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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Le plus grand plaisir de l’automne

Le plus grand plaisir de l’automne

Nuisances sonores à la pelle ...

La grande mutation …

Adieu l'été, ses beaux jours, ses températures clémentes et ses journées à rallonge. L'automne vient étendre son manteau gris sur un décor qui va aller en se rétrécissant. Notre moral va suivre la même pente ; nous allons dépérir progressivement, nous faire des cheveux et rechercher sans espoir les trop rares rayons de soleil.

Pourtant rien de tout cela ne serait catastrophique si cette saison n'était accompagnée de la chute des feuilles. De partout, nous allons être noyés sous des monceaux de feuilles jaunies, brunâtres. Les cadavres vont joncher les rues et les trottoirs, les places et les pelouses. Cyclistes, motards, piétons risqueront la chute à la moindre pluie. La feuille est fort sournoise quand elle est à terre !

Tout cela ne serait que léger désagrément de saison, malencontreuse conséquence du cycle naturel, dîme à l'indispensable fonction chlorophyllienne. Chacun devrait pouvoir se faire une raison, accepter la décrépitude du moment sachant qu'après une longue période de dénuement, tout reviendra dans l'ordre au printemps suivant. Mais hélas, notre société, dans sa modernité absurde, nous impose désormais une épreuve plus redoutable encore, un plongeon dans l'horreur et la science fiction.

Dans quelques jours, si le vent se mêle d'accélérer l'inévitable, d'étranges et assommants petits bonshommes vont envahir nos rues et nos jardins, nos allées et nos boulevards. Ils vont s'insinuer partout, se faisant un malin plaisir de surgir au plus mauvais moment. Monstres mutants, ils portent une étrange bosse dans le dos, sont affublés d'un casque et d'une trompe articulée à l'extrémité d'un long tuyau en accordéon.

Ce sont les chevaliers de la feuille à terre. Ils repoussent toujours plus loin le petit dépôt végétal en un vacarme insupportable. Ils soufflent et ne jouent pas, avançant telle une horde sauvage. Ils envahissent nos villes, ils s'insinuent partout. Si par bonheur, nous les voyons pas, nous ne pouvons échapper à leur concert pétaradant.

Ils font des tas qui n'en finissent pas de se disperser, de refluer au premier souffle de vent. Vent contre machine infernale, la bataille est inégale. Le pauvre mutant s'agite, revient sur ses pas, reforme son joli monticule mais tout se disperse encore et il doit recommencer dans un ronronnement détestable, un bruit qui finit par vous faire regretter les tondeuses à gazon.

La souffleuse est la dernière marque de la modernité absurde. Elle vrille les oreilles de son pauvre serviteur, le transforme en bombe humaine, l'isole du reste de l'humanité. Il n'est plus que bruit et geste dérisoire. Parfois un camion surgit pour avaler ce qu'il a réussi à regrouper malgré les éléments, les passants, les automobiles, tous ces usagers qui viennent entraver cette tâche pathétique.

Jadis un homme encore parmi les hommes, armé d'un grand balai de bouleau, accompagné d' une petite remorque, faisait bien mieux que ces automates robotisés. Il agissait en silence,sans se couper de ses frères les hommes ; il pouvait tenir conversation ou indiquer son chemin à un passant égaré. Aujourd'hui, ses successeurs sont des êtres inaccessibles, des cosmonautes de nos grandes rues de solitude.

J'enrage de voir l'absurdité de ce dispositif. Je devine le coût d'un équipement qui n'a d'autre intention que de nous casser les oreilles. Je suppose qu'il y en a encore une fois un vaste marché public arrangé au bénéfice d'un ami ou d'un obligé. Je n'évoque pas le calvaire de ces hommes si mal payés, si déconsidérés et qui avancent dans le hurlement de leurs moteurs dorsaux.

C'est bien là le pire avatar de l'automne, cette nouvelle marque d'une civilisation de la gabegie et des solutions insupportables. Dans quelques décennies , la souffleuse sera perçue comme la marque de la vacuité de ce monde en décrépitude. Il est grand temps que nous passions un bon coup de balai parmi ceux qui décident de tels dispositifs essentiellement bruyants. Ce monde est fou ; vite un grand souffle nouveau !

Chevaleresquement leur.


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17 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 15 octobre 2013 12:14

    Salut Nabum,

     Un bonjour en passant.
     Ce que vous racontez, c’est évidemment la solution de facilité, pour répondre au besoin d’aller vite, d’augmentez l’efficacité.
     Vous avez raison, cela ne sert à rien.
     Alors, la question est pourquoi faut-il ramasser les feuilles ?
     La réponse qui me vient à l’esprit : pour ne pas boucher les égouts.
     Perso, l’automne est ma saison préférée.

    • C'est Nabum C’est Nabum 15 octobre 2013 12:31

       L’enfoiré


      Ne croyez vous pas que c’est parce que les donneurs d’ordre qui sont des Politiques ne craignent rien moins que de subirt un grand coup de balai ! 

      Pourtant, il serait salutaire ...

    • Fergus Fergus 15 octobre 2013 16:26

      Salut, L’enfoiré.

      Une autre raison de ramasser les feuilles : elles cachent parfois des déjections canines qui provoquent des accidents. Or, la société ayant tendance à se judiciariser, les victimes d’accidents corporels sont de plus en plus nombreuses à porter plainte contre les municipalités. Un genre de désagrément que les maires cherchent à éviter par tous les moyens. D’où la généralisation des équipements de ce type.

      Bonne journée.


    • Fergus Fergus 15 octobre 2013 16:29

      @ L’enfoiré.

      Personnellement, j’aime toutes les saisons. Mais j’ai quand même une préférence pour le printemps et l’explosion des fleurs, particulièrement en montagne, ainsi que pour l’automne et les fabuleuses couleurs de ses forêts caduques de chênes, de hêtres et de châtaigniers.


    • L'enfoiré L’enfoiré 15 octobre 2013 19:25

      Bonsoir Fergus


      «  elles cachent parfois des déjections canines qui provoquent des accidents. »
      Tout à fait. Même sans déjections canines, les feuilles marinées dans l’eau de pluie deviennent glissantes. Je l’ai expérimenté pas plus tard que ce matin.
      Mais l’enfoiré est élastique, rebondit et n’est pas tombé... smiley

    • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 15 octobre 2013 16:40

      La première fois que j’ai vu cette souffleuse, il y a bien 20 ans, j’ai cru à un génial aspirateur, génial car il devait compiler aussi, puisque non raccordé à quoique ce soit.
      Ça c’était du nouveau, l’aspirateur compacteur !
      Et puis j’ai regardé mieux et n’en pas crû mes yeux. D’abord j’ai pensé que quelque chose m’échappait quant à une possible raison non comprise... mais le tour est vite fait.
      On économise le balai. Point barre. Et on paye de l’essence, les réparations, le boucan, sans parler de la machine... combien de balais pour un de ces joujous qui, à coup sûr, doivent en plus remplacer les biceps par des lumbagos ? misère...
      Quant à la transposition au coup de balai chez les politiques, pas à la souffleuse, par pitié, ils partiraient dans tous les sens... En fait là aussi l’aspirateur-compacteur serait une bonne idée. Reste à l’inventer.


      • C'est Nabum C’est Nabum 15 octobre 2013 17:51

        Emmanuel Aguéra


        Je dois apporter une petite nuance

        Point de compactage pour nos politiques mais de la dispersion, du ventilage façon puzzle !

        Pour le reste je suis d’accord ...

      • oncle archibald 15 octobre 2013 17:26

        Cher Nabum je suis de tout coeur avec vous et à l’inverse consterné par les posts de Fergus et de l’Enfoiré ... Il faut supporter ces pétaradantes machines au nom de l’efficacité !! Si c’était globalement vrai encore ... mais non .. Le vent à toujours raison, surtout chez nous ou soufflent la Tramontane, le Cers et le Mistral, ces vents fous dont les rafales prennent un malin plaisir à défaire les tas de feuilles et aussi de temps à autre à coucher sur la mer les voiliers dont le barreur ne serait pas très attentif et réactif ...


        Il me revient à l’esprit d’avoir vu dans ma petite enfance un nommé « Kim » vieux Monsieur sans ressources bien connu de tout le village, qui bénéficiait de quelques subsides de mes grands parents contre le service de détruire les feuilles dans le jardin. Armé d’un râteau, d’un journal plié et d’une boite d’allumettes dans ses poches, Il faisait de tout petits tas de feuilles au dessus d’une feuille de papier journal roulée en boule et y mettait aussitôt le feu. Je ne trouvais pas cela très efficace, ni très joli les petits tas de cendres qui survivaient jusqu’à la prochaine pluie, mais à la réflexion, ce qui était vraiment joli la dedans, c’était de donner un peu d’argent à ce vieux Monsieur sans avoir l’air de lui faire la charité. On lui payait un service, l’honneur était sauf. Mais qui se soucie d’honneur et de délicatesse aujourd’hui ?

        • C'est Nabum C’est Nabum 15 octobre 2013 17:53

          Mon Oncle 


          Votre question est la seule qui vaille

          On se fiche de savoir si cet engin est plus rentable, plus rapide, plus efficace que le balai

          Nous savons qu’il y a des margoulins qui en profitent et de pauvres employés mal payés qui sont transformés en ventilateur assourdissant ... Pathétique

        • Fergus Fergus 16 octobre 2013 08:45

          Bonjour, Oncle Archibald.

          Petite précision : j’indiquais pourquoi les municipalités ont recours de plus en plus souvent à ces engins, ce qui ne veut évidemment pas dire que je suis favorable à leur multiplication, moi le nostalgique des employés municipaux armés de leur balai et de leur carriole.


        • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 19 novembre 2013 08:06

          Bonjour l’oncle, question chauvine héraulto-audoise : où doit-on parler du Cers et non de la tramontane en Lauguedoc-Roussillion ?


        • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 19 novembre 2013 08:13

          Bonjour Nabum. D’abord merci pour la magnifique photo même si c’est coutumier chez vous, que nos yeux blasés ne sauraient plus voir. Ensuite, si je comprends bien, le balayeur de mon lieu de naissance qui médite sur son manche quand il ne rêvasse pas sur le rythme aussi lent que mécanique de son balai, coûte moins cher à l’éleccicon (électeur-citoyen-contribuable) parce qu’il n’est pas doté de la machine infernale. Je rectifie après l’avoir vu regarder sa montre : il émerge de temps à autre pour attendre l’heure de partir chez lui....


          • C'est Nabum C’est Nabum 19 novembre 2013 08:19

            Jean-François Dedieu


            Nous sommes des êtres désuets

            Le balai et les belles photos, rien de vraiment rentable en ce monde fou ...

          • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 19 novembre 2013 08:36

            C’est la faute à Dexia, à tous ces maires incapables de gérer une commune comme on doit tenir son ménage. Ce seront 55 milliards d’ardoise qu’on ne va pas tarder à devoir grâce aux politico-oligarcho-ôfonctionnaires !


            • C'est Nabum C’est Nabum 19 novembre 2013 14:47

              Jean-François Dedieu


              Ce sont des pensées automatiques qui poussent les gens à faire comme les autres snas se soucier de l’intérêt éventuel de la chose

              Aller à rebours est bien difficile

            • L'enfoiré L’enfoiré 17 décembre 2016 09:25

              Bonjour Nabum,


               J’avais prévenu.

              Bon weekend

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