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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Le chemin de halage

Le chemin de halage

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Faudra-t-il le débaptiser ?

Au temps glorieux de la navigation commerciale sur la Loire, à la remonte, il n’y avait que deux manières d’aller à contre-courant, pour gagner l’intérieur du pays et y apporter les marchandises venues de l’ouest. Le vent dominant de l’époque poussait dans le dos les lourds chargements qui venaient de l’Océan, du pays nantais, de l’Anjou ou bien de Touraine. Qu’il soit Galerne ou bien Galarne, il gonflait les grandes voiles carrées pour le plaisir des yeux et la continuité marchande.

Quand le vent venait à manquer, il y avait les convois qui attendaient des jours meilleurs et les plus pressés, les plus désireux de réussir de bonnes affaires qui louaient des haleurs, des forçats, des hommes qui ployaient sous la bricole, un harnais pour humain, afin de tirer les lourdes charges contre le courant. Un métier rude, difficile, exigeant force et résistance pour empocher trois fois rien, les lois du commerce l’imposaient alors.

C’est ainsi que nos rives furent de tous temps, bordées d’un délicieux chemin qu’on nomma de Halage. Depuis la disparition de la Marine de Loire, le sentier côtier s’est agrémenté d’arbres, de buissons, d’une végétation luxuriante qui en fait un but de promenade. Les badauds ignorent sans doute que dans ce lieu, des humains remplissaient la fonction des bêtes de charge. C’est ainsi, on qualifie cette amnésie de progrès pour que le monde s’en porte mieux.

Pourtant en Orléans, sur la rive droite, ce qui ne surprendra par ceux pour qui les arcanes de la politique n’ont pas de secrets, il se passe un curieux phénomène qui met en danger le nom historique de ce chemin tout en confirmant la pertinence du choix pour le symbole validant le classement à l’Unesco de notre portion de Loire au Patrimoine mondial de l’Humanité. Le chemin de halage chez nous est souvent agrémenté d’un Girouet, une girouette métallique qui indique d’où vient le vent.

Peut-on considérer que des gens qui rament pour conserver leur poste méritent encore d’emprunter le chemin de halage ? À l'instar du regretté Edgard Faure, doit-on supposer que parfois c’est la girouette qui précède le mouvement du vent ? Ces deux questions essentielles nous conduisent à émettre de sérieux doutes sur le maintien de cette toponymie surtout sur la portion du chemin qui conduit de La Chapelle Saint Mesmin jusqu’à Orléans.

Trois villes, trois échevins bon teint, deux porteurs jadis d’une étiquette socialiste, l’autre se prévalant de la droite républicaine. Tous trois à l’approche des prochaines municipales ont retourné leur veste, sans doute usée, élimée par le frottement de la lourde corde de chanvre. Adieu l’os de mouton qui les maintenait attachés à leur ancienne fonction, les voilà désireux de voler de leurs propres ailes sous une bannière qui promet le mouvement.

Libres à eux de renier leurs convictions d’alors, chacun a le droit légitime au changement d’opinion. Là n’est pas le problème. Il faut savoir d’où vient le vent d’autant plus que depuis quelques années, le vent dominant en bord de Loire vient de l’Est. Adieu donc les amis d’antan, pour aller de l’avant, il convient de suivre les pas du Président et de faire bande à trois. À quatre si le mouvement gagne la ville suivante, au point septentrional de la rivière, ce qui est tout à fait envisageable à l’heure du chant du coq pour gagner le Paradis.

Je ne vois rien à leur reprocher. Chacun est libre de vouloir transformer en position sociale durable ce qui dans la constitution ne devrait être qu’une charge éphémère au service de la République. Mais le conteur de Loire leur demande simplement qu’en cas de succès collectif de leur manœuvre, ces trois forçats de la politique débaptisent le chemin de halage qui mène de la grotte Béraire jusqu’au cloître saint Aignan afin de le nommer le temps de leur prochain mandat : « Le chemin qui marche ! » Les poules y retrouveront plus aisément leurs petits et la logique sera respectée. Merci à eux et bonne chance dans leur longue marche à contre courant.

Patronymiquement leur.

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3 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 4 octobre 11:08

    Précision utile : les bateliers en illustration ne sont pas sur le bord de la Loire mais de la Volga. L’oeuvre est du peintre russe Ilia Répine (1844 - 1930) et s’intitule « Les Bateliers de la Volga ».


    • Croa Croa 4 octobre 21:00

      Il sont cons dans ton pays ! Partout ailleurs et notamment dans le midi (le long des canaux) ce sont des bœufs qui halaient les péniches.


      • juluch juluch 5 octobre 10:58

        Ils ont du ramasser chers ces pauvres gens......les haleurs bien sur !

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