• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

#59 des Tendances

Chez ma tante

Les Grandes Vacances arrivent.

C'est aussi le moment de vérifier si les capacités financières pour les assumer sont présentes.

Sinon, il y a le Mont-de-piété.

Cet organisme de prêt sur gage a pour mission de faciliter les prêts d'argent, notamment en faveur des plus démunis, mais aussi pour de petites failles de pouvoir d'achat en échange de biens mis en garantie.

Aujourd'hui, on emprunte à la banque à des taux très variables, mais c'est long à mettre en route. Les prêteurs, plus rapides à la détente, demandent des taux d'intérêts impossibles à supporter.

Le terme français de Mont-de-piété vient de la mauvaise traduction en français de l'italien monte di pietà, « crédit de charité », de monte, « valeur, montant », et pietà, « pitié, charité ».

Pour une raison historique, le Mont-de-piété est appelé "ma tante".

 Ma tante, je ne l'ai pas rencontrée, mais ce fut lors de quelques expositions qui s'y déroulent (Les métamorphoses d'Ovide par ex.) que je l'ai frôlée avec à l'entrée des rappels historiques

 

Histoire

L'idée d'un mont-de-piété est née en 1462, quand un moine récollet italien, Barnabé de Terni, cherche un moyen de combattre l’usure et les taux d'intérêt abusifs jusqu'à 130 % pratiqués à l'époque.

Il convainc les riches de la cité de Pérouse de constituer un fonds permettant de créer le Monte di Pietà, un établissement de prêts sur gages à faible intérêt ou gratuit. Dix ans plus tard, le Monte dei Paschi di Siena est établi à Sienne avec le même objectif.

En 1515, au Ve concile de Latran, le pape Léon X reconnaît officiellement les monts-de-piété avec l'emblème le "grype", créature légendaire qui gardait les mines d'or d'Apollon dans le désert scythe.

Après avoir pris en 1617 l'avis des autorités religieuses, ils en confient, par lettres patentes du , la surintendance générale à Wenceslas Cobergher.

En Belgique

Pour mettre un terme aux pratiques des prêteurs sur gage, qui réclamaient des intérêts exorbitants, les archiducs Albert et Isabelle décident d'ouvrir dans les Pays-Bas méridionaux des monts-de-piété.

Entre 1618 et 1633, quinze institutions voient le jour dans les Pays-Bas, dans l'ordre suivant : Bruxelles, Anvers, Malines, Gand, Arras, Tournai, Mons, Valenciennes, Cambrai, Bruges, Lille, Douai, Namur, Courtrai et enfin Bergues.

La première d’entre elles ouvre ses portes à Bruxelles en 1618 dans l’ancien hôtel de Beersel, à l’angle de la rue du Midi et de la rue du Lombard. Le mont de piété est toujours actif au xxie siècle à Bruxelles, dans ses locaux rénovés de la rue Saint-Ghislain (Alexis Partoes, 1868), bâtis sur la propriété Mosselman.

En 1923, la loi autorise d'appeler les Monts-de-Piété, "Caisse publique de prêt".

En France

Comme de 1348 à 1791, Avignon détient le statut de cité papale, un mont-de-piété y est fondé par la Congrégation de Notre-Dame de Lorette en 1610. 

A Lille, des prêts gratuits sont accordés jusqu’à cinquante écus. Bartholomé Masurel, lui légua ses biens. 

En 1637, Théophraste Renaudo transforme son Bureau d'adresse en salle des ventes.

Louis XIII autorise 58 autres villes du royaume à établir des monts-de-piété.

Ensous la pression des usuriers qui pratiquent un taux d'intérêt de l’ordre de 120 %, il est mis un terme à l'institution qui est rétablie par Jean-Charles-Pierre Lenoir afin de venir en aide aux pauvres endettés dont la situation économique pourrait les amener au vagabondage ou aux larcins.

EnLouis XVI, conscient de la mendicité provoquée par la ruine de ces endettés, établit une ordonnance taux d'intérêt de 10 % alors que les Lombards exercent conjointement les métiers de banquier et de prêteur sur gage.

En 1795, la dépréciation des assignats provoque la chute des engagements de biens personnels et conduit le mont-de-piété parisien à fermer ses portes. Les maisons de prêt exercent des ponctions jusqu'à 20 % d'intérêts par mois qui baissent d'abord puis à 7% puis 4 %.

En 1892, les prêts immobiliers sont autorisés. Le prince de Joinville François-Ferdinand d'Orléans y dépose une montre pour honorer des dettes de jeu en prétendant l'avoir oubliées "chez sa tante".

Cette appellation est devenue le moyen de cacher ses problèmes financiers et de liquidités.

Les monts-de-piété se transforment en caisses de crédit municipal pour correspondre au développement des activités bancaires parallèlement aux prêts sur gages dans la catégorie des établissements de crédit, soumis à la législation bancaire.

Aujourd'hui

Le pouvoir d'achat est devenu la source d'inquiétude maximale en cette période d'inflation et de stagflation.

C'est un moment où tout devient plus cher mais qui tourne à vide et trouve moins d'acheteurs pour écouler le trop plein de production.

Les petites sociétés locales ont de plus en plus de problèmes de rentabilité.

Le moment de remplir sa déclaration de revenus de l'année précédente pour être imposer en fonction des entrées et des sorties d'argent ne va pas poser de problème qu'en fin d'année s'il y a un supplément.

La comptabilité et la fiscalité s'invitent dans les entreprises mais aussi dans les foyers de chacun.

C'est le moment de remplir les feuilles d'impôts.

J'en ai parlé dans le billet "A vos déclarations".

Les ponctions n'interviendront qu'en fin d'année.

Mais nous sommes à la veille des grandes vacances.

C'est le moment de payer les 70% du prix de ces vacances après avoir concédé 30% d'acomptes lors de l'inscription pour la réservation de ces vacances.

Les vacances, c'est comme la santé, elles n'ont pas de prix mais un certain coût.

De vieux bijoux peuvent alors servir chez "ma tante".

Le Mont-de-Piété bat des records de prêts.

Seule institution à proposer des prêts sur gage en Belgique, le Mont-de-Piété de la rue Saint-Ghislain à Bruxelles possède un encours historique de 24 millions d’euros.

Depuis la crise de l’énergie, de plus en plus de Bruxellois font appel aux prêteurs sur gage.

Des bijoux mis en gage permettent de temporiser le trou, le manque d'argent pendant six mois (podcast). 

Le tarif est de 20 euros par gramme d'or 18 carats en échange de monnaie.

Ce n'est pas la panacée, mais quand c'est la galère tout peut être utile.

Des ventes de gages après cette période probatoire de six mois sont organisées.

Le déposant est averti de l’enrôlement prochain de son gage, les lots repris au catalogue et présentés lors des expositions peuvent être retirés jusqu'à la dernière minute en ce compris en cours de vente.

Vu l’objectif social du Mont-de-Piété, la possibilité pour les propriétaires des gages de récupérer leur bien est une priorité absolue.

Ceci a pour conséquence que l’institution ne peut garantir qu’un lot repris dans le catalogue et/ou exposé soit effectivement mis en vente.

Actuellement, 90% des objets vendus aux enchères sont des bijoux ou de l’argenterie mais l’amateur acheteur y trouvera également d’autres objets d’art et de décoration comme par exemple des tableaux, des bronzes, des cristaux, des bandes dessinées, des sacs de marque, des vélos, du vins, etc.

Pour permettre aux acheteurs d’établir leur offre en toute connaissance de cause, les lots vendus sont également toujours exposés avant les ventes.

C’est important car les biens vendus ne sont pas garantis, les informations données sont purement indicatives et aucune réclamation n’est acceptée après la vente. Il est donc essentiel de profiter des expositions pour examiner les gages.

Quelle que soit l’origine de la vente, volontaire ou non, le boni de vente, c'est-à-dire la différence entre le prix d’adjudication et la dette du client revient à ce dernier.

En 2017, près d’un million d’euros est ainsi revenu aux emprunteurs.

Comme toujours, le malheur des uns peut alors représenter le bonheur des autres.

Pendant nos vacances, seul au monde, Macron a du pain sur la planche....

La vidéo qui suit est "chez ma tante" à Paris...

 

Allusion

 

JPEG


Moyenne des avis sur cet article :  3.5/5   (2 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 29 juin 18:02

    Utile information et/ou utile rappel !


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 29 juin 20:58

      @Jean J. MOUROT bonsoir,
       J’ai lu que vous êtes retraité de l’Éducation nationale.
        Alors, j’ai une question.
        Est-ce que vous avez vu une évolution dans la matière enseignée dans la manière comptabilisé un budget entre débit et crédit, entre ce qui entre par son salaire et qui sort par sa consommation ? 
        Est-ce qu’on apprend à investir pour l’avenir pour ne pas avoir à recourir à des prêts ?


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 30 juin 10:09

      @Réflexions du Miroir
      A mon niveau, le primaire, on ne parlait d’économie familiale que du temps du Certificat d’études. Depuis, ce serait du ressort du collège. Mais l’enseignement y est devenu abstrait... ou « ludique » !


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 30 juin 12:34

      @Jean J. MOUROT
       J’ai vu que vous aviez 88 ans. Une époque des instits, en effet.
       Une époque un peu révolue, j’espère que vous me permettrez de le dire... 
       Vous avez raison, l’enseignement est devenu plus abstrait.
       J’ai 13 ans de moins que vous.
       J’aurais pu suivre votre voie.
       Universitaire, j’avais choisi une voie que je n’ai pas utilisée.
       J’ai sauté sur le numérique naissant.
       J’ai dévié ainsi par l’apprentissage et la création des concepts innovants. 


    • wagos wagos 29 juin 18:53

      C’est le crédit municipal chez nous..., quand des gens en sont réduits ça ....mais bon des ennuis d’argent peuvent survenir, et ce à toutes les époques smiley

      .


      • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 29 juin 21:04

        @wagos Bonsoir,
         Qu’il s’appelle municipal ou non, faire du crédit reste une source de problèmes surtout quand on commence à refaire du crédit et de nouvelles dettes pour rembourser un crédit précédent.
         Bien sûr, personne ne pouvait imaginer cette inflation qui s’emballe

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité




Palmarès



Publicité