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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Le premier mai, la pluie fait des clochettes

Le premier mai, la pluie fait des clochettes

Le Bonimenteur marche sous la pluie

Balade aqueuse.

Le temps est coquin, le ciel vilain et nos humeurs chagrines. Du matin au soir, les larmes du ciel vous laissent prisonniers en votre demeure. Vous tournez en rond dans un appartement trop petit, une maison trop sombre. Il vous faut de l'espace, briser cette boule d'oppression, ce maudit printemps qui a la tête à l'envers, ce mois de mai qui débute sous un déluge ...

Ne craignez point de vous salir, osez vous mouiller, affrontez la colère des cieux et partez à l'aventure ! Marchez sous la pluie, allez de l'avant entre ondées, averses et rideau de pluie. Enfilez des vêtements adaptés, chaussez-vous de solides et confortables brodequins, ouvrez la porte et posez vos pas dans les innombrables flaques qui parsèment nos trottoirs, nos chemins et nos allées..

Marcher sous la pluie c'est s'émanciper de toute prudence et se confronter bille en tête à ces maudites précipitations de mai. La rue ne sera que pour vous, les rares passants sont des automobilistes mal garés qui se précipitent vivement vers un intérieur à souiller. Vous irez l'esprit tranquille, craignant uniquement les gerbes des chauffards malotrus suivis d'une immense vague dévastatrice.

 Vous allez d'un pas ferme, vos pieds cadencent une drôle de musique qui se joue des variations du sol. Sur le pavé, des petites mares éclatent à votre passage. Sur les graviers, le crissement est atténué, mis en sourdine. Sur le bois des passerelles, la glissade est assourdie quand le flic flac est accentué. Sur la terre battue, la boue amplifie chaque percussion. Sur le sable, vous disparaissez presque totalement avant que de ressortir dans une succion gourmande.

La partition des semelles ne s'offre vraiment qu'à ceux qui avancent tête nue. Capuche, bonnette et autre parapluie sont autant de barrières au plaisir de la pluie qui coule, du vent qui glace, des murmures qui montent. Marcher sous la pluie c'est s'offrir sans nuance à une nature hostile, accepter ses assauts, sentir sa puissance, risquer sa santé. C'est aussi jouir de ces ruissellements insidieux qui pénètrent au plus secret de votre intimité.

Vous avancez, vous glissez, vous soufflez, vous dégoulinez mais vous êtes bien Vous avez établi une liaison directe avec les éléments. Vous êtes en symbiose avec une nature qui déborde, généreuse, plantureuse, liquide. Le sol est gorgé, l'eau ne parvient plus à pénétrer. Vous pataugez, vous éclaboussez, vous vous salissez. Vous êtes roi en votre bauge limoneuse.

Qu'importe, chaque pas est une gerbe, un chapelet de marques qui s'incrustent sur votre pantalon. Vous êtes décoré, chevalier de l'ordre du marcheur mouillé, de l'enfant trempé, du probable enrhumé. La liberté a un prix, celui d'un changement intégral à votre retour. Il faudra tout retirer, le bonheur de celui qui se moque de la pluie qui gifle le visage est à ce prix.

Vous êtes trempé comme une soupe, il pleut comme vache qui pisse, vous être à tordre mais si heureux ! Votre pas ne change pas d'allure même si vos vêtements pèsent désormais une tonne. Vous êtes engoncés dans cette coque humide, vous êtes moins souple, plus pataud. Vous êtes pris dans une carapace de tissu qui enserre intimement chaque partie de vous même. Paradoxalement, par leur rigidité, vous abolissez vos vêtements.

Vos chaussures se font radeau de la méduse. Vos pieds s'émancipent de la semelle. Vos chaussettes serpillères. Vous devinez un léger glissement, une douce sensation de flottement. Il faudrait bien s'arrêter pour souquer ou essorer, mais le mal est fait et il n'y a plus rien à envisager d'utile. Vous êtes partie prenante de cette eau qui tombe et qui a trouvé en vous un refuge mobile.

Vous pressez le pas, il vous tarde maintenant d'arriver au port ou de demander asile en une bonne escale. Vous êtes aventurier au milieu de cet océan de solitude humide. Non, vous n'êtes pas perdu, vous savez que, derrière une porte, au loin, vous trouverez vêtements secs, douche réparatrice, boisson chaude et joues brûlantes. Vous retrouverez encore confort et chaleur. Vous jouirez alors de la satisfaction d'avoir affronté la colère céleste.

Marchez, marchez sous la pluie aujourd'hui, sous la neige hier, sous la tempête ou bien les rafales. Marchez Marchez au froid, au vent, sous tout ce qui tombe du ciel. Marchez au petit matin, au soleil couchant ou à la nuit venue. Communiez avec la nature, c'est à l'allure du pas de l'homme qu'on la découvre vraiment, par tous les temps !

Pluvieusement vôtre.


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2 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 2 mai 2013 10:38

    Pluie en Orléanais, soleil en Artois smiley
    Il faut investir sur la Côte d’Opale !
    Chantons sous la pluie...

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