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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > La caisse à quinze trous

La caisse à quinze trous

Le Bonimenteur déboussolé ...

Le clou du spectacle.

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Il se trouve un étrange personnage qui a décidé de faire d'un banal casier à bouteilles son accessoire de scène, à moins qu'il n'ait poussé la folie jusqu'à le considérer comme un partenaire à part entière. Il faut bien admettre l'incongruité de la chose, renforcée si cela était nécessaire, par un bâton de marche qui a accompagné notre homme dans ses pérégrinations pédestres.

Ne lui jetons pas la pierre : c'est un débutant bien tardif qui découvre le spectacle et ne semble rien comprendre à cet art difficile. Il joue les imbéciles avec une telle spontanéité et un si parfait naturel, que l'on peut légitimement s'interroger sur l'absence de composition dans ce rôle ; la caisse ne faisant ici que corroborer la vacuité du propos et des grimaces de ce pauvre comique marinier.

Cette caisse, bonne fille, se plie à ses fantaisies. Elle se fait tour à tour chaire d'église, pont de chaland, prison de Nantes, haie de son champ ou bien oranger irlandais. Il n'y a bien que lui pour croire aux métamorphoses de ce malheureux contenant sans contenance. Les spectateurs incrédules s'interrogent tandis que les musiciens font tout leur possible pour garder leur concentration.

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« Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse », doit se dire le pitoyable personnage. Il se trompe sans doute car ce pauvre casier à bouteilles est vide de tout flacon, et c'est heureux pour l'édification des quelques enfants qui prennent de haut ces pitreries d'un autre âge. Ils sont les seuls à ne plus accorder d'attention au pantin déguenillé, ce va-nu-pieds de la scène …

La caisse se transforme au gré des histoires à dormir debout d'un bonimenteur qui n'a rien à vendre. Elle devient estrade pour ses cours lamentables, conférences délirantes d'une histoire inventée de la marine de Loire. Elle résiste tant bien que mal au poids de l'insupportable conteur. Elle remplace le tonneau qu'il n'a pas trouvé, lui évitant ainsi le ridicule de se prendre pour Diogène !

Elle se fait grosse caisse pour ce percussionniste plus contorsionniste que musicien. Il n'a aucun rythme, ne suit pas la cadence et se perd en chemin. Il a beau jeu de prétendre qu'il a eu un trou de mémoire, lui qui en a quinze à ses pieds. Il n'a d'ailleurs pas honte d'afficher sur sa carapace : « Concert en gros ! ». Chacun peut juger qu'il ne trompe personne sur ses intentions et que malheureusement, il ne fait nullement dans le détail.

Tandis qu'il rame avec son bâton sur la caisse devenue frêle esquif, les musiciens continuent leur chemin de croix. Ils doivent traîner ce boulet, cette farce et attrape de la musique de Loire. Ils ont bien du courage et grand est leur mérite ! Pire que tout, c'est le clown qui a chopé la grosse caisse, se voulant aussi gros que le bœuf de la fable, le pauvre crapaud finira par exploser au bout du spectacle, baudruche aussi vide que ses casiers.

Que va-t-on faire de lui ? Le clouer à son casier, le ranger définitivement dans le musée des accessoires et des erreurs de parcours ? Il s'est trompé, s'est fourvoyé. Il se pensait sur la Loire, il se retrouva sur la scène alors que seul le cirque eût pu lui servir d'asile. Le mot est lâché et la fin probable du numéro se profile. L'aliénation est certaine : il n'y a plus à en douter. Qu'on lui trouve une camisole et qu'on évacue la salle !

Le rideau se baisse, les paupières se ferment. Tout cela ne devait être qu'un mauvais rêve ou bien un hologramme perdu sur l'écran blanc de ses folies. Le pantin a salué une dernière fois le public, sa caisse est rangée au clou. Le spectacle continuera sans lui ; les pieds pris dans les casiers, il a été abandonné là, dans les coulisses immobiles.

Les enfants sont sortis de sous la scène : ils n'avaient plus de raison de craindre la présence de l'épouvantail. Ils garderont un étrange souvenir de la soirée, une sourde angoisse dont ils se déferont difficilement. C'est ainsi qu'on fait des adeptes de la télévision. Si le spectacle y est beaucoup plus insipide, on ne court jamais le risque d'y rencontrer pareille mésaventure. Cependant l'objet même, ce tube cathodique si peu catholique, n'est guère plus qu'une vulgaire caisse, aux trous si innombrables qu'on renonce désormais à les compter !

Casièrement vôtre.

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7 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 12 février 2014 12:41

    Oupsssssssss....pas grand monde aujourd’hui.. ?

    bof...continuez...à fond la caisse... !

    • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 2014 13:46

      Claude-Michel


      Sans doute mais c’est un sujet intime

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 12 février 2014 13:46

      De qui, de la caisse ou du personnage est le ventriloque ?



      • C'est Nabum C’est Nabum 12 février 2014 13:50

        Prudence


        Vous savez sans doute que je suis un être double

        et j’ai un peu le caisson !

      • Prudence Gayant Prudence Gayant 12 février 2014 13:52

        Votre vie est une parodie ?


        • Prudence Gayant Prudence Gayant 12 février 2014 14:17

          Nabum

          C’est sans malice que j’ai posé la question. 
          Peut-être un peu de votre commentaire à claude-michel et le mot parodie qui m’a interpellé.

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