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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > 19ème et 20ème : deux siècles entre parenthèses

19ème et 20ème : deux siècles entre parenthèses

Le chrono tachygraphe de ma soucoupe intergalactique me joue des tours.

Juste après la prise de la Bastille, la « Grande Peur » s’était répandue : rumeurs de complots aristocratiques en représailles des évènements de Paris, ou peur plus vague de « brigands » menaçant les récoltes, m’avaient amené à me procurer des armes et même à attaquer des châteaux avec les copains pour brûler les archives relatives aux droits seigneuriaux et aux impôts.

La noblesse avait même émigré en masse et l’Assemblée avait réagi en abolissant les privilèges, les droits féodaux, la vénalité des offices et les inégalités fiscales dans la nuit du 4 août 1789.

Je croyais que c’était la fin de la société d'Ancien Régime.

Alors, j’étais parti annoncer la bonne nouvelle dans les planètes avoisinantes qui en étaient encore à l’âge du bronze pour les plus avancées, et j’avais calé la fréquence du récepteur spatial de bord sur Radio Ventose pour me tenir au courant des avancées glorieuses de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Le voyage a été long, mais les nouvelles étaient palpitantes, faites d’avancées et de reculs.

Après avoir été consul, un petit général avait annexé des territoires et fondé un empire en en envoyant à la boucherie des milliers de gens pour tuer des milliers d’autres gens au nom du progrès.

Des rois étaient revenus à la tête du pays, puis avaient été destitués.

Des barricades avaient été dressées et réprimées par la garde nationale. Encore beaucoup de sang avait coulé pour conquérir l’égalité et la liberté alors que la fraternité semblait fondre comme peau de chagrin pour se limiter aux misérables gueux qui s’entêtaient à tenir tête aux Versaillais, et puis encore une guerre : 1870.

Cette fois, j’ai pensé que ma famille restée sur la planète bleue allait enfin connaitre le bonheur de la vie citoyenne en république, avec la troisième comme ils l’appelaient sur Radio Ventose qui, entre temps avait changé de nom pour passer de Radio Concordat à Radio Restauration et Radio Badinguet avant d’être baptisée Radio Laïcité.

Mais non, PAF, une guerre de quatre ans, terrible, une tuerie pire que celles du petit général ! Mondiale, en plus ! Une horreur.

Et puis ensuite, voilà les Russes qui reprennent le flambeau de mes trois slogans préférés pendant que d’autres marchaient au pas de l’oie. Il n’aura fallu qu’une vingtaine d’années pour que l’apocalypse se déclenche à nouveau, rendu encore plus désastreuse que la précédente par les avancées technologiques de l’aviation et de la puissance nucléaire.

Mais, même si son ventre est encore féconde, la bête immonde aura fini par être vaincue et tel Saint Georges terrassant le dragon, l’archange de la liberté, de l’égalité et de la fraternité s’est fait fort de répandre partout, avec ou sans l’accord des populations concernées, les bienfaits miraculeux de la démocratie.

Alors, j’ai pensé qu’il était temps de rentrer. Même si les distorsions spatio-temporelles avaient ramené à 10% pour moi le temps écoulé sur terre, j’avais quand même pris 24 ans et j’avais envie de consacrer mes vieux jours à taquiner le goujon après avoir porté la bonne parole aux Séléniens, Kriptoniens autres extra-terrestres accessibles.

Mais quelle surprise !

En descendant de ma soucoupe, que vois-je de mes yeux zébaubis ?

Des sans-culottes portant des gilets jaunes se rendant à Versailles pour porter leurs cahiers de doléance et réclamant la fin des privilèges.

Vérification faite, mon chrono tachygraphe est en parfait état. Par contre, la radio continue à raconter n’importe qui !


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9 réactions à cet article    


  • Le Panda Le Panda 15 janvier 20:37

    Des sans-culottes portant des gilets jaunes se rendant à Versailles pour porter leurs cahiers de doléance et réclamant la fin des privilèges.

    J’ignore si les sans-culottes portaient des gilets-jaunes, il semble évident que la mouvance de l’époque permit aux diverses républiques plus ou moins équilibrées de voire le jour. La question que je me pose cela ne supprima nullement « l’abolition des privilèges » qui perdure y compris dans « La soupe aux choux » non ?

    Le Panda 


    • Arthur S François Pignon 15 janvier 21:10

      @Le Panda

      C’était bien ce que je voulais dire dans cet article qui joue volontairement sur le contresens que l’on commet généralement à propos de « l’abolition des privilèges » la nuit du 4 août.

      En fait, les « privilèges » étaient, des garanties qui protégeaient les « collectivités locales » de l’époque de l’ancien régime contre les abus de l’autorité royale ou seigneuriale : lors de son investiture, le seigneur devait promettre de respecter et d’entretenir ces privilèges. Le serment du sacre des rois de France incluait ainsi le « respect des privilèges ». Paradoxalement, auparavant, la défense des « privilèges » contre l’arbitraire royal avait été le motif de plusieurs révoltes et révolutions comme la Fronde au 17ème siècle, et ce sont ces « privilèges » là que la République a abolis afin que l’état républicain ne comprenne pas de territoires que l’on qualifierait aujourd’hui de non-droit.

      Par contre, la classe dominante a toujours été « privilégiée », et la bourgeoisie présente les mêmes caractéristiques à ce point de vue que l’ancienne aristocratie ou la « noblesse d’empire » sous les deux Napoléon.


    • michalac michalac 15 janvier 21:22

      @Le Panda

      « ...cela ne supprima nullement « l’abolition des privilèges » qui perdure y compris dans « La soupe aux choux » non ? »

      Des privilèges dans la soupe aux choux !
      Où ça ? Comment ?
      Qu’est-ce que les privilèges viennent faire là-dedans ?
      Et moi qui voyait en cette infame mixture un vrai plat de pauvre !
      Vous me foutez un coup, Panda ! Vraiment !
      C’est plus qu’une révélation, à n’en pas douter !


    • Arthur S François Pignon 16 janvier 09:32

      @michalac

      Sans doute Le Panda fait-il référence au comportement du maire des Gourdiflots qui abuse de son pouvoir pour construire un parc d’attractions sur le terrain du Glaude (qui est venu habiter chez moi, à Oxo, avec la Francine).


    • michalac michalac 16 janvier 21:24

      @François Pignon

      Sans doute... j’accuse quelques lacunes en culture cinématographique...


    • Sergio Sergio 15 janvier 21:08

      « ... Vous êtes bien chez François Pignon, mais il n’est pas là pour l’instant.
      Laissez un message après l’bip, il vous rappel’ra, nom d’une pipe ! Ahaha !
      ... »

      Cela explique cela et je comprends mieux vos absences, au final, François, vous êtes un Raélien ... à l’envers ! 

      Bien à vous et revenez-nous vite sur terre, mais pas trop.


      • Arthur S François Pignon 15 janvier 21:17

        @Sergio

        allo, laTerre ? ici la Lune !
        Me recevez-vous ?
        Répondez s’il vous plait
        Répondez
        tain c’est pas vrai ça beugue encore leur nouveau système chez Avox !


      • Sergio Sergio 15 janvier 22:02

        Moi sur la terre et vous sur la face cachée de la lune, la mécanique céleste aidant, nos rotations intimes nous séparent à jamais, mais je me console (sans jeu de mots), vous allez devoir vous contenter des chinois si ce n’est déjà pas fait, hélas pas seul qui veut ! Ne revenez pas sur terre, car d’ici 20 ans, c’est moi qui vous rejoindrai probablement à partir d’un EHPAD lunaire, là où les ’couches’ sont plus légères, légères, légères ...


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