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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > L’intendant des généralités au duit

L’intendant des généralités au duit

Rien de neuf sous le soleil.

Il était une fois, dans un pays imaginaire, ça va de soi, un grand et noble serviteur de l’État : intendant des généralités, qui avait une très jolie carte de visite. Jusqu’alors son parcours avait été sans tâche, collectionnant tous les honneurs qui font la gloire de la haute fonction publique. Quand débute notre fable, l’homme vient d’être promu dans une zone négligée des puissants, un endroit insalubre pour qui aspire aux lustres et aux paillettes.

Troublé par sa récente fonction, passée dans le secret des services interlopes de Joseph Fouché et de la sécurité intérieure, l’homme bardé de son bel uniforme et de sa grande croix de commandeur des Arts et Dettes, décida de prendre au pied de la lettre l’expression : « Être parachuté ». Largué par une Montgolfière, sautant dans le vide au cœur de la nuit, Monsieur le Intendants des Généralités tomba de haut quand il mit pied à terre sur un territoire mystérieux, envahi de ronces, d’animaux sauvages et d’une végétation luxuriante. Y avait-il eu confusion dans le plan de vol ?

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Il avait choisi d’arriver inopinément et de nuit, pensant que la plus grande discrétion s’imposait avant que de prendre en main ce département connu pour abriter quelques redoutables rebelles à l’ordre public et des contre-révolutionnaires. Le voilà bien puni, il est totalement perdu. L’inquiétude gagne ce personnage qui pourtant n’est pas né de la dernière pluie. Il percevait le bruit de l’eau qui coule, lui donnant ainsi le sentiment d’être perdu sur une île déserte. Pourquoi diable avait-il choisi de venir ici un vendredi ?

Il devinait autour de lui, la présence inquiétante de bêtes inquiétantes et sournoises, des monstres capables de le dévorer. Son imagination aussi fertile qu’est totale son ignorance de la faune et de la fore ligérienne, s’emballa au rythme de son cœur, découvrant à sa grande surprise qu’il disposait de cet organe. Il sentait des présences mystérieuses, devinait des sculptures inquiétantes, entendant des murmures et des musiques diaboliques. Il avait chu dans le domaine de Satan.

La nuit sera pour lui, une longue suite de frayeurs et d’abandons. Il en fut réduit à faire dans son bel uniforme. L’école Nationale de l’Administration ne prépare nullement à pareille mésaventure. Il aurait dû, enfant, faire ses armes chez les scouts ! Maintenant il était trop tard ! Il achèverait lamentablement son existence, seul et abandonné dans cet univers fantomatique.

Plus la nuit avançait, plus ses angoisses se faisaient terreur. Il percevait au loin le murmure d’une fête. Oui, c’est ça, alors que lui, connaissait les affres de l’abandon, qu’il vivait les pires heures de son existence, des gens s’amusaient, chantaient, buvaient dans l’indifférence de son sort. Et ce maudit accordéon qui revenait en boucle en des ritournelles entêtantes ! Le Intendants des Généralités déchantait, voilà un instrument qu’il n’a jamais supporté, trop peuple, trop vulgaire à ses oreilles de grand bourgeois.

La musique lancinante lui fait perdre la tête. Maudit accordéoniste qui joue ainsi de ses nerfs et de la corde sensible. Ses mélodies lui évoquaient des musiques de films, cet autre art dégénéré qui s’adresse au grand public. Le peuple n’a qu’à travailler. Pourquoi devrai-il se divertir ? Ce privilège ne devrait revenir qu’aux gens de son rang, ceux qui tout comme lui, se dévouent corps et âme au bien commun tandis que la plèbe ne pense qu’à jouir de l’instant. Une soudaine envie de homard monte d’un estomac qui crie famine. Au loin, un fauve rugit...

Sa colère lui a presque fait oublier la situation inquiétante dans laquelle il se trouve. S’il survit à cette nuit de tous les périls, il prendra des mesures, lavera l’affront qui lui est fait. Au travers de son illustre personne, c’est à la nation que l’on fait ici injure. Jamais plus cet endroit ne sera entretenu, il en fait le serment. Du reste, il ne l’est guère, il faut bien en convenir, ce qui le conforte dans sa décision. Il grelote désormais, souillé qu’il est de ces abandons sous l’emprise de la peur. Il s’interroge : « Comment fera-t-il pour entrer dans sa belle préfecture, demain, quand l’alarme sera donnée ? Ses gens viendront forcément à son secours, il ne peut en être autrement »

Le soleil se lève enfin sur cette nuit à oublier au plus vite, à rayer à jamais de sa mémoire. Avec les premières lueurs du jour, il a découvert qu’il était entouré d’eau, que son domaine était au cœur d’une cité, sans doute son point de chute administratif. Il a perdu pied avec la logique, il n’était nullement égaré dans une jungle sauvage mais bien perdu au milieu d’un espace inhospitalier certes car totalement en friche et non entretenu depuis si longtemps .

Mais quel est donc ce bruit ? Des humains s’agitent tout près de là. Il perçoit des bruits mâts, des chocs de corps qui d'entremêlement avec des clapots. Ils lancent une passerelle sur la rivière pour venir jusqu’à lui. Qu’ils sont braves ces héros anonymes, ces gentils citoyens qui veulent sauver la vie du plus haut représentant de l’État dans leur ville !

Ils parviennent jusqu’à lui. Leur structure faite de parallélépipèdes gris, des pontons modulaires, va lui permettre de regagner la terre ferme. Soudain un de ses sauveteurs s’étonne de sa présence en ce lieu : « Que faites vous ici sur le duit ? Y auriez-vous passé la nuit ? ». Ainsi donc, il s’est fourvoyé, ce n’était pas pour lui que ces hommes et ces femmes s’agitaient de la sorte. Il en éprouva une profonde tristesse qui se transforma en colère sourde quand il reconnut le son détestable de l’accordéon qui l’avait obsédé toute la nuit.

C’en était trop ! Il allait répliquer sans pitié. Usant des pouvoirs qu’on veut bien lui conférer, il se jure d’en savoir plus. Sur la berge, il parvient à réquisitionner un coursier afin qu’il porte une missive à ses gens. Une calèche de fonction vint le chercher, le cochet ayant été averti de venir avec un uniforme propre. Son honneur serait lavé de manière spectaculaire – l’expression l’amusa ! -

Quelques jours plus tard, Monsieur le grand Intendants des Généralités avait trouvé la parade, la manière de faire plier ses tourmenteurs, de les mettre à genoux. Il avait découvert que ces artistes hirsutes, ces êtres interlopes comptaient organiser un Festival sur son point de chute. Qu’à cela ne tienne, il leur fera payer fort cher ce droit de divertir un peuple qui n’a qu’à se rendre aux spectacles plus conformes du grand théâtre classique.

C’est ainsi que la fête des duits manqua de tomber à l’eau, ses instigateurs se trouvant étranglé par les taxes et autres redevances nées dans l’esprit bougon de ce grand serviteur des caisses de l’état. Beaucoup dans le pays aurait préféré que ce soit l’Intendant des Généralités qui connaisse pareille mésaventure en achevant dans la Loire son arrivée au pays. La rivière l’aurait emporté au diable, c’est bien encore là sa meilleure place ! La farce n'a pas eu lieu et c'est tant mieux, monsieur Moratoire est arrivé en périssoire pour sauver la Loire et cette histoire ...

 

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3 réactions à cet article    


  • ZXSpect ZXSpect 10 août 16:34

    Lorsque C’est Nabum s’éloigne du conte pour se risquer au persiflage contre un édile local, il a la plume tellement pusillanime et le texte si prudemment abscons, que seuls quelques orléanais pourraient le comprendre.

    .

    Pour que la satire soit efficace, il faut un peu plus d’audace.


    • C'est Nabum C’est Nabum 11 août 08:16

      @ZXSpect

      Voulez vous me voir embastillé ?

      À Orléans c’est si facile ...


    • covadonga*722 covadonga*722 11 août 09:25

      yep , c’est fou ce que le refus de subvention , peu entraîner comme sournoise

      diatribe .Mais l’on se garde bien d’être trop explicite , Dame ! cela pourrait ouvrir 

      la porte à des poursuites voir la fermer à de futures oboles . Quand les lions somnolent le courage revient au chacal ....Tabaqui  aurait il pris gite le long de la Loire ?

      asinus : ne variatur

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