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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Le remède miracle

Le remède miracle

 

Si tous les animaux du monde…

Il était une fois une planète où régnait le plus grand désarroi. Tandis que nombres d'espèces étaient en danger d'extermination par la faute d'une seule, celle-là même qui était cause de tous les malheurs connaissait à son tour une effroyable calamité, comme elle n'en avait pas connu depuis près d'un siècle.

L'espèce de ceux qui vont debout sur leurs pattes postérieures après avoir chamboulé le climat, malmené la nature, détruit bien des forêts et des espèces animales se trouva soudain confronté à un mal mystérieux. Les humains, puisque c'est d'eux qu'il s'agit, manquaient d'air, non pas faute de l'avoir vicié, mais bel et bien en se trouvant dans l'incapacité de respirer. Ils mirent leurs apprentis sorciers sur le sentier de la guerre afin de parer l'attaque, de reprendre souffle par des moyens magiques comme ils avaient appris à la faire depuis toujours.

L'époque n'était plus aux grandes processions mystiques, aux invocations divines, aux amulettes et aux remèdes naturels. Ils avaient basculé dans un monde artificiel, rêvait désormais de passer dans une ère nouvelle où les codes du vivant devraient eux-aussi se plier à leurs espoirs d'éternité. Les alchimistes avaient abandonné leur préfixe pour effectuer désormais la seule transmutation qui vaille et qui rapporte gros : celle des humains.

Leur plan avait été favorisé par le mal mystérieux. Ils se piquèrent d'inoculer une forme de pierre philosophale à toute la population dans le sentiment d'urgence que la terreur avait répandu parmi les braves gens. Les humains, pour une des rares fois de leur courte histoire, se comportaient à nouveau comme des troupeaux hypnotisés sous la conduite de quelques maîtres.

Il était possible de les voir se suivre en de longues files silencieuses, les uns derrière les autres à distance respectable pour éviter tout risque d'empathie, le mal le plus redouté chez les élites. Après des heures d'attente, en avançant à tous petits pas, ils rentraient dans une immense fourmilière dans laquelle des ouvrières travailleuses en blouse blanche piquaient à tout va sans aucune certitude sur la pérennité de leur remède.

Dans le monde animal, passé le temps de la moquerie et de la légitime vengeance, des voix s'élevèrent pour prétendre que la faune ne pouvait agir de la même manière que ces bourreaux. Le dernier refuge de l'humanité résidait dans les espèces animales survivantes du grand carnage humain, l'occasion était propice de leur fournir une bonne leçon afin que les bourreaux d'hier se transforment enfin en sauveurs de demain.

Tout était parti des chauves-souris et du pauvre pangolin, accusés injustement d'être les seuls responsables de la crise chez les humains. Puis le vison fut accusé à son tour d'être un hôte intermédiaire du mal sournois. De proche en proche, toutes les espèces allaient être montrées du doigt y compris le chat et le chien, les plus fidèles complices des humains. Les animaux comprirent ainsi lors d'un grand symposium planétaire qu'ils devaient agir au plus vite afin d'enrayer la tragédie et de n'en être pas les victimes collatérales.

Chacun émit son idée, la démocratie véritable, inconnue de l'espèce malade, s'applique de manière rigoureuse chez les autres habitants de la planète. Tous les avis furent considérés, non seulement ceux des gros animaux mais ceux également des plus petits organismes vivants. La taille ne donne pas droit à jugement prépondérant, un autre enseignement qui pourrait nous être utile.

Les uns s'étonnèrent de voir tant de panique chez ces homo si peu sapiens, les autres dirent que tout cela devait cacher quelque chose. Des plus inventifs évoquèrent une astucieuse manière de stériliser en masse ceux dont le nombre désormais mettait en péril toute forme de vie sur Terre. L'idée quoique surprenante ne sembla pas si saugrenue que ça à beaucoup d'entre eux.

Après bien des palabres inutiles puisqu'il était aussi vain de trouver la cause du mal que les objectifs réels de l'agitation des victimes, il fut mis en débat l'incontournable question préliminaire : « Faut-il leur venir en aide ? ». Il faut avouer que le débat perdit soudainement de sa sérénité. Les avis étaient tranchés, les opinions fort divergentes. Pour beaucoup, leur éradication serait une bonne chose pour la Planète ; ils y avaient semé tant de désolation et causé tant de désastres. Pour d'autres, ils n'étaient pas tous à jeter dans le même panier, seuls leurs chefs et leurs élites méritaient de disparaître.

C'est après un tel jugement abrupt qu'une aile se leva pour réclamer la parole. Un oiseau voulait s'exprimer et rompre ainsi avec la réputation d'être toujours de mauvais augure : « Je crains que si nous ne leur venons pas en aide, c'est précisément les meilleurs d'entre eux qui disparaîtront tandis que les félons et les canailles échapperont à l'épuration en cours. Nous ne serions pas plus avancés ! » Les animaux dans leur immense sagesse, réfléchirent à cette affirmation. C'est un vermisseau qui sut trouver les mots justes : « S'ils sont moins nombreux mais que nos principaux tourmenteurs restent en vie, nous ne serions guère avancés. Aidons les plus fragiles, un jour ou l'autre ils ouvriront les yeux et s'uniront à nous pour se libérer de leurs maîtres ! »

Mais comment faire ? La question était d'autant plus cruciale que l'urgence se faisait sentir. Les têtes pensantes des humains avaient déployé les grands moyens, sans se soucier pour une fois du coût de la chose, pour répandre leur venin parmi leurs semblables. C'est un caméléon qui trouva la parade. Habitué de se dissimuler par imitation, il pensa le problème que d'aucun estimait insoluble en se plaçant dans la logique même de sa stratégie. Il prit la parole :

« Mes amis. Vous n'avez qu'à observer ce qui se trame parmi cette espèce tout en analysant la genèse de la crise. Le mal, selon eux vient de l'Asie. Après avoir connu un vent de panique, ils pensent avoir trouvé une parade en multipliant les piqûres. Nous pouvons les imiter tout en sauvant les récalcitrants et les laissés pour compte des pays pauvres... ».

Sa déclaration sema le trouble. Personne ne voyait où il voulait en venir. Le Caméléon reprit de nouvelles couleurs pour mieux se faire comprendre. « Les frelons asiatiques constitueront notre force de frappe tout en redonnant sa dignité à ce continent injustement vilipendé. Ils sont en nombre suffisant pour agir au plus vite et en masse conséquente. Nous ne rencontrerons pas les problèmes de logistique de nos frères humains ! »

Même si l'assemblée l'écoutait avec attention et respect, la dernière expression souleva une rumeur de désapprobation. Ce « frère » était fort mal venu compte tenu des catastrophes engendrées par ce détestable membre de la famille terrienne. Caméléon le comprit et s'excusa de ce terme inapproprié en effet. Puis il poursuivit.

« Leur salut passe en effet par la piqûre générale. Les frelons seront équipés par les soins de la divine providence d'un venin salvateur. Par leur action le monde sera sauvé ! ». Ce fut sous un tonnerre d'applaudissements que la suggestion du caméléon fut adoptée par plébiscite. Tous les insectes butineurs de la Planète se mirent en action, concoctant un nectar prophylactique totalement naturel et sans effets secondaires.

Les frelons asiatiques en chargèrent leur réserve à venin puis se mirent en ordre de combat. Caméléon eut l'honneur de déclencher le signal de leur envol. De partout dans le monde, les humains subirent une piqûre salvatrice. D'après certains observateurs, il y eut ici ou là, quelques cas malheureux de réactions allergiques graves entraînant la mort de ces malheureux. Ce fut cependant rien en comparaison de l'immense succès de l'opération.

Ainsi se résolut une crise sanitaire sans précédent, non pas par sa gravité mais par les proportions qu'elle avait prises. Les animaux espèrent désormais qu'ils ne se mordront pas les doigts d'avoir sauvé l'espèce humaine.

Prophylactiquement leur


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6 réactions à cet article    


  • Étirév 12 avril 09:54

    Le « ménage » des Abeilles...
    Après la fécondation des reines, si le ciel reste clair et l’air chaud, si le pollen et le nectar abondent dans les fleurs, les ouvrières, par une sorte d’indulgence oublieuse, ou peut-être par une prévoyance excessive, tolèrent quelques temps encore la présence importune et ruineuse des mâles. Ceux-ci se conduisent dans la ruche comme les prétendants de Pénélope dans la maison d’Ulysse. Ils y mènent, en faisant carrousse et chère lie, une oisive existence d’amants honoraires, prodigues et indélicats : satisfaits, ventrus, encombrant les allées, obstruant les passages, embarrassant le travail, bousculant, bousculés, ahuris, importants, tout gonflés d’un mépris étourdi et sans malice, mais méprisés avec intelligence et arrière-pensée, inconscients de l’exaspération qui s’accumule et du destin qui les attend. Ils choisissent pour y sommeiller à l’aise le coin le plus tiède de la demeure, se lèvent nonchalamment pour aller humer à même les cellules ouvertes le miel le plus parfumé, et souillent de leurs excréments les rayons qu’ils fréquentent. Les patientes ouvrières regardent l’avenir et réparent les dégâts, en silence. De midi à trois heures, quand la campagne bleuie tremble de lassitude heureuse sous le regard invincible d’un soleil de juillet ou d’août, ils paraissent sur le seuil. Ils font un bruit terrible, écartent les sentinelles, renversent les ventileuses, culbutent les ouvrières qui reviennent chargées de leur humble butin. Ils ont l’allure affairée, extravagante et intolérante de dieux indispensables qui sortent en tumulte vers quelque grand dessein ignoré du vulgaire. Ils affrontent l’espace, glorieux, irrésistible, et ils vont tranquillement se poser sur les fleurs les plus voisines où ils s’endorment jusqu’à ce que la fraîcheur de l’après-midi les réveillent. Alors ils regagnent la ruche dans le même tourbillon impérieux, et, toujours débordant du même grand dessein intransigeant, ils courent aux celliers, plongent la tête jusqu’au cou dans les cuves de miel, s’enflent comme des amphores pour réparer leurs forces épuisées, et regagnent à pas alourdis le bon sommeil sans rêve et sans soucis qui les recueille jusqu’au prochain repas.
    Mais la patience des abeilles n’est pas égale à celle des hommes. Un matin, un mot d’ordre attendu circule par la ruche. On ne sait qui le donne ; il émane tout à coup de l’indignation froide et raisonnée des travailleuses, et selon le génie de la république unanime, aussitôt prononcé, il emplit tous les cœurs. Une partie du peuple renonce au butinage pour se consacrer aujourd’hui à l’œuvre de justice. Les gros oisifs endormis en grappes insoucieuses sur les murailles mellifères sont brusquement tirés de leur sommeil par une armée de vierges irritées. Ils se réveillent, béats et incertains, ils n’en croient par leurs yeux, et leur étonnement a peine à se faire jour à travers leur paresse comme un rayon de lune à travers l’eau d’un marécage. Ils s’imaginent qu’ils sont victimes d’une erreur, regardent autour d’eux avec stupéfaction, et, l’idée-mère de leur vie se ranimant d’abord en leurs cerveaux épais, ils font un pas vers les cuves à miel pour s’y réconforter. Mais il n’est plus, le temps du miel de mai, du vin-fleur des tilleuls, de la franche ambroisie de la sauge, du serpolet, du trèfle blanc, des marjolaines. Avant qu’il se soit rendu compte de l’effondrement inouï de tout son destin plantureux, dans le bouleversement des lois heureuses de la cité, chacun des parasites effarés est assailli par trois ou quatre justicières...
    « Liberté : chez le barbare, celle de prendre, et surtout de détruire. Chez le civilisé, celle de créer et de donner. Dans l’ordre social, c’est la recherche d’une organisation assurant le don mutuel : le communisme inséparable, chez les civilisés, de la Monarchie de droit divin. Régime quéchua de la culture obligatoire des terres du soleil, de celles des veuves, des orphelins, des infirmes, des particuliers, enfin des domaines de l’Inca. Régime égyptien du Nouvel Empire, dans lequel le gouvernement se réservait le commerce international et laissait aux particuliers le seul commerce intérieur. Expérience perse de Mazdek sous le Roi Kavâdh, en 488 : communauté des biens et des femmes, abolition de tous les privilèges. Nous ne citons ces tentatives politiques et sociales qu’en corrélation avec notre théorie de la mémoire obscurcie depuis l’âge d’or de la Révélation, époque que caractérisait vraisemblablement une structure sociale à base de communisme et de monarchie théocratique dont l’emblème, l’Abeille (Reine et dans le même temps sorte de Déesse-Mère, aujourd’hui encore image vivante du Matriarcat naturel et de la Féminité de la Manifestation), dont l’emblème, dis-je, était encore, sous le nom de « biti », porté également par le Roi, celui de la Royauté en Basse-Egypte à l’époque archaïque. Ainsi donc, le Roi historique de l’Egypte d’il y a cinq mille deux cents ans porte encore le titre de Biti, Abeille, et il a cet insecte pour emblème. L’analogie s’étendant à la Monarchie elle-même, nous obtenons le communisme matriarcal de la Ruche. Ajoutons encore que c’est vraisemblablement par association avec la liliacée de la Haute-Egypte, l’abeille des jardins et celle de la monarchie contemporaine et amie du Delta, que l’Egéide minoénne a pris pour emblème de la royauté le Lys, adopté plus tard par les Capétiens, comme l’abeille l’avait été par les Mérovingiens. » (O.V. de Lubicz-Milosz, Les Arcanes)


    • C'est Nabum C’est Nabum 12 avril 10:06

      @Étirév

      Je vous laisse libre de vous taper la ruche


    • jefresi 12 avril 11:48

      Décidément, c’est le jour !

      Plusieurs articles du site reprennent la symbolique du triangle dramatique genèse de tous les jeux humains !

      Merci aussi à Nabum de sa contribution propre à élever, à sa façon, la conscience de ses lecteurs des jeux et enjeux dans lesquels sont plongés les sapiens au moins depuis un an.


      • C'est Nabum C’est Nabum 12 avril 12:02

        @jefresi

        Je prends de l’altitude mais c’est contre mon gré

        Les élus d’Orléans ont l’intention de me jeter du haut d’un ballon


      • juluch juluch 12 avril 12:06

        Pas mal l’allégorie !

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