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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Peut-être une histoire policière

Peut-être une histoire policière

   La Peugeot 403 s’arrêta à quelques mètres du perron. Un homme hirsute en sortit péniblement et ouvrit la portière arrière. Une chose tomba et resta affalée sur le sol. Penché sur elle, l’homme dit : « Ne bouge pas. Sois sage. » Il resta immobile une bonne minute, sans qu’on sache s’il attendait une réaction de la chose ou s’il avait le dos coincé. Finalement il gravit les marches jusqu’à un enlarbinné qui attendait en silence. Il n’était pas six heures du matin.

- Brigade criminelle de Los Angeles, dit l’homme en cherchant en vain quelque chose dans la poche intérieure de son imper froissé.

- Je sais, Monsieur, répondit l’enlarbinné, vous êtes attendu. C’est par là.

- Heu, dites… dit l’homme en se rapprochant et en baissant la voix, je n’ai pas vraiment eu le temps de déjeuner, si vous voyez ce que je veux dire. Est-ce que par hasard… vous auriez du café à l’intérieur ?

- Non, Monsieur. Désolé. C’est par là.

L’homme hocha la tête et prit la direction qu’on lui indiquait en passant la main dans ses cheveux épais. Il arriva dans une grande pièce, une espèce de Salon à la décoration grandiloquente. Par terre il y avait une femme, et du sang. Trois hommes discutaient à voix basse. L’un deux s’avança et lui tendit la main : « Président François Hollande. Soyez le bienvenu. » L’homme le regarda, éberlué.

- Quoi ? François Hollande ? Vous voulez dire… le célèbre François Hollande, celui qu’on voit à la télévision ?

- Oui.

- Alors là Monsieur, quand je vais dire ça à ma femme elle ne va pas me croire ! s’exclama l’homme en secouant la main du Président au risque de lui déboîter l’épaule. Faut que je vous dise, Monsieur, elle connaît tous vos discours par cœur, elle collectionne les photos de vous, elle a enregistré tous vos débats… (ce que l’homme ignorait c’est que, dans une pièce voisine, une certaine V.T., mue par un instinct basique, trépignait en entendant ces mots, un pic à glace à la main).

- Oui, certes, mais… nous avons un grave problème à régler.

- En effet. Un très grave problème, dit l’homme en regardant la femme à terre. Vous m’en voyez vraiment désolé pour vous, Monsieur.

- Vous pouvez me régler ça en combien de temps ?

- D’habitude il me faut quatre-vingt-dix minutes mais là… je dois vous dire que je n’ai pas eu le temps de déjeuner…

- Qu’on apporte du café et des croissants, dit le Président dans sa grande magnanimité.

 

Pendant ce temps, un homme assez petit, la silhouette mal définie, arrivait lentement à pied dans la cour du 55 Rue du Faubourg Saint Honoré. Le regard de l’enlarbinné glissa sur lui, de la veste noire fripée aux sandales en cuir. Presque pire, pensa-t-il.

- Brigade criminelle, dit l’homme d’une voix nonchalante. 

Ses yeux avaient une couleur étrange et son visage ressemblait à un portrait raté.

- Vous êtes attendu, Monsieur. Par là.

-  Danglard est arrivé ? demanda le visiteur en passant devant l’enlarbinné.

- Excusez-moi. Nous n’attendons pas de Danglard. Et il n’est pas arrivé.

Le visiteur n’avait même pas remarqué la chose aux longues oreilles pendantes qui s’était aplatie sur les pieds de l’enlarbinné. Il suivit un couloir et déboucha dans la pièce qui grandiloquait. Il embrassa le paysage d’un rapide coup d’œil, la femme, le sang, trois hommes qui discutaient à voix basse, un clochard dans un coin qui buvait un café. Un des hommes se détacha du groupe et se présenta. Le visiteur dit simplement : « Il faut appeler Danglard. »

Sans attendre une réponse, ou une question, il s’accroupit près de la femme et posa doucement une main sur elle. Il resta un moment à la regarder, attentif, comme s’il la veillait. Puis il se releva et sortit une cigarette de sa poche. Aussitôt, un des deux conciliabuteurs se précipita : « C’est une Présidence non-fumeur, commissaire. »

Dans le même temps, le clochard avait tiré de son imper un tiers de cigare et faisait le tour de la pièce, les mains dans le dos, admirant les tableaux accrochés aux murs.

« Nous attendons un troisième enquêteur », dit le Président.

Le visiteur s’installa sur une chaise, sortit un crayon et un petit carnet de sa poche et commença à dessiner sur ses genoux. L’autre homme s’était immobilisé face à une photo qui représentait le Président dans un pré.

Le troisième enquêteur en question avait posé problème mais cela nul n’était sensé le savoir, sauf les gens autorisés (à le savoir). Les conseillers spéciaux du Président avaient d’abord envisagé de faire appel à un célèbre inspecteur de San Francisco, mais ce dernier leur avait dit au téléphone : « On est trois. Smith, Wesson et moi. » Trois, ça commençait à faire du monde. D’autant que le flic était connu pour ses méthodes expéditives. Prudents, les conseillers s’étaient donc rabattus sur un privé de la même ville qui avait mis son nom dans les Pages Jaunes françaises, au cas où.

Sur le perron, l’enlarbinné vit s’approcher un type à l’allure douteuse. On l’avait prévenu : c’était le troisième enquêteur que le Président attendait. Pour couper court à tout éventuel dialogue, l’enlarbinné tendit le bras et dit : « C’est par là. »

De fait, l’enlarbinné était cloué au sol. La chose à poil ras, couchée sur ses pieds, pesait une tonne. Il n’avait pas eu de consigne officielle quant à l’attitude à adopter dans ce cas de figure précis, repousser la chose ou attendre que son propriétaire vienne la récupérer.

Le type regarda le couloir qu’on lui désignait. Ça sentait le bon client par ici, et pour un détective fauché un bon client ça ne se refuse pas. Il avait calculé qu’avec le fric gagné il pourrait se payer une vraie secrétaire, et pourquoi pas un petit bureau. Une secrétaire qui lui masserait les pieds, lui apporterait des bières et poserait une main fraîche sur son front de détective surmené. Des secrétaires comme ça, qui n’attendaient qu’un signe de lui pour lui rendre la vie plus agréable, il y en avait plein les rues de Bab..., pardon, de San Francisco. Il serait obligé de payer un service d’ordre pour dégager l’accès à son bureau. Quand il arriva dans la pièce fatidique tous les regards se tournèrent vers lui, sauf celui du visiteur aux sandales en cuir qui continuait à griffonner. Le détective fixa la femme au sol et la première chose qui lui vint à l’esprit fut qu’elle était belle. La seconde, c’était qu’il avait peut-être affaire à une histoire policière. Tout cela commença à l’intéresser. Un homme à l’air humble et gentil s’approcha. Il s’appelait : « Président ». Le détective fit un effort surhumain pour détacher son regard du tapis où gisait l'inconnue (qu'il aurait bien dans d'autres circonstances embauchée comme secrétaire à tout défaire), et écouter ce qu’il lui racontait.

C’est alors que quelque chose d’extraordinaire se produisit. De mémoire de normalitude, on n’avait jamais vu cela. La femme bougea, se releva, secoua ses cheveux noirs, et d’une démarche ondoyante s’avança jusqu’au privé. Elle se pressa doucement contre lui, posa une main fraîche sur son front et de son autre main sortit on ne sait d’où deux billets d’avion. Destination : San Fr..., pardon, Babylone. Départ : dans une heure. « Comme le méritent les détectives dans ton genre », lui dit-elle à l’oreille.

Sans plus attendre, ils quittèrent les lieux du crime.

L’inspecteur au cigare secoua la tête et s’adressa au Président : « Je dois vous dire Monsieur que je l’ai su dès les premières minutes, mais j’avais besoin d’un café. Je vous prie de m’excuser. Dites… est-ce que je pourrais avoir une photo comme celle-ci ? C’est pour ma femme. »

Le visiteur aux sandales en cuir se leva de sa chaise. Il observa le Président quelques instants (qui, bien qu’il eût déjà soutenu des milliers de regards ambigus, insondables, et même assassins, se sentit mal à l’aise sous celui, changeant et flou, du petit flic aux pieds nus) et, la voix basse et chantante, dit : « Va pour celle-ci. Vous êtes convoqué demain matin huit heures à la Brigade… Nous parlerons des autres. » (la mystérieuse V.T., dans la pièce voisine, blêmit subitement en entendant ces mots, et le pic à glace lui échappa des mains)

Puis, soudain, le petit flic aux pieds nus s’en alla. Direction la Seine. Contempler l’eau noire. Marcher. Se laisser envahir par le rien. Laisser faire l’enquête dans sa tête.

Son confrère américain le suivit de peu. La chose fut difficile à faire bouger. Il dut la porter. La voiture fut difficile à faire démarrer. Il dut insister. Il décida, puisqu’il était là, de visiter Paris. Direction la Tour Eiffel, la précieuse photo posée à côté de lui.

L’avion pour... pour où déjà ? ah oui, Babylone, l'avion, donc, était déjà dans le ciel. Il se rapprochait à vitesse grand V de sa destination (que le pilote cherchait encore discrètement sur une carte).

 

Cette histoire, de façon inexpliquée, se termine du côté de Chicago, en musique.

http://www.youtube.com/watch?v=_CHjYHwNzx0

 

Starring  :

Peter Falk

Jean-Baptiste Adamsberg et Adrien Danglard (respectivement commissaire et inpecteur des romans de Fred Vargas)

Clint Eastwood

C. Card (détective dans Un Privé à Babylone, de Richard Brautigan)

 

(photo prise ici : http://pixers.fr/papier-peint/chapeau-1282944#tab)


Moyenne des avis sur cet article :  3.18/5   (11 votes)




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18 réactions à cet article    


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 1er décembre 2012 13:41

    Mais qui est cette belle et fausse victime ? J’ai eu beau réviser mes « Voici » chez ma coiffeuse ,j’ai pas trouvé !
    Vais pas en dormir.....


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 1er décembre 2012 17:39

      Suis en train de finir la trilogie berlinoise ,excellent !
      http://www.bouquineuse.com/post/2012/01/24/La-trilogie-berlinoise-par-Philip-KERR.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 1er décembre 2012 18:27

        Manchette sans le contexte politique des années 70,Ellroy de la trilogie Los Angeles du Dahlia noir sans le maccarthisme des années 50 .......
        Pour moi le contexte historique compte , les crimes d’un temps n’etant pas ceux d’un autre .
        Regardes Fred Vargas,son commissaire aurait il pu etre ne serais ce que des années 60 ?


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 1er décembre 2012 19:28

        L’atmosphère .......Chaque époque en a une ,et le crime n’y échappe pas .
        Sinon en accord avec la trentaine de cas dramaturgiques , ecce homo ....
        El proféssor Sandro serait le bien venu dans cette discussion pour ses lumières ,enfin dès qu’il aura finit de réparer l’Alfa .


      • SANDRO FERRETTI SANDRO FERRETTI 1er décembre 2012 17:53

        « Cette histoire ne tenait pas debout. Mais est-ce que je tenais debout, moi ? »

        (S.F)

        Bon, vous m’avez dérangé. J’étais en train de me faire une madeleine. « Nocturne indien », de Corneau, un film à poupées russes et tiroirs, qu’on est jamais sûr d’avoir compris, 23 ans après. Même quand on a lu le roman original d’Antonio Tabucchi.

        Avec JL.Anglade, quand il avait du talent.


        • SANDRO FERRETTI SANDRO FERRETTI 1er décembre 2012 21:26

          Pour répondre à Aita (lire directement la dernière phrase de l’article du lien) et pour dire quelques mots pour Sabine du grand Tabuchi parti en mars :

          http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=3363


          • francesca2 francesca2 1er décembre 2012 22:05

            Sympa et baroque. Un peu de loufoquitude fait du bien au site. 



            • rocla (haddock) rocla (haddock) 1er décembre 2012 22:37

              c’ est Francesca qui m’ a tiré l’ aubepine du pied , c’ est loufoque-charleston cette histoire , faut que je la lise trois fois pour comprendre le début .


              Mais j’ ai toujours aimé beaucoup les histoires que je comprenais pas .

              ça me ramène à ma dimension ;

              • francesca2 francesca2 1er décembre 2012 22:47

                Salut Cap

                Moi c’est trois fois pour comprendre la fin, et j’ai toujours pas compris si je suis là  ou là...

              • francesca2 francesca2 1er décembre 2012 22:58

                 smiley smiley smiley

                (bon, pas grave, mais ne demandez surtout pas à morice) 

              • Romain Desbois 2 décembre 2012 00:53

                Rocla

                Un peu pain perdu ce soir ? smiley


              • rocla (haddock) rocla (haddock) 2 décembre 2012 09:11

                Ah mais j’ ai compris maintenant . 


                C ’ est une histoire à lire d’ un oeil .

                • rocla (haddock) rocla (haddock) 2 décembre 2012 09:12

                  De l’ autre ma vue basset depuis quelque temps .


                  • rocla (haddock) rocla (haddock) 2 décembre 2012 09:15

                    Ce célèbre inspecteur fut formé par le sergent Gilhooley , un Irlandais génial qui tenta de lui enseigner l’art de jouer aux fléchettes, mais aussi lui apprit à réfléchir. 


                    Reufleuchir . 



                    • rocla (haddock) rocla (haddock) 2 décembre 2012 09:18

                      IPour cerner le personnage :


                      l n’est pas très calé en calcul. Il aime la cuisine, les limericks (des poèmes en cinq vers, toujours comiques et absurdes), les westerns, l’opéra italien, les valses de Strauss, le golf, la musique classiqueLouis ArmstrongBette Davis, le bowling, les romans policiers et le football à la télévision. Il s’est autoproclamé expert en réglage de téléviseurs, alors qu’il ne l’a fait qu’une fois et que le bouton lui est resté dans les mains... Il reconnaît lui-même ne rien y connaître en fax ou en ordinateurs.

                      Un peu comme n’ importe qui , quoi ...



                      • rocla (haddock) rocla (haddock) 2 décembre 2012 09:22

                         448 DBZ 



                        -----------------

                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 2 décembre 2012 09:23

                            l’ immatriculation  403  .


                          • rocla (haddock) rocla (haddock) 2 décembre 2012 09:25

                            Informations coulant de sources polaires et  Wikipédiques .

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