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Recette électro

 

L'écologie jusqu'au bout …

 

Il advint en ce monde troublé qu'une brave bergère fut honteusement mise sur le grill par des hommes aux noirs desseins. La Pauvrette n'avait aucune chance d'échapper au martyre, elle devait se résoudre à succomber au nom de la raison d'État. En dépit de son innocence, de ses dénégations véhémentes, de sa candeur et de ses voix intérieures, aucun de ses juges ne l'avait crue.

Il faut avouer qu'en ce temps lointain, un acquittement faisait un four tandis qu'une belle exécution en place publique avait un charme fou pour un grand succès populaire. La donzelle ayant le feu sacré, il ne fut pas difficile pour ses bourreaux de lui trouver supplice ad-oc. Le sens du spectaculaire n'est pas nouveau chez ceux qui détiennent le pouvoir.

Il fut donc décidé de faire un grand feu de joie pour cette jeune fille qu'ils avaient mis sur le grill durant son procès. Une forme de logique inversée qui permettrait de réduire en cendres le corps du délit. On ne peut leur reprocher leur envie de détruire les preuves de leur forfaiture tout en infligeant à la pauvrette une épreuve redoutable.

Ainsi le bûcher fut choisi pour brûler la Pucelle et montrer ainsi la voie à une future chasse aux sorcières afin de mettre le pied au cendrier à une inquisition qui allait faire feu de tout bois. C'est alors qu'au moment de son trépas, la petite Jeanne s'indigna que sa mort puisse ainsi contribuer au réchauffement climatique. Elle avait de telles convictions qu'elle voulut mettre ses paroles en conformité avec son dernier acte terrestre.

La condamnée exigea que le coût carbone de la sentence fût revu dans l'intérêt des générations futures auxquelles malheureusement, elle n'avait pas eu le temps d'apporter sa contribution. La foule s'émut de cette louable dernière volonté à l'exception de la délégation des bûcherons normands.

Un conciliabule se tint donc sur la place du marché afin d'envisager un trépas qui ne pollua pas. La question pouvait être aisément tranchée par l'arme blanche ou bien la strangulation. Mais rappelez-vous, le feu en la circonstance devait être purificateur pour chasser les démons de ce corps qu'il fallait offrir à Satan Il fallait donc trouver une source d'énergie susceptible de mettre le feu à la condamnée.

Jeanne apporta sa pierre à fusil à une discussion dans laquelle les esprits s'échauffaient. Elle qui avait vu une clarté fulgurante dans le ciel suggéra de se mettre au cœur d'un four solaire pour être ainsi offerte en sacrifice. Si l'idée paraissait séduisante, ce jour-là le ciel était couvert et bien qu'on fût fin mai, les prévisions météorologiques satellitaires n'annonçaient rien de bon pour la première quinzaine de juin 1431. L'idée fut repoussée.

Un vent de fronde souffla parmi les spectateurs qui brûlaient d'impatience et attendaient leur divertissement. Un prêtre, habitué à jouer les girouettes quand il montait en chaire, songea qu'il y avait dans ce vent qui soufflait d’Angleterre une énergie qui devrait être exploitée pour consumer celle qui devait l'être.

Bien qu'excellente, cette suggestion fut repoussée. Il n'était pas question d'installer des éoliennes en haute mer précisément sur ce rail d'Ouessant si emprunté par les navires marchands. La sécurité avant tout, déclara l'évêque Cauchon qui suait à grosses gouttes, impatient lui aussi d'en finir au plus vite.

Cependant cette proposition en entraîna une autre car justement dans le port de Rouen venait d'accoster un méthanier Russe chargé d'un combustible qui rentrait dans le cahier des charges. Une fois encore, Jeanne dut mettre les points sur les « i » à ses bourreaux qui manquaient singulièrement de compétences environnementales. Elle déclara que bien qu'elle n’eût rien contre la Russie, le gaz provoque lui aussi des étincelles et favorise l'émission de CO2. Ce fut la consternation. Cette jouvencelle donnait du fil à retordre à ses tourmenteurs. Il y avait désormais de l'électricité dans l'air.

C'est alors que dans la foule des invités prestigieux, l'échevin d'Orléans avait été convié à l’exécution. Chacun trouvant judicieux de boucler ainsi la boucle en réunissant les deux points d'orgue de la future légende johannique, je me dois cependant à la vérité de vous préciser que le refus d'inviter une certaine Marine, membre du fan club Johannique avait fait couler beaucoup d'encre. Mais ceci est une autre histoire.

L'invité Ligérien suggéra donc d'exploiter l'énergie nucléaire des centrales qui se trouvent sur la Loire, mettant ainsi un terme à une épopée qui au final se limita presque exclusivement aux rives du fleuve royal. Il reçut un tonnerre d'applaudissement émanant du noyau dur des juges. L'idée était d'autant plus excellente qu'elle avait l'agrément de la principale intéressée.

Jeanne venait même de reconnaître avec cette énergie, que jamais ses restes ne laisseraient en paix les générations futures. Vision prémonitoire qui démontre à quel point cette jeune fille était visionnaire. Il y avait donc un consensus général sur la source d'énergie, ne manquait plus qu'à trouver comment réaliser une cuisson parfaite.

Une fois encore, le brave échevin soucieux de ne pas laisser la seule ville de Rouen, tirer les marrons du feu, apporta la réponse devant les caméras de Cnews, la chaîne qui entravait les pieds de la pauvrette. Dans ma bonne cité, pour faire la fête nous avons une recette électro. Mettez donc la bergère sur une plaque à induction et le tour sera joué.

Ainsi fut fait selon les vœux de ce bienfaiteur de l'humanité. La Bergère brûla à petits feux sans polluer l'atmosphère sous les yeux satisfaits du parti vert qui avait jusque-là émis de sérieuses réserves sur le choix de la combustion.

C'est donc dans une parfaite concorde que toutes les factions réunies, virent partir en fumée, celle qui leur avait causé grand tracas. Pour célébrer la chose, on fit venir des cavaliers émérites, des « disc-jockey » qui mirent le feu à la foule. Ainsi il ne resta plus rien de ce bien triste épisode de notre histoire.

À contre-temps.


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2 réactions à cet article    


  • Clark Kent Séraphin Lampion 9 mai 15:59

    « En dépit de son innocence, de ses dénégations véhémentes, de sa candeur et de ses voix intérieures, aucun de ses juges ne l’avait crue. »

    Ça fait rien : ils l’ont eue cuite !

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