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De l’autre côté

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La frontière magique.

De l’autre côté la vie est plus belle, c’est pourquoi depuis toujours, ils sont des millions à vouloir franchir cette frontière magique, au terme d’un long voyage au bout de la nuit. Ils rêvent d’un monde meilleur, ils l’envisagent plus radieux, plus souriant. Ils placent en cet espoir, leurs vœux les plus fous, leurs désirs les plus insensés. Ils sont prêts à tout pour réussir cette redoutable traversée, mettant leurs plus beaux habits, cherchant les meilleurs endroits pour franchir le pas.

La crainte est toujours présente d’être déçu, de se faire avoir, de ne pas obtenir le service pour lequel ils ont payé fort cher, menaçant même parfois leur équilibre financier. Ils se sont lancés dans l’aventure à corps perdu, espérant ne pas sombrer dans la sinistre réalité d’un accueil sordide. Ils ont trouvé des compagnons de bonne fortune, c’est du moins ce qu’ils espèrent.

Avec eux, ils vont partager les dernières victuailles de l’année. Ils iront jusqu’au bout de leurs réserves, persuadés que le cap franchi, ils auront à nouveau de quoi vivre heureux, pour manger à leur faim. Ils ont le cœur battant quand s’approche la redoutable frontière. Ils prient le ciel, consultent fébrilement leurs écrans, attendent dans l’anxiété ce moment terrible où risque de se déchaîner leur environnement.

Ils égrènent les secondes. Ils pensent que ce passage effectué, tout sera différent, à jamais plus heureux. Pourtant, sans leurs téléphones portables, personne ne saurait vraiment à quel moment la ligne a été atteinte puis dépassée. C’est pourtant un hurlement de joie qui accompagne le franchissement de la frontière. Personne ne leur a demandé leurs papiers, ils ont gagné leur nouvel Eldorado, ils ont vaincu la peur et triomphé du moment.

Il est minuit ! Gavés de dindes aux marrons, de champagne, de vins divers et d’alcools incertains, ils s’embrassent dans une allégresse sans pareil. Ils sont les rescapés de l’année passée, les nouveaux conquérants de celle qui est advenue. Ils se mêlent dans la plus merveilleuse confraternité avec tous ceux qui les entourent, qui ont payé fort cher, un passeur qui leur a promis le plus beau et le plus luxueux des réveillons de la Saint Sylvestre.

Au petit matin, ils rentreront hagards, épuisés par cette folle équipée, la tête encore pleine de promesses en des jours heureux, de tirades sur le meilleur des mondes. Ils retrouveront leur quotidien, le premier janvier ne change rien fondamentalement à la vie des humains, du moins ceux qui vivent dans une nation où ce gaspillage est encore possible.

Ils rangeront leurs tenues de gala, prendront un cachet d’aspirine et se coucheront aux premières heures du jour. Sans doute à cet instant, d’autres humains tenteront eux aussi de passer une frontière, bien réelle celle-ci. À ceux-là, les fêtards de la Saint Sylvestre ne promettront jamais rien, ni santé ni surtout pas prospérité. Ils leur tourneront le dos et s’il le faut, leur enverront la police ou bien l’armée pour continuer de jouir de leur merveilleux confort.

Ainsi les paroles échangées en cette fameuse nuit, ne seront une fois encore qu’une poudre aux yeux, parfaitement assortie aux cotillons et aux langues de belles-mères. Dehors, le monde occidental marquera une fois encore sa capacité à faire n’importe quoi dans le plus total mépris de la misère. Des voitures brûleront, il parait que c’est devenu une tradition, des abrutis klaxonneront à en réveiller les malades et les personnes qui ont besoin de dormir, des noceurs se pencheront sur un caniveau pour vomir le trop plein de leurs excès.

Que la Planète brûle, que la misère mette des gens en péril de mort en Méditerranée, ils n’en ont que faire. Ils sont les dignes électeurs de toutes ces canailles qui vont passer le mois de janvier à dispenser leurs vœux aux frais de la princesse, comme s’il n’y avait rien de mieux à faire que ce rituel désolant, onéreux et parfaitement grotesque.

Pendant ce temps-là encore, des humains, jetés à la rue par cette magnifique société, continueront de mourir de froid en étant chassés par les gardiens d’une bien curieuse paix. Bonne année à tous et surtout la Santé …

Annuellement vôtre.

illustrations de Yannick Bouron

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4 réactions à cet article    


  • patwa 31 décembre 2018 15:15

    Lisez Nikephoros II et laissez le vous convaincre de laisser les pillards piller, et de s’en prendre a eux au retour chargé fatigué, plutôt qu’a l’allée, frais et a vide.


    • C'est Nabum C’est Nabum 3 janvier 07:01

      @patwa

      Vous êtes désarmant


    • math 1er janvier 07:52

      Un monde « FOU » sur les champs..ivre..hurlant..pétant et dégueulant..c’est la France des « Lumières » bougeant son cul pour s’ennivrer, mais pas pour défendre le futur de leurs enfants...

      Pitoyable...

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