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Rentrée théâtrale : Sarkozy dans « L’illusion Comique »

Janvier 2009. Après Nanard, c’est au tour de Sarko de brûler les planches, et pas n’importe où : à la Comédie-Française où il triomphe désormais en jouant son propre rôle dans un habit taillé pour lui : celui de… Matamore ! 

C’est Angela Merkel qui lui a donné l’idée d’ajouter cette nouvelle corde à son arc, persuadée qu’elle était de l’avoir déjà vu dans La folie des grandeurs. Au point de lui dire lors de leur première rencontre : « Ach, fous étiez drès bien, danz une zénario égrite pour fous ». Sarkozy avait naturellement pu démontrer à la Chancelière que l’acteur n’était pourtant qu’un pâle imitateur, mais l’idée involontairement suggérée par Merkel avait fait son chemin.

Le désopilant sketch enregistré par Sarkozy le 8 juin 2007 au G8 d’Heiligendamm dans la veine de L’eau ferrugineuse du regretté Bourvil (et l’énorme buzz internet qui s’en était suivi) avait marqué une nouvelle étape. Manifestement, Sarkozy avait l’étoffe d’un homme de scène, d’un irrésistible comique, apte à faire rire la planète entière.

C’est ainsi que l’idée avait définitivement pris corps. Et la performance de Sarkozy sur la scène de la Comédie Française en est la consécration.

Un Sarkozy, reconnaissons-le sans détour, au sommet de sa forme. En une phrase bien sentie, il donne d’ailleurs très vite le ton de son action en annonçant aux nations qu’un nouveau Maître est né et que la rupture va partout s’installer : « Le seul bruit de mon nom renverse les murailles, / Défait les escadrons, et gagne les batailles. »

Un Sarkozy combatif en diable, mais aussi un Sarkozy amoureux qui défend bec et ongles sa dulcinée, conquise de haute lutte sur une kyrielle de prétendants du show-biz ou de la Jet Set dans la foulée des Jagger, Clapton, Trump et consorts. Que des plumitifs brocardent sa Carlita, et aussitôt Sarkozy vole à son secours : « Mais quelle émotion paraît sur ce visage ? / Où sont vos ennemis, que j’en fasse un carnage ? »

Sarkozy ne place toutefois pas toujours au pinacle ses nombreux triomphes extérieurs. Il lui arrive même de surprendre en évoquant sa mémoire des évènements d’un ton modeste : « Trop pleine de lauriers remportés sur les rois, / Je ne la charge point de ces menus exploits. »

Cependant, point trop de modestie ne faut, et le naturel revient très vite au galop. Et c’est un Sarkozy survitaminé qui évoque son affrontement victorieux face à Poutine durant la crise géorgienne : « Je vais, d’un coup de poing, te briser comme verre, / Ou t’enfoncer tout vif au centre de la Terre. »

Ainsi va la pièce. Une pièce dont une tirade résume parfaitement l’homme et son action : « Je te le dis encore, ne sois pas en alarme : / Quand je veux j’épouvante, et quand je veux je charme ; / Et selon qu’il me plaît, je remplis tour à tour / Les hommes de terreur, et les femmes d’amour. »

Matam… euh, le président Sarkozy a d’ailleurs accepté de nous décoder ces quatre vers lors d’un entretien exclusif réalisé dans sa loge, peu avant son entrée en scène :

« Je te le dis encore »  : Que voulez-vous, je suis entouré d’incapables à qui je dois sans cesse répéter mes consignes pour éviter les dérapages. Tous des nuls et des abrutis, mais bon, c’est précisément pour ça que je les ai nommés ministres.

« Ne sois pas en alarme » : Avec moi, inutile de se faire du mouron, j’ai les choses en main. Et quoi qu’il arrive, petit accroc gouvernemental ou crise internationale, je suis là, moi Super-Sarko, pour remettre les pendules à l’heure

 « Quand je veux j’épouvante » : Et comment ! Y’a qu’à voir comme les puissants eux-mêmes tremblent dans leurs braies quand je hausse le ton. Vous ne pensez tout de même pas que je vais me laisser emmerder par des Medvedev, des Barroso ou des Juncker ? Y’a que la fridoline qui me résiste. Mais je l’aurais, la Merkel, un jour je l’aurai !

 « Et quand je veux je charme » : Ça, c’est carrément ma spécialité, le charme. Regard de merlan frit, voix sirupeuse, et le tour est joué. Regardez ma dernière prestation à Strasbourg face aux eurodéputés : même les socialos se sont laissés prendre à la suavité de mon discours. Sauf cet enfoiré de Con-Bandit. Celui-là, je vais me le payer un de ces jours. Merkel et lui, je vais les remodeler façon bretzel.

« Et selon qu’il me plaît » : Vous ne voudriez tout de même pas qu’avec toutes les traîtrises auxquelles j’ai dû me livrer pour faire carrière, et toutes les couleuvres que j’ai dû avaler pour monter sur le trône, je laisse d’autres que moi décider ? Désormais les choses sont claires : je m’occupe de tout, de la crise monétaire internationale à la publicité télé en passant par la surcharge du RER A et le tout-à l’égout de la belle-doche au Cap-Nègre. Même à l’Elysée, tout passe par moi. Y compris le nombre des éjaculateurs saponifères (c’est comme ça que Guaino appelle les distributeurs de savon). Et même la marque du PQ. Tenez, je vais vous faire une confidence : j’ai choisi du Moltonel triple épaisseur rose, le préféré de ces dames, le seul, comme dit Laporte, qui essuie le poil avant qu’il ne se rétracte (rire).

 « Je remplis tour à tour » : N’y voyez aucune connotation sexuelle ni allusion à quelque membre du gouvernement que ce soit (sourire).

« Les hommes de terreur » : C’est particulièrement vrai sur le plan national. C’est bien simple, tous me mangent tous dans la main. Fastoche, me direz-vous, entre les godillots de l’Assemblée et les marionnettes du gouvernement. Y’a que cet emmerdeur de Copé qui refuse de courber l’échine, dans l’espoir de me piquer la place en 2012. Mais il ne perd rien pour attendre, je vais le ratatiner, ce faux-cul, l’étripailler, le tchernobyliser, et quand il tombera de mes pognes, son surnom sera tout trouvé : « le débris de Meaux » !

« Et les femmes d’amour » : Alors là, y’a pas photo : elles sont toutes en extase, à se pâmer devant mes oreilles décollées, à s’énamourer de mes tics. Même Alliot-Marie, mais est-ce bien une femme, avec son allure d’adjudant-chef ? Manque de pot pour elles, depuis que j’ai soulevé Carlita à ses prétendants de la Jet Set, j’ai pris mes distances, forcément. Alors, par pure jalousie, elles me tirent un peu la gueule : une refuse un mandat européen, une autre lorgne les cuisses de Chabal, mais je sais qu’elles elles font tout ça pour attirer mon attention et me reconquérir. Heureusement, je tiens bon, grâce à Carlita dont je suis la came (re-sourire).

L’entretien en reste là. Notre équipe rejoint la salle. En coulisse, un machiniste armé du brigadier frappe les trois coups. Le rideau se lève sur Dorante dont les premières paroles montent dans les cintres : « Ce mage qui, d’un mot, renverse la nature… » Pas de doute, nous sommes bien en Sarkozye, et c’est un Matamore jubilant qui entre à son tour en scène, à la place dont il a toujours rêvé : sous les projecteurs et les feux de la rampe.

Il n’y a finalement qu’un seul bémol : en cette période de crise où les classes populaires se paupérisent et où les démunis trépassent sous le regard indifférent des puissants, c’est moins de l’illusion comique qu’il est question que de la réalité tragique.

Liens :

Quand Sarkozy s’invite à la réunion des copropriétaires

http://www.dailymotion.com/video/x27tmp_sarkozy-bourr-au-g8_politics

L’eau ferrugineuse - Bourvil - Divers Comiques - Sketchs - Spectacles - Gallery videos

 

 


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10 réactions à cet article    


  • JL JL 29 décembre 2008 12:33

    Bonjour Fergus, et bravo. C’est bien enlevé, et si juste. Y a rien à jeter.


    • Fergus fergus 29 décembre 2008 15:51

      Salut et merci, JL. J’avoue que je me suis bien amusé.


    • norbert gabriel norbert gabriel 29 décembre 2008 16:56

      ça c’est envoyé, et avec une autre gueule que "casse-toi pauv’con"... Il devrait revoir ses classiques pour 2009, ça ferait une vraie rupture.
      Pour une fois, le sarko show peut faire rire, un peu jaune, mais bon...

      Mention spéciale pour avoir mis en exegue "les éjaculateurs saponifères" je ne sais pas comment je vais le palcer dans les diners en ville, mais j’y réfléchis...


      • norbert gabriel norbert gabriel 29 décembre 2008 16:57

        et surtout le PLACER !!!


      • Fergus fergus 29 décembre 2008 17:42

        Merci pour ces commentaires, Norbert. A propos, "l’éjaculateur saponifère" est un terme que j’ai créé naguère pour poser une question écrite lors d’une réunion de Délégués du personnel. Bref, le genre de trucs que je faisais régulièrement par ailleurs j’émaillais mes écrits de fausses citations (cf. mon article "Connaissez-vous Mahadevi Chandra Singh ?") Dès lors qu’elle est un tant soit peu importante en taille, une entreprise, qu’elle soit publique ou privée, offre une mine de possibilités de s’éclater dans la dérision ou la provocation. Seule condition : rester sur un registre humoristique, le seul qui empêche les hiérarques de riposter, sauf à risquer le ridicule.  


      • anny paule 29 décembre 2008 18:05

        Excellent !
        De la très fine gourmandise !
        A déguster sans restriction !
        Aucun risque d’indigestion !
        Est-ce un dernier luxe à s’offrir, avant d’être soumis à la censure ?
        Profitons bien du plaisir des mots... Peut-être, un jour, qui sait, on peut bien nous l’ôter !


        • Fergus fergus 29 décembre 2008 19:09

          Merci pour votre commentaire, Anny Paule. Et comme vous je croise les doigts pour que nous puissions, par nos écrits, continuer à brocarder l’égo des puissants qui nous gouvernent. Etre, de temps en temps, la goutte de citron qui leur agace les dents !


        • spartacus1 spartacus1 29 décembre 2008 18:33

          Excellent !

          Juste une petite remarque, pourquoi l’avoir mis dans "parodie" ? Il me semble que "La vie telle qu’elle est"* aurait été plus juste.


          • Fergus fergus 29 décembre 2008 18:55

            C’est AgoraVox qui a placé l’article dans "parodie. Personnellement, je l’avais carrément mis dans "politique" tant les répliques de Matamore semblent avoir été écrites par ce bon Corneille, il y a près de 400 ans, pour notre hyperprésident. Cela dit, d’autres personnages présentent d’évidents liens de parenté avec notre monarque, je pense notamment à Rodomont ou Tartarin. De quoi écrire d’autres papiers...


          • chmoll chmoll 30 décembre 2008 10:40

            rade motte, il ressemble + à exterminator

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