuleusement.

Diane pensant que le garçon était piégé comme tous les autres, enfila ses souliers, ouvrit une porte dérobée derrière une tapisserie et descendit un escalier escarpé. Jean la suivit à distance. Diane arriva ainsi au bord de la Loire. Il y avait là des barques ;elle monta sur l'une d'elle pour se rendre sur une île proche. Jean emprunta lui aussi une plate et accosta à son tour sur l'île.

Le spectacle qu'il vit l'émerveilla. Farfadets et lutins, elfes et korrigans attendaient tous la princesse. Ils l'entraînaient dans une folle farandole autour d'un feu dont pourtant on ne voyait aucune clarté de la rive. Toute la nuit, la belle dansa jusqu'à épuisement. Jean assista à ce curieux ballet magique en prenant la précaution de rapporter quelques éléments tangibles pour attester la véracité de son témoignage à venir.

Il ramassa un petit chapeau qu'un korrigan avait laissé traîner là. Il trouva également une petite étoile comme celle que les elfes avaient dans les cheveux. Il retourna vite à sa barque avant le lever du jour et regagna la chambre par le même chemin. Quand la princesse arriva à son tour dans sa chambre, elle s'allongea à côté de Jean qui feignait de dormir à poings fermés et tomba dans un profond sommeil.

Bientôt le Prince entra sans même prendre la peine de frapper. Il vit les deux jeunes gens allongés et se dit qu'une fois encore, rien ne s'était passé. Pourtant il sursauta quand Jean se leva et vint à lui avec un grand sourire. Ce qu'il raconta alors était si parfaitement incroyable que le Prince le prit pour un fou ou un Bonimenteur.

Jean réveilla alors la princesse et, devant son père médusé, lui montra l'étoile et ce chapeau si petit que nul humain n'aurait pu le porter. Diane alors, embrumée de sommeil, eut des larmes plein les yeux. Elle semblait se réveiller d'un cauchemar. Elle reconnut les objets pour ceux qui peuplaient ses rêves. Elle sauta au cou de Jean : il venait de la délivrer d'une malédiction qu'une sorcière lui avait imposée. Jean vit en songe Irène lui faire un grand clin d'œil. C'était elle qui avait permis son bonheur en faisant un temps le malheur de la belle.

Jamais il n'y eut plus belle noce au château. Les belles robes et les beaux habits habituels étaient remplacés par ceux plus simples des villageois. Le Prince mariait sa fille à l'un des leurs et chacun appréciait cet événement annonciateur, à n'en point douter, de jours nouveaux qui ne manqueraient pas d'advenir prochainement. En attendant ces temps incertains, Jean et Diane vécurent heureux et eurent de nombreux petits manants.

Mystérieusement leur.


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2 réactions à cet article    


  • juluch juluch 22 août 2015 17:06

    Un vrais conte pour enfants.....merci Nabum de réveiller l’enfance.

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