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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > L’épinoche fait ses contes

L’épinoche fait ses contes

Une histoire épineuse

 

 

Il était une fois un tout petit poisson, fragile en dépit des épines qui bardaient son corps fuselé. Son nom vernaculaire vient du reste de ces piquants dorsaux durs et acérés qui le préservent de nombreux prédateurs sans pour autant le mettre à l’abri des persifleurs tout autant que des brochets, des hérons ou des aigrettes et de quelques araignées aquatiques. C’est d’ailleurs un petit oiseau qui fit basculer la belle épinoche dans l’aventure.

Un jour donc, un mâle faisait parade nuptiale pour attirer une femelle qu’il convoitait. Il avait habillé son ventre de rouge, montrant ainsi son désir tandis que son dos vert lui laissait croire qu’il était préservé d’une mauvaise surprise. Il avait l’intention de convaincre sa belle de pondre ses ovules dans le merveilleux petit nid d’herbes qu’il avait patiemment constitué pour elle au fond du lit. Il était convaincu qu’avec celle-ci, sa semence irait féconder toute une génération de nouvelles épinoches.

Tout ceci se passait dans un petit ruisseau charmant : Le Ru d’Oison. Notre poisson n’aime rien tant que les eaux calmes tandis qu’il déteste par-dessus tout les courants violents. Il est vrai qu’il n’est pas de taille à résister aux assauts des flots en colère. C’est un hédoniste, c’est pourquoi il n’a nulle envie de quitter son petit cours d’eau bien tranquille.

Hélas, alors qu’il jouait les fiers à bras, toutes épines dehors, chamarré aux couleurs de l’Italie, voilà justement qu’un prédateur ailé vint s’emparer de lui. Le nom de son refuge, l’Oison aurait dû lui mettre la puce à l’oreille interne. Mais la plupart des poissons à l’instar de nombreux humains ne savent pas lire les signes du destin.

C’est ainsi qu’il fit son baptême de l’air. Une belle aventure dont il gardera toujours un souvenir ému. Il découvrait vu du ciel ce Val de Loire qu’il chérissait tant, s’interrogeant cependant sur les raisons de ce transfert spectaculaire. Que lui voulait donc ce réceptacle dans lequel il était lové ? C’est en ce posant cette question qu’il se rendit compte qu’il voyait à bord un bec qui prolongeait le corps d’un curieux animal revêtu de plumes.

La peur n’excluant pas le danger, il se dit qu’il était préférable de jouir du spectacle sans se faire de mouron. L’épinoche a ceci de formidable que cette espèce est dotée d’une insouciance peu commune. La suite lui donnera raison sur ce point. Après quelques minutes exaltantes, le bec s’ouvrit pour le laisser choir. L’oiseau avait sans doute aperçu proie plus délectable à moins qu’une épine ne soit venue l’irriter.

L’animal chut comme une pierre, une expérience qui cette fois lui apporta bien des désagréments. Non seulement le choc fut rude mais qui plus est, il tomba dans un curieux endroit. La largeur de ce ruisseau l’intrigua, sa profondeur le plongea dans un abysse de perplexité ; jamais son petit ru natal n’avait comporté autant d’eau. Mais le plus détestable était l’agitation furieuse des flots. Ce courant de tous les diables ne pouvait lui permettre de jouer les jolis cœurs.

L’épinoche en effet aime les eaux tranquilles et voilà qu’une petite Sterne l’avait entraîné dans les eaux tumultueuses d’un Fleuve. Lors de sa chute, le poisson avait cru discerner une grande ville, des monuments et une foule considérable. Il devenait soudainement urbain lui qui était naturellement si patelin. Un choc supplémentaire qui lui en fit perdre son latin et son nom scientifique : Gasterosteus aculeatus.

L’animal avait des ressources et l’ambition de faire son trou dans la place. Il se mit immédiatement à l’anglais, envisageant d’apprendre également le chinois. Ayant la jeunesse pour lui, il se montrait entreprenant. Il fut aidé en cela par le coup de pouce d’un journaliste local qui ayant assisté à son parachutage, lui offrit plaisamment une page entière pour annoncer sa venue. L’épinoche se sentait déjà en terrain conquis, adoubée qu’il avait été par la Tribune hebdo.

Le petit poisson qu’un petit oiseau avait laissé tomber avait du vague à l’âme. Il avait pensé avoir un rendez-vous avec la légende. Il avait toujours eu dans la tête cette petite chanson que lui chantait sa maman. Il tombait de haut, l’amour s’était envolé à jamais, c’est du moins ce qu’il croyait quand la sérendipité fit son œuvre en lui ouvrant ses bras. À deux pas de là, une sardine se sentait, elle aussi totalement déplacée, en cette eau douce qui manquait de piment.

L’épinoche et la sardine décidèrent d’unir leurs existences. Tant pis si tout cela est contraire à la logique halieutique. L’entre deux ponts vaut bien une messe et c’est en grande pompe que les deux petits poissons s’épousèrent pour le meilleur et surtout le rire. Ils s’offrirent un voyage de noce à bord de l’Inexplosible numéro 22, bien calés sous les roues à aube. Les cloches de la Cathédrale sonnèrent à toute volée pour célébrer le miracle tandis que Jeanne d’Arc sortait des profondeurs pour devenir leur chère marraine. Tout est possible dans ce merveilleux pays ligérien !

Épineusement sien

 


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7 réactions à cet article    


  • Après le faux con pélerin, l’é« pine » oche. Excellent texte. Ecrit ou non par Nabum.


    • troletbuse troletbuse 30 avril 07:31

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Vicieuse, va  smiley


    • troletbuse troletbuse 29 avril 11:11

      Les paysans ont transformés les ruisseaux qui serpentaient dans la plaine en les redressant et ainsi réduisant leur longueur par 3 ou 4, peut-être plus, ce qui fait que l’eau s’écoule beaucoup plus vite pour se jeter dans les plus grosses rivières, puis les fleuves et la mer. Ils ont aussi coupé tous les saules qui bordaient ces rivières. Les ruisseaux sont curés-ce qui n’empêchent pas la pénurie de curés-. Avec les périodes de canicule que nous connaissons aujourd’hui, ces ruisseaux sont souvent à sec en été. Donc plus de vairons, ni d’épinoches. Plus de salamandres ni de tritons. Les paysans, qui ne sont plus que des conducteurs d’engins payés à coup de crédit faramineux, en faisant disparaître la flore et la faune de ces ruisseaux œuvrent aussi pour leur disparition.


      •  Que Nabum fasse tomber le masque. Il écrit lui-même sur Agora qu’enfant il avait 0 sur 10 en français et qu’il était dyslexique. Soit c’est un génie qui a su compenser son handicap, soit un faussaire,...


        • Skalibur Skalibur 29 avril 14:26

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.
          S’il n’y avait que ça....
          Même ses SEGPA étaient meilleurs que lui.


        • @Skalibur

          J’ai fait mon mémoire d’étude sur la dyslexie. Raison pour laquelle son cas m’intéresse,.....Comme il y a des maladies rares, il s’agirait alors d’un cas exceptionnel. Il préfère laisser le doute, pour des raisons qui lui sont propres. Mais qu’il ne vienne pas ensuite se plaindre qu’aucune maison d’Edition ne prenne le risque de l’éditer. Par contre, si vraiment ses textes lui étaient propres, sa fortune serait assurée, comme tous les « loosers magnifiques »,...


        • juluch juluch 29 avril 21:10

          Sympas comme histoire nabum !!

          merci à vous !

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