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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Le dindon de la garce

Le dindon de la garce

Boniment à la graisse d'Oie

Conte volailler

Il était une oie, un dindon et des canards qui batifolaient joyeusement dans une mare tandis que les poules pondeuses restaient sur la berge : une belle vie au grand air pour ces volailles qui n’étaient pas des perdreaux de l’année. Les querelles et les prises de bec n’avaient pas lieu d’exister dans ce havre de paix. La fermière allait certes de temps à autre au marché avec des pommes, des œufs et des légumes dans un panier qu’elle portait sur sa tête. Il n’y avait donc aucune raison de se faire du mauvais sang chez ces innocents qui ignoraient tout des rituels des humains.

Les résidents de la basse-cour n’avaient pas vu le vent tourner. Tout commença par un jeune coq qui soudain se trouva dépourvu de ses attributs. La nouvelle désola les belles poulettes, elles n’avaient d’yeux que pour celui qui désormais, en avait pris coup à son orgueil. Le coq s’empâta, perdit de sa superbe pour grossir et surtout chanter matin et soir avec une voix égrillarde de fausset.

Les canards en firent des gorges chaudes. C’est ce qui leur valut sans doute les représailles de la dame. Pour leur apprendre les bonnes manières, elle leur enfonça de force dans le gosier, du maïs dans des proportions démesurées. L’un d’eux se plaignit du reste d’avoir les dents du fond qui baignent. Un chaud lapin qui avait fait son trou dans le quartier tenta bien de lui expliquer que ces malheureux palmipèdes ne disposaient pas de dents. Rien n’y fait, les canards aiment à diffuser les idées reçues.

Plus les jours raccourcissaient plus l’agitation de la fermière mettait la puce à l’oreille de la mère oie qui n’était pas un perdreau de l’année. Elle supposa que la dame préparait un mauvais coup. Elle se souvenait avec horreur de cette fois où celle qui la nourrissait, avait décidé de lui arracher le duvet. Un fort mauvais souvenir, une souffrance sans nom qui continue de peupler ses cauchemars et ses nuits blanches. L’oie ne voulait pas mettre son coussin sur cet épisode de sa vie, elle avait gardé, elle aussi, une dent contre la fermière.

C’est ainsi qu’elle prit l’habitude de déléguer à son ami le dindon la responsabilité d’aller chercher sa pitance. Dès que la main nourricière jetait à la volée des graines et des déchets alimentaires, l’oie jouait les filles de l’air bien qu’on lui eût coupé les ailes à son arrivée dans cette zone aux menaces sourdes et mystérieuses. Elle se mettait hors de portée de la mégère pour échapper aux vues qu’elle pouvait avoir sur elle.

Le dindon n’y vit que du feu. Il se pensa le favori de l’oie, son petit ami, si cette expression a un sens pour lui qui est de taille respectable. Il gonflait le torse quand il accomplissait la mission qu’elle lui confiait. Il gonflait ses bajoues de nourriture avant que d’aller déposer au pied de la belle ses offrandes. L’oie le gratifiait d’un regard charmeur, il devait s’en contenter.

Les canards qui avaient de plus en plus mal au foie, s’empâtant eux aussi à l'instar du coq qui se prenait pour un ovin, mirent en garde le dindon : « L’oie se joue de toi, tu risques de tomber dans son piège ou bien dans le puits ! » Le pauvre écervelé, aveuglé par l’amour, ne comprit rien à leurs propos. Pour lui, les dés étaient jetés. La suite prouva qu’ils l’étaient également pour le coq et les canards.

L’hiver approchait, une grande agitation se fit autour de la ferme. Des visiteurs venaient discuter avec la fermière. Elle se faisait alors un plaisir de les conduire près de la mare, leur montrant du doigt les uns ou les autres. Les inconnus finissaient par opiner du chef avec une forme de gourmandise dans le regard. L’oie cessa de se montrer en public, les autres pensèrent qu’elle les battait froid, se la jouait un peu trop. Seul le dindon continuait à lui rendre visite dans sa cachette. Bientôt elle fut traitée de garce par toute la communauté volaillère.

Le jour du grand massacre arriva. Les canards furent saignés, la sanguette allait régaler la table de la fermière. Un privilège qu’elle s’accordait tant l’ignorance de ses clients lui permettait de les priver de cette merveille. Leur dissection en public mit au jour une terrible cirrhose du foie. La fermière non seulement n’en fut pas mécontente mais tout au contraire se réjouit de la chose. Dans la basse-cour, l’inquiétude grandissait, manifestement, il se passait quelque chose de peu ordinaire.

Les canards mis sous vide, la basse-cour prenait des allures de grand désert. Le coq, chaperonné depuis le début pas la dame fut le suivant. Elle n’eut d’ailleurs aucune peine à l’attraper tant il était devenu lourd et pataud. À bout de souffle, au bord de la crise cardiaque, celui qui avait jadis enchanté les lieux, se fit tordre le cou sans rémission.

La suite serait délectable si je vous racontais par le menu l’agonie du dindon. Car, vous devez vous en douter, son tour était venu. La fermière prise d’une folie meurtrière voulu s’emparer de son couteau pour lui régler son affaire. Hélas, une poule pondeuse avait trouvé le couteau et l’avait soigneusement caché. Qu’importe, la dame alla quérir dans le tas de bois une bûche pour assommer le malheureux. La messe était dite quelques heures avant la naissance du christ.

Un enfant qui venait d’assister à la tuerie interrogea le lapin qui pointait le bout de son museau hors du terrier tandis que l’oie avait observé sans broncher à distance la scène. L’enfant demanda quel était cet animal qui agonisait dans des soubresauts pathétiques. Le lapin lui répondit : « C’est le dindon de la garce ! »

L’enfant dyslexique, ne comprit pas tout à fait la formule. Il se précipita vers ses parents qui justement avaient commandé la belle volaille. Il leur demanda de quelle farce ce dindon relevait. La fermière toujours disposée à proposer des produits de son exploitation, leur répondit du tac au tac que c’était de châtaignes qu’il convenait de farcir l’animal. C’est ainsi qu’est né un des plats vedettes de nos réveillons, d’une simple confusion langagière. Puis le temps passa, pour éviter que la langue fourche avec cette assonance, disgracieuse, la dinde supplanta le dindon.

Quant à l’oie, elle continue elle aussi de tirer les marrons du feu dans cette basse-cour à la population renouvelée avant chaque hiver. Cette histoire peut vous sembler tirer par les cheveux. Vous feriez alors grave erreur puisque c’est à la plume d’oie qu’elle a été rédigée.

Uncoupdansl’ailement vôtre.


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8 réactions à cet article    


  • juluch juluch 30 décembre 2020 12:16

    c’était donc ça alors ????

    La basse cour en émoie !

    merci nabum !


    • C'est Nabum C’est Nabum 31 décembre 2020 07:32

      @juluch

      Un bon milliard de Chinois : émoi, émoi, émoi

      Bon réveillon mon ami 


    • Jjanloup Jjanloup 30 décembre 2020 19:29

      Cette histoire peut vous sembler tirée par les cheveux plutôt que tirer par les cheveux mais nous ne sommes pas à un tiret près...

      Joyeuses fêtes de Noël, Nabum... smiley


      • C'est Nabum C’est Nabum 31 décembre 2020 07:33

        @Jjanloup

        La farce n’est pas réservée à l’intérieur de la victime expiatoire

        Bon réveillon cher lecteur


      • troletbuse troletbuse 30 décembre 2020 19:33

        Et en France, les dindons vont se faire farcir par Pfizer smiley

        D’ailleurs Micron en a très envie... de se faire farcir.


        • C'est Nabum C’est Nabum 31 décembre 2020 07:33

          @troletbuse

          Ça vient

          Lisez le billet du jour


        • ETTORE ETTORE 30 décembre 2020 19:51

          BRAVO, C’est Nabum !

          Avec maestria et humour, vous venez de faire le panégyrique de la société Française dans toute sa splendeur.

          Cette lecture est à transposer, comme un talisman, que l’on ferait tourner sur une carte anonyme, et qui révèlerait, toute la complexité sournoise de cet état qui nous élève si mal !

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