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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Ils se sont tant aimés

Ils se sont tant aimés

Quand les parti(e)s tombent en quenouille.

Ils étaient unis comme les doigts de la main droite, se jurant fidélité et défendant des mêmes valeurs. Ils avaient réclamé nos suffrages en affirmant avoir les mêmes points de vue sur toute chose concernant la vie de la cité. Ils partagèrent le pouvoir, se félicitant alors d’avoir une concordance d’idées sur bien des aspects de la gestion de leur chasse gardée.

Ils avaient un guide qu’ils disaient vouloir suivre les yeux fermés jusqu’au bout du mandat. Ils lui devaient leur place, ils avaient la reconnaissance du ventre, profitant ainsi de quelques avantages non négligeables. Leur chef dut laisser la place, adoubant alors son second, son alter ego, son presque frère. C’était encore à la vie à la mort entre eux, à moins que tout ceci ne fut que mascarade et grimaces de circonstances : Brutus et César en quelque sorte.

Le second se fit premier de cordée et nulle récrimination ne se fit entendre dans la file des encore fidèles suiveurs jusqu’à ce qu’un canard fasse dévisser le bel ordonnancement. Les liens se sont distendus, les langues en profitèrent pour se délier et montrer la face sombre d’une fraternité de pacotille. Les partis se délitent, les unions tombent en quenouille, les couteaux sont tirés dès que l’échéance suivante approche.

Les masques tombent. Les uns font allégeance, les autres sécession. La guerre est déclarée entre les amis d’antan. Tous les coups sont permis pourvu qu’ils soient bas. On s’étripe, on se déchire, on parjure joyeusement, on trahit gaiement, on congédie à grands fracas, on se mutine secrètement. C’est le joli spectacle des renégats qui se donnent la main, des ambitieux qui resserrent les rangs, des essouflés qui quittent la farce. Désolés et quelque peu humiliés, les futurs électeurs observent cette gesticulation navrante en s’exclamant : « Que d’hypocrisie chez ces gens qui réclament nos suffrages ! »

Nous regardons à distance la tragédie d’un pouvoir qui se fragmente. Comment croire que dans ce naufrage, il se trouvera encore des survivants pour aspirer à tenir à nouveau la barre ? Chacun a démontré au grand jour, ses mesquineries, ses faiblesses, ses mensonges et ses ambitions. Car, tout ceci, cette course ahurissante à la carotte, n’est qu’une affaire de gloriole. À les voir s’étriper ainsi en public, nul ne peut plus croire en leur sincérité.

Rassurez-vous, quand le premier tour aura donné ses indications, tout sera à nouveau effacé. Les uns et les autres se compteront, examineront les tendances, consentiront sans doute à établir une plateforme commune avec les amis d’avant-hier, ceux-là même qui étaient les ennemis d’hier avant que de se grimer miraculeusement en associés demain. Ne nous prendraient-ils pas pour des imbéciles ?

Ils se sont aimés, se sont déchirés et probablement se rabibocheront au nom de l’intérêt supérieur de la cité. Ce sera du moins la version officielle qu’ils voudront nous faire gober, nous les électeurs stupides au point de donner crédit encore et toujours à ce que peuvent décider de telles girouettes affectives.

Nous aimerions que les responsables de cette maudite mascarade aient enfin la dignité de dégager le terrain. Nous, citoyens responsables n’en pouvons plus de ces scènes de ménage à répétition, de ce déballage en public du linge sale de cette famille infréquentable. La politique n’a plus rien de noble quand elle est en de telles mains. Les affaires de la cité ne peuvent être confiées à des danseuses, des êtres qui alternent minauderies et coups de gueule, œillades lascives et coups bas.

Je souhaite de toutes mes forces que les citoyens ne soient plus dupes. Il est grand temps de donner congé à ce petit personnel politique devenu totalement hors-sujet, définitivement détestable. Le temps est venu de s’émanciper de cette caste encartée indigne pour confier la gestion municipale à des citoyens libres de toute attache partisane.

Librement nôtre.

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4 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 novembre 13:04

    La « démocratie représentative » est à la gouvernance ce que le théâtre de Guignol est aux jeux vidéos connecté. Les manipulateurs et leurs vieux appareils, les partis, n’ont plus de public parce qu’une autre offre, pire encore, les a relégués au rayon des antiquités. La manipulation moderne se joue ailleurs, dans le « lobbies » et les « think-tanks » qui ont fait de la vie politique un produit qui se gère avec les techniques du marché, à coups d’études de marché (sondages) et publicité (propagande). Les médias ne sont pas un « quatrième pouvoir » comme on le lit trop souvent, mais le véhicule les plus utilisé pour cette « fabrication du consentement » (cf Chomsky).

    Les vielles ficelles du clientélisme et leurs fonds de commerces sont en train de devenir aussi archaïques que le système féodal avec ses fiefs, ses suzerains et ses vassaux. S’il reste une « clientèle », c’est celle des supermarchés, le glissement de sens traduit un glissement de structure sociale. 

    C’est sûr que ça fait drôle d’assister au spectacle de l’extinction de dinosaures en temps réel, mais on ferait mieux de trouver comment préparer la relève de ce système de prédation avant que nous, le gibier, ayons aussi disparu par surchasse. On peut toujours se consoler en se disant que les prédateurs finiront par mourir de fin, faute de proies.


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 novembre 17:32

      @Séraphin Lampion

      Je me contente d’être observateur amusé

      Les idées neuves, je le réserve aux générations montantes


    • Kapimo Kapimo 14 novembre 21:48

      Le problème est que la classe politique a été dépossédée du pouvoir. Seules lors des périodes faisant suite à des circonstances historiques exceptionnelles (suite de la deuxième guerre mondiale, décolonisation) les hommes politiques ont-ils réellement pu agir avec une certaine indépendance une fois élus, du fait de la débandade de la classe prédatrice. La classe politique actuelle n’est constituée que des candidats à etre pantins des lobbys et de la finance.

      L’histoire nous enseigne qu’il faut des périodes de tension et de violence pour que la classe prédatrice lâche du lest par peur.

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