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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Dans les rayons de mon marché…

Dans les rayons de mon marché…

Ça roule pour lui.

Le tour de France débute sa grande boucle, mettant la bicyclette sur un piédestal qui fait tourner la tête de bien des usagers qui se sont soudain mis à substituer leur vieille idole, l'automobile, à cette petite reine qui fait bien des caprices. Le risque est grand de remettre en selle les mêmes travers dans l'usage de ce qui n'est qu'un moyen de locomotion et non pas le prolongement de soi-même.

Mais quel est ce charabia liminaire ? Notre chroniqueur déraille et sa prose dévale en roue libre les pentes de l'absurde. J'avoue que je manque de lucidité après avoir sucé les roues d'un quidam qui avait eu la curieuse et détestable idée de faire le marché avec son vélo pour caddie. L'aventure mérite de vous être narré, tant je fus navré de ce triste voisinage.

L'homme arriva, casqué comme il se doit et élégamment vêtu de cette tenue seyante qui caractérise les cyclistes adeptes de la célérité. Je le vis se préparer pour se glisser subrepticement dans le flot des clients. Je pensais naïvement qu'il allait confier son fringant destrier à un anneau quelconque, une attache conçue à cet effet. Que nenni.

Son engin, plus encombrant qu'un caddie, en avait, selon notre individu, les mêmes caractéristiques fonctionnelles. Il pouvait ainsi porter ses achats tandis que les autres clients n'avaient qu'à supporter son imposant convoi. Pour se parer à toute réaction un peu vive dans le cas d'un malencontreux coup de pédale sur le mollet ou la malléole d'un quidam en sens inverse, il avait conservé son casque auquel il crut bon d'ajouter le masque réglementaire.

Il avait pris au premier degré l'expression, « faire les courses », cherchant à tous les étals la ligne d'arrivée qu'il comptait bien franchir en tête. Il est vrai que sa longueur en charge incitait les piétons porteurs de panier, à se garer afin de laisser passer ce convoi exceptionnel. D'autres, soucieux sans doute de diététique tout autant que d'esthétique, souhaitaient simplement échapper aux taches de graisse ou de cambouis.

Plus notre lascar augmentait son poids total en charge, plus le ballant rendait délicat l'équilibre des commissions perchées sur le cadre, la selle et le guidon. Imprévoyant ou réellement sportif, notre chevalier du bitume n'avait pas cru bon installer des sacoches à son engin. Le coefficient de pénétration dans l'air en eut été fortement réduit.

Je suivais ce curieux attelage, une bourrique égoïste traînant ainsi un vieux clou dont chacun dans l'allée centrale craignait de s'y déchirer un vêtement. Manifestement indifférent aux tracas de circulation qu’il provoquait dans les travées, notre adepte des mobilités douces poussées à la caricature, il poursuivait son épopée légumière en laissant derrière lui un sillon d'indignation.

La démarche fière, le teint frais, le nez au vent, notre grand échalas sortait du cadre. Il se faisait singulièrement remarquer, bousculant les habitudes comme les utilisateurs de chariots ou de paniers, ustensiles désormais obsolètes quand il s'agit de faire son marché. Interrogé sur ses motivations, il concéda qu'il poussait ainsi le concept du « Drive » cher aux homo-modernus, à son paroxysme durable.

Cette explication avait au moins le mérite de la franchise. En le questionnant, je l'avais cependant quelque peu distrait et c'est sans doute à cause de moi que surgit le drame dont tous les journaux locaux parlèrent abondamment. Ne regardant plus son chemin, le commissionnaire cycliste croisa la trajectoire d'un usager d'une trottinette électrique qui pareillement faisait ses achats. Le second avait poussé la technique à son apogée puisqu'il n'avait pas à mettre pied à terre pour aller d'un vendeur à l'autre.

L'homme à la trottinette répondait alors au téléphone. Il perdit de vue l'essentiel et le choc eut lieu, terrible, effrayant. Les petits pois, les fraises, les carottes, les dernières asperges, les tomates et les œufs jonchaient l'allée centrale tandis que les deux pilotes avaient des contusions multiples.

Ceci n'aurait pas été grave, il suffisait de ramasser les miettes, l'incident aurait été vite oublié, si les autres clients, sottement à pied, excédés par les comportements respectifs de ces deux-là ne s'étaient pas livrés à un véritable lynchage en règle. Tous ceux qui avaient eu à se plaindre de ces deux gougnafiers se firent un malin plaisir à piétiner les fruits et légumes qui jonchaient le sol.

Ce fut une hécatombe, un carnage comme on n'en connut pas depuis le fameux marché de Brive-la-Gaillarde. Certains même, c'est tellement bas que je ne sais si je dois oser vous le rapporter, ramassèrent la marmelade pour en asperger les malheureux. Le cycliste remonta prestement sur son engin pour tenter une échappée tandis que l'individu à la trottinette achevait sa lointaine conversation satellitaire.

Décidément il se passe toujours quelque chose sur le marché. L'arrivée prochaine des chariots électriques et télécommandés promet de nouvelles aventures. Bientôt il conviendra de créer des marchés conservatoires, des réserves dans lesquelles ceux qui font leurs courses sur leurs jambes bénéficieront de créneaux spécifiques pour échapper à la horde électrifiée.

Roulement leur.


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2 réactions à cet article    


  • juluch juluch 7 août 19:06

    le maitre Gorges aurait aimer chanter l’incident pour changer des pandores !!

    Les cons ça ose tout et c’est à ça qu’on les reconnait !!

    un autre maitre....


    • HELIOS HELIOS 7 août 20:01

      ... on a pas fini de supporter le dogme vert... vous n’avez pas encore tout vu, même au marché de Brive La Gaillarde !

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