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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Le marchand de vent ...

Le marchand de vent ...

 

Le commerce de la naïveté dans la boutique « Effet Mer » …

 

Il était une fois un curieux personnage qui avait de l’existence une surprenante conception. Il prenait tout au pied de la lettre, jouant sans doute d’une naïveté feinte ou d’un incomparable sens de la dérision. Converser avec lui n’était jamais de tout repos, son interlocuteur s’interrogeant toujours : « Est-ce du lard ou du cochon ce qu’il me raconte présentement ? ». Ça pouvait être tout aussi bien les deux, à son commerce, il y avait largement de quoi perdre son latin.

Il vivait de l’air du temps, une denrée qui n’a jamais nourri son homme. C’est justement lassé d’entendre cette remarque dans la bouche des gens sérieux qui se prétendent volontiers pragmatiques et terre à terre qu’il décida de leur donner une bonne leçon. Il ouvrit un négoce en bord de rivière, vendant du vent à ceux qui en avaient un besoin urgent pour tenir les délais de livraison. Nous étions encore au temps de la marine fluviale à voile, la vapeur n’avait pas encore fixé le nombre des damnés.

Pour attirer le chaland et faire avancer à contre-courant les bateaux du même nom, l’ingénieux facétieux avait opté pour un nom dans le vent : « À l’effet Mer ! », chacun savait dans le pays que seul le vent d’ouest, venu de l’océan permettait de remonter les flots. En devanture de son échoppe, des girouets, des voiles, des représentations d’Éole et un tableau de Don Quichotte partant à l’assaut d’un moulin à vent.

Son slogan : «  Le vent, vous l’aurez dans le dos ! » aurait dû mettre la puce à l’oreille aux voituriers qui se pressèrent pour signer un contrat. Mais le rêve est un formidable vecteur pour se faire gruger. Il n’est rien de plus aisé de vendre des illusions, nous l’avons maintes fois appris à nos dépens en matière politique. Les affaires sont les affaires, un coup de pouce du destin est toujours bon à prendre s’il remplit davantage les bourses. Les gogos furent légion à se presser auprès de l’intrigant.

Le contrat naturellement n’était pas écrit. Le roublard affirmant que les paroles s’envolent et que c’est justement ainsi qu’on permet au vent de remplir son office. Une petite bise, un crachat par terre et le tour était joué, quelques louis changeaient de main. La somme était modique, elle pouvait laisser croire qu’il n’y avait rien à redouter à tenter le diable.

Sitôt délesté de quelques sous, les voituriers remontaient à bord et constatait qu’un petit vent leur soufflait dans le dos. La force de persuasion permet souvent de prendre des vessies pour des lanternes et un phénomène naturel pour un miracle de la providence. Celle-ci n’était pas divine mais marchande, ce qui avouons-le, n’allait pas tarder à devenir assez semblable.

Le capitaine gonflé de son importance et de la certitude d’avoir désormais le ciel de son côté, mettait les voiles pour profiter au plus vite du coup de pouce du destin. Bien vite sur toute la Loire il se dit de bouche à oreilles qu’un incroyable commerçant vendait du vent à Saumur. Nombre de voituriers eurent vent de cette formidable opportunité pour bien peu d’argent de gonfler leurs revenus en allant plus vite à la remonte. Le petit passage par son échoppe devint la règle dans la corporation.

La visite n’était pas toujours récompensée. Il arrivait souvent que l’échoppe demeura close. L’oiseau s’était envolé, prenant la poudre d’escampette sans jamais prévenir à l’avance. Les éventuels clients de s’en retourner la queue basse et la mine d’autant plus défaite que ces jours-là, c’était pétole ou bien vent d’est. Les bateaux restaient à quai, l’équipage au lieu de se morfondre allant boire ce délicieux vin de Saumur qui met du vent dans les voiles uniquement à terre. Deux ou trois jours plus tard, la boutique « Effet Mer ! » était ouverte, le contrat établi comme il se doit et miraculeusement le vent poussait dans le bon sens les marins qui avaient encore la gueule de bois. Le vent de Galarne leur permettant bien vite de retrouver leurs esprits et d’oublier ce maudit pic vert qui résonnait dans leur caboche.

Bien peu se dirent qu’il y avait entourloupe ou simple coïncidence. La foi ne soulève pas que des montagnes, elle inverse aussi le sens du vent. Payer son écot à ce curieux marchant c’était avoir la certitude d’avoir des conditions favorables. Les faits sont aussi têtus que les hommes quand ils se font gruger. Nul dans la profession n’aurait songé à mettre les voiles pour peu que la boutique ouvre.

Pourtant c’est ainsi qu’avec un brin de jugeote il aurait fallu agir. Le Marchand de vent avait un secret, une vieille grand-mère souffrant d’affreux rhumatismes pour peu que le temps se mette à l’humidité. Il n’y avait rien de plus précis que ses pauvres douleurs qui devançaient le changement de temps. L’homme avisé ouvrait alors sa boutique et engrangeait ce que voulaient bien leur céder les crédules et les naïfs.

Son affaire périclita au décès de son aïeule. Il le savait depuis le début et ne s’en offusqua pas. Il avait eu la sagesse de ne pas dilapider ses avoirs, il ferma aussitôt la boutique éphémère, quitta Saumur pour aller tenter sa chance ailleurs dans le pays. Il se dit qu’il y avait certainement d’autres astuces à trouver pour vivre de la crédulité des gens. Il s’établit ailleurs, proposa une nouvelle illusion. Les marchands de beaux rêves et de belles paroles ne manquent pas, vous n’avez qu’à vous renseigner un peu, il n’est pas impossible qu’il ne soit pas loin de chez vous. Il se pourrait même qu’il propose désormais de curieuses sornettes…

Bonimenteurement sien.

 


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8 réactions à cet article    


  • Étirév 20 janvier 11:43

    « Le commerce est, par son essence, satanique...

    L’esprit de tout commerçant est complètement vicié.

    Le commerce est satanique parce qu’il est une forme

    de l’égoïsme, et la plus basse, la plus vile. »

    (Baudelaire, Mon cœur mis à nu)


    • C'est Nabum C’est Nabum 21 janvier 17:21

      @Étirév

      Le grand commerce 
      Pas le petit n’exagérons pas 


    • Octave Lebel Octave Lebel 20 janvier 12:20

      Magnifique histoire, très belles photos.

      Vous devriez envoyer votre texte dans dans les bureaux de campagne aux prochaines élections.Qui sait une petite graine germera peut-être en prenant son temps un jour dans un de ces cerveaux de façon inattendue et imprévisible.

      Peut-être aurez-vous des réponses à compiler aussi.Qui sait ?


      • C'est Nabum C’est Nabum 21 janvier 17:22

        @Octave Lebel

        Je ne suis rien qui vaille pour les gens importants 


      • mosel 20 janvier 18:23

        c’est bizarre il me fait penser a un autre marchand (eur) de vent


        • C'est Nabum C’est Nabum 21 janvier 17:22

          @mosel

          Curieux en effet 


        • juluch juluch 20 janvier 19:56

          Il aurait pu travail au gouvernements là haut à Paris le bonhomme !

          merci nabum !

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