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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Chaval et les GROS oiseaux

Chaval et les GROS oiseaux

Nous sommes tous des autruches américaines...

En batifolant sur internet, cherchant de nouvelles illustrations de la bêtise bushiste, je suis arrivé sur un dessin de Chaval. Qui ose prétendre qu’il n’existe pas un dess(e)in intelligent ! Pour les jeunots, je précise que ce petit machin de Chaval, qui avait fait un malheur dans les années 60, s’appelait : Les Oiseaux sont des cons. Chapier, dans Combat, en 1965, écrivait : "Chaval, en trois minutes, en dit plus long que n’importe quel polémiste anarchiste... !"

- Qu’ils sont cons les oiseaux !

- Ça vole un con ?

- Comme un oiseau

- Ça chante un oiseau ?

- Comme un con... !

Il n’y a pas de coïncidences. Quel meilleur sujet que les Etats-Unis pour un polémiste anarchiste. Je ne pense pas que les Européens détestent les Américains. Du moins, pas encore. Pour le moment, ils se contentent de les mépriser. Ce qui est bien compréhensible, puisqu’une large part d’entre eux sont, en effet, tout à fait méprisables.

Méprisables collectivement dans leur soutien à des politiques nationales, domestiques (New-Orleans) et outremer (Irak) indignes d’un pays civilisé. Souvent méprisables, aussi, hélas, individuellement, dans leur absence de solidarité et ce mélange unique de matérialisme borné et de spiritualité puérile qui caractérise les Etats-Unis.

Compréhensible, mais bien injuste, comme toute généralisation, puisqu’une bonne partie des Américains sont des gens tout à fait bien. Même pour ceux qu’on se croit en droit de mépriser, d’ailleurs, le mépris est une réaction irréfléchie à laquelle il serait plus juste de substituer la pitié. L’Américain ne naît pas plus bête qu’un autre ; c’est l’abrutissement systématique auquel le soumettent son éducation et les médias, pour en faire un animal apolitique et donc docile au système, qui en fait cet être obtus, ignare, manipulé. Ça, la richesse et le bonheur.

- Certains oiseaux sont-ils moins cons que les autres ?

- Non, ils sont tous aussi cons les uns que les autres

- Vous en êtes sûr ?

- Je le sais...

- Oui, Monsieur, mais... il y a les autruches !

- Les autruches, Monsieur, ne sont pas des oiseaux plus cons que les autres. Elles ont seulement l’air plus connes, parce qu’elles sont plus grosses, qu’elles courent plus vite et qu’on VOIT qu’elle ne volent pas bien haut. Et puis, elles sont plus riches...

- Ça rend con être riche ?

- Non, mais ça le fait remarquer. Prenez Bill Gates, qui prend sa retraite et qui va distribuer des dizaines de milliards à des pauvres et des malheureux, tout en continuant à faire des dizaines de milliards dans un système qui rend les gens pauvres et malheureux. Être riche, ça élargit le trou du beigne. Ça fait disparaître une bonne partie du malheur qui donne sa couleur vive à insignifiance de la vie humaine.

On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire ? En fait, ils n’ont même pas de vie ! J’ai vécu ce problème terrible, d’une vie heureuse où les lundis matin reviennent, inexorablement, sans qu’on puisse se souvenir de quoi que ce soit entre les lundis matin. Il y a une raison psychologique intéressante à ça, mais je ne vous la dirai pas. Trouvez-la vous-même. Ça vous distraira.

Il est important de se distraire. Ainsi, avec mère Teresa, à Calcutta, on ne s’ennuyait jamais. On avait des problèmes, à Calcutta. Maintenant qu’elle est au ciel, allez donc savoir... Il faudrait suivre le dossier. Quand on ne s’amuse pas, il faut faire la grève, il faut faire la guerre... Qu’est-ce qu’on ferait en France, sans politique ? Qu’est-ce qu’on ferait sans Sarko ? Qu’est-ce qu’on ferait, si on n’avait aucune raison de râler ? Riches, je vous parie qu’on ferait des bêtises, comme les Américains...

Aux Etats-Unis, ils n’ont pas de problèmes : ils sont riches. Il y a bien, aussi, des pauvres, des malades, des trop jeunes et des trop vieux aux Etats-Unis, mais on ne les voit pas. Ils sont totalement scotomisés. Le vrai citoyen américain, c’est celui qui n’a pas de problèmes. Celui qui utilise le Colgate sans modération, qui conduit son SUV 4X4 dans une banlieue proprette.

Celui qui fait un travail de con bien payé, ce qui lui permet d’acheter plein de trucs de cons. Il ne veut penser ni aux pauvres, ni aux malheureux, seulement à son travail et à ses achats. Mais il s’ennuie. Alors il court, il court, mais il ne vole pas. Et ça l’emmerde de ne pas voler...

Ça l’emmerde d’être terre-à-terre, puisqu’il n’a nulle part où aller. Il est exactement là où on lui a dit que le bonheur était. Alors il creuse, il cherche, il rêve que les autruches ont des ailes et que c’est lui qui vole et emmerde les autres. Il se met la tête dans le sable, il rêve et il a l’air d’un con. Quand il s’en aperçoit, il part et s’en va tuer des enfants dans les écoles au Colorado, ou des chalands dans un Mall au Nebraska... ou des Arabes en Irak. Il s’enrichit aussi.

Plus il s’enrichit, moins il pense. Penser, c’est trop triste. Penser, c’est voir que le sens de la vie est ce trou au milieu du beigne, l’espace de rien qu’entourent les problèmes. Pas de problèmes, pas de vie.

- Les oiseaux seront-ils toujours des cons ?

- Oui, les oiseaux seront toujours des cons

- Éternellement ?

- OUI, éternellement

Quand on n’a pas de problèmes, il faut penser à des choses gratifiantes. Je me distrais à boire du thé à 1 000 euros le kilo. Je le fais sans me ruiner, pas parce que je suis riche, mais parce que le thé ne pèse pas lourd... Je bois mon thé à 1 000 euros le kilo et parfois je réussis à ne penser qu’à ça. Ça me distrait. Je ne suis pas très malheureux, pas parce que j’ai beaucoup de bonheur, mais parce que mes ennuis ne pèsent pas très lourd.

Toute notre civilisation est à s’enrichir. Alors il nous vient des idées d’aller pacifier l’Afrique, d’aller discuter de philosophie avec des marabouts ou d’intégrer l’usage du cothurne dans la montée en puissance de l’Élysée. Tranquillement, avec le bonheur, on s’ennuie. Avec la richesse, nous sommes à nous transformer en autruches américaines.

Ne blâmons pas les Etats-Unis. Comme l’aurait dit Cohn-Bendit "Nous sommes tous des autruches américaines". Ce qui nous amène à comprendre l’essentiel. L’essentiel, pour l’autruche américaine, ce n’est pas qu’elle soit américaine, c’est qu’elle soit une autruche. Ce qui est à la portée de tout le monde. On y arrivera bien, nous ausi.

- Pauvres petits. Pauvres cons (Chaval)

Je ne voudrais pas terminer ce petit texte sans vous annoncer qu’une bombe artisanale a tué 38 personnes ce matin dans un marché de Bagdad, mais que Paris Hilton est à Shanghai. La planète s’est encore réchauffée de 1 degré, mais j’ai un climatiseur et le soleil s’en fout.

Pierre JC Allard


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10 réactions à cet article    


  • adeline 7 décembre 2007 20:12

    Encore un bel article de Mr Allard ( je me souviens de celui des brumisantes...) merci encore smiley


    • vieuxcon vieuxcon 7 décembre 2007 21:25

      je ruminais, comme un oiseau noir et blanc dans un champ. Je voulais me plaindre encore et encore de sa suffisance. Mais après tout à quoi bon ?

      Vous avez éclairé un coin de mon ciel embrumé, et je me suis envolé comme les personnages de Folon. J’étais un vieuxcon, me voilà à présent un oiseau. Je note que le changement de statut à changé ma vie. Je n’aimais pas trop les américains, maintenant je me reporte sur un Hongrois nazillon.

      Au moins, il a ça pour lui, d’être beaucoup plus proche. Mon ire devient donc vertueuse vis à vis de la taxe carbone, puisqu’à lui seul il concentre tout , et même au delà, ce que votre article contient. Merci M Allard vous m’avez bien amusé. je me demande juste combien de temps la branche sur laquelle je me suis posé, au coté d’autres gros oiseaux, va t elle tenir ?


      • Gasty Gasty 7 décembre 2007 23:13

        Il y a des oiseaux plus con que d’autre. Un conducteur de locomotive pourrait vous dire qu’il n’a jamais percuté un corbeau ( sauf peutetre un déprimé qui voulait se suicider). Mais alors !!!!! les pigeons c’est dingue, plutôt que d’éviter le danger en s’écartant, ils le fuient droit devant. Le dernier souvenir que vous avez d’un pigeon, c’est son trou de balle avant l’impact. smiley


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 8 décembre 2007 18:03

          Merci pour vos commentaires.

          @Adeline : la "brunante’ s’épaissit toujours, ce qui mène a une drôle de situation. http://nouvellesociete.org/5161.html

          @ Vieuxcon : Vous me rappelez les beaux jours d’Antenne 2 ; de Folon à Chagall, juste un coup d’aile..

          @Gatsy : Sur AV, ce que vous avez vu ne s’appelle pas un trou de balle, mais une politique d’ouverture. Vu votre site. Tordant. Faudrait mettre l’histoire du confesseur en commentaire aux articles de Piffard.

          @Furtif : Le rapprochement est en effet parfait. Curiosite : en savez-vous plus sur l’oncle-clochard de Chaval, auquel il est souvent fait allusion comme son inspirateur, mais dont je n’arrive pas à un savoir plus ?

          PJCA


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 8 décembre 2007 18:08

          Merci pour vos commentaires.

          @Adeline : la "brunante’ s’épaissit toujours, ce qui mène a une drôle de situation. http://nouvellesociete.org/5161.html

          @ Vieuxcon : Vous me rappelez les beaux jours d’Antenne 2 ; de Folon à Chagall, juste un coup d’aile..

          @Gatsy : Sur AV, ce que vous avez vu ne s’appelle pas un trou de balle, mais une politique d’ouverture. Vu votre site. Tordant. Faudrait mettre l’histoire du confesseur en commentaire aux articles de Piffard.

          @Furtif : Le rapprochement est en effet parfait. Curiosite : en savez-vous plus sur l’oncle-clochard de Chaval, auquel il est souvent fait allusion comme son inspirateur, mais dont je n’arrive pas à un savoir plus ?

          PJCA


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 8 décembre 2007 18:09

          Je suis incapable d’entrer un commentaire...

          PJCA


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 8 décembre 2007 18:10

          Merci pour vos commentaires.

          @Adeline : la "brunante’ s’épaissit toujours, ce qui mène a une drôle de situation. http://nouvellesociete.org/5161.html

          @ Vieuxcon : Vous me rappelez les beaux jours d’Antenne 2 ; de Folon à Chagall, juste un coup d’aile..

          @Gatsy : Sur AV, ce que vous avez vu ne s’appelle pas un trou de balle, mais une politique d’ouverture. Vu votre site. Tordant. Faudrait mettre l’histoire du confesseur en commentaire aux articles de Piffard.

          @Furtif : Le rapprochement est en effet parfait. Curiosite : en savez-vous plus sur l’oncle-clochard de Chaval, auquel il est souvent fait allusion comme son inspirateur, mais dont je n’arrive pas à un savoir plus ?

          PJCA


        • JL JL 9 décembre 2007 09:29

          Quel dommage de n’avoir pas mis un dessin, cet article manque l’essentiel.

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