• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Revoyez votre copie !

Revoyez votre copie !

En direct de ma Segpa

Le pensum insupportable

Que les dénigreurs systématiques de la profession enseignante, que les jaloux et les méprisants passent leur chemin. Ce billet leur donnera encore bien des raisons de tirer à boulets rouges sur ceux qui vivent dans la marge ! Je ne vous en ferai aucun grief, je ne vous demanderai aucun devoir supplémentaire, votre place n'est pas ici. Votre présence vous vaudrait une mauvaise note et je n'ai nulle envie de vous punir.

Car voyez-vous ce qui constitue le point le plus pénible de cette étrange profession c'est bien la pile de copies que l'on traîne comme un boulet depuis le vendredi après-midi. On se dit qu'on va lui régler son sort dans la foulée, juste après l'école en profitant de l'élan d'une semaine de travail. Hélas, cela n'arrive jamais. On sort épuisé de ce mano à mano que l'on livre avec la classe. En rentrant à la maison, on se précipite sur une boisson chaude, on décompresse vraiment et le devoir reste en plan.

De mauvaise grâce, on se promet de garder la plaisante corvée pour le samedi matin. Après une bonne nuit, l'énergie a dû revenir. Il y a alors mille et une raisons de différer le moment fatidique. Un conjoint qui veut faire des courses, des amis de passage, un bricolage à faire, un rendez-vous ou bien un repas à préparer. Qu'importe, il faut bien s'offrir un peu de bon temps.

L'après-midi arrive, la pile vous fait toujours des clins d'œil. Elle vous regarde, sournoise et pressante. « Ne m'oublie pas, il faudra bien que tu t'y colles ! » Vous feignez de ne pas entendre cette plainte. Vous cherchez prétexte, il y en a toujours de nombreux. Le beau temps, la pelouse à tondre, une rencontre sportive, un concert, une exposition. La journée passe et votre crayon rouge n'est pas sorti de sa trousse.

Le soir tombe, l'envie plus encore. Vous avez apprécié cette journée sans copie. Vous n'allez pas gâcher la fin de soirée en vous posant sur votre bureau. Il faut vivre, profiter des amis,des sorties et ne pas toujours penser au travail. Pourtant, toute la journée, vous n'avez cessé d'y songer. Il faudra bien trouver de longues minutes pour corriger ces maudites copies.

La nuit est passée sur ce regret lancinant. « Mais pourquoi n'ai-je pas pris le temps de régler cette petite formalité hier ? » Toujours cette procrastination maudite, celle qui vous surprend toujours quand vous rentrez à la maison avec cette indigeste obligation. Aujourd'hui c'est dimanche, les enfants, la famille, les loisirs et l'obligation de trouver une petite place pour ce moment de grande solitude.

La journée file, les activités, les sollicitations, les bons moments, le temps de ne rien faire. Tout est bon à effacer de votre mémoire ce maudit tas de feuilles qui va vous prendre la tête. Vous le savez, vous faites semblant de ne pas y penser. Les heures s'égrainent, la soirée se profile et la terrible échéance est de plus en plus proche.

Vous ne pouvez échapper à ce qui fait la gloire de ce métier : la copie. Pourtant, vous savez à quel point, le temps que vous devez leur consacrer est souvent inutile. Combien d'élèves vont-ils lire vos annotations ? Combien vont ranger ou conserver la feuille qui vous aura demandé tant de temps ? Seule la note (s'il y en a une) sera importante pour eux, commentée, vérifiée, négociée le cas échéant. Mais les corrections, les remarques, les conseils, ils n'en ont rien à faire et c'est pourtant là l'essentiel !

Vous savez tout ça, vous mesurez la vacuité de cette tâche. C'est dimanche soir, pas de film dominical pour vous, ni de bonne lecture. Il n'est plus temps de reculer. Vous prenez votre stylo, vous allez vous mettre à la tâche. Vous soufflez, personne ne viendra vous plaindre. C'est long, c'est pénible. C'est bien l'aspect le plus sordide de ce beau métier. Je hais définitivement ce travail.

Rien ne vaut la possibilité de corriger immédiatement, de prendre les élèves un par un au moment où ils planchent pour corriger au fur et à mesure, leur permettre d'éviter les fautes, de reprendre leurs erreurs. Mais nous n'en avons pas toujours le temps. Il faut assurer la discipline, surveiller, contrôler, aider ceux qui en ont besoin. Il n'y a pas moyen d'y échapper, on rentre toujours avec une pile de feuilles à vérifier.

J'ai écrit ce billet qui doit en insupporter plus d'un j'aurai mieux fait de remplir mes obligations. J'ai mon petit paquet de copies qui m'attend, le week-end tire à sa fin, je ne parviens pas à me résoudre à me mettre au labeur. Tout est prétexte à différer, à repousser, à évincer ce qui constitue la corvée suprême d'un métier que j'aime tant. Que ne donnerai-je pour trouver une bonne âme pour corriger mes copies ! Je veux bien passer plus d'heures en classe si je n'avais plus jamais ces maudites copies à corriger.

Correctivement vôtre


Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

25 réactions à cet article    


  • C'est Nabum C’est Nabum 11 avril 2013 13:06

    Démosthène


    Rassurez-vous j’use de toutes les procédures pour le travail écrit comme pour sa correction. J’aime surprendre, sortir des chemins battus et je me moque un peu de moi dans ce billet en clin d’œil.

    Merci pour ce commentaire !

  • oncle archibald 11 avril 2013 10:27

    Corriger des copies « ordinaires » passe encore, mais quand il s’agit ce celles du baccalauréat tout se complique ....

    Il faut d’abord impérativement appliquer le barème imposé par le rectorat qui permet en général d’obtenir la moyenne pourvu que l’on ait répondu à la première question ... Pour éviter des déconvenues cette première question est très simple et la bonne réponse est à la portée de ceux qui n’ont pas passé la totalité des heures de cours à envoyer des « twets » et des « sms » à leurs amis et connaissances ...

    Hélas le rectorat avait été optimiste et après un premier pointage « on » s’aperçoit que la correction suivant ce premier barème ne permet d’obtenir que 68,597% de reçus alors que 75% au moins étaient espérés ... Que faire devant ce résultat dramatique ?? Attendre ...

    Attendre le deuxième barème, plus favorable, qui a été établi au vu d’un échantillon de cent copies prises au hasard par les « pètes pensantes » de l’académie ... L’application de ce deuxième barème permet en général d’arriver au but, sinon, il faut attendre le troisième ... C’est ainsi que les élèves moyens pourraient obtenir la note fabuleuse de 23,5/20 et les plus doués 33/20, mais par pudeur et pour ne pas flatter exagérément leur égo la note maximale est par convention limitée à 20/20 ....

    Enfin, au jour des résultats, le ministre triomphant peut annoncer que cette année fut un très bon cru puisqu’on a pu constater que 76,662% des candidats ont obtenu la précieuse peau d’âne (ou d’ânes peu être), ce qui lui permet au passage de féliciter tous le corps enseignant et de se féliciter lui même pour son excellente politique qui a permis un si beau résultat ....

    • C'est Nabum C’est Nabum 11 avril 2013 13:09

      oncle archibald


      Évitons les sujets qui fachent ...

      Nous savons tous qu’il faut faire entrer les copies dans le norme fixée en haut lieu.

      Alors, on triche, ajoute des points, abaisse nos attentes. Il faudrait des radars pour prendre les enseignants en excès de notation. Les amendes seraient envoyées au ministère et les points en moins aux élèves !

    • gaijin gaijin 11 avril 2013 20:52

      « Évitons les sujets qui fachent ... »
      mais non au contraire !!!!
      la période est a la transparence et si on peut comprendre que l’armée ait un devoir de réserve ( mais non pas a corriger ) il faut sortir de toutes les omerta qui paralysent note beau pays
      ( ps : ne vous sentez pas obligé de corriger les fôtes )


    • ZEN ZEN 11 avril 2013 11:11

      Oncle
      C’est archi-bien vu

      Nabum
      cà me rappelle quelque chose ,dans une autre vie...
      En Français et en philo, c’ était souvent la traversée du désert, un travail de Champollion, plus épuisant moralement qu’intellectuellement.
      Obligé de reprendre des bases non acquises dans le primaire
      Maisoùestdoncornicar ?
      Et si les corrigés servaient à quelque chose...
      L’investissement enseignant ne s’arrête pas le vendredi soir.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 11 avril 2013 11:54

        Mais ou est donc Ornicar .....Avec un nom pareil ,j’pense qu’il est du coté de Carthage .
        Si j’me gourre ,je serais punique ,et devrais relire Salammbo en conduisant mon Hamilcar !


      • ZEN ZEN 11 avril 2013 12:58

        Aita
         smiley


      • C'est Nabum C’est Nabum 11 avril 2013 13:11

        ZEN


        Ne mettez pas les incompétences sur le dos du primaire. C’est autre chose qui se joue dans cette fabuleuse capacité d’oubli qui détermine désormais nos élèves ...

        Et les copies deviennent alors un musée des horreurs grammaticales et des improvisations orthographiques. Quant au sens, il me laisse souvent interdit !

      • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 2013 11:17
        Nabum,
         Votre billet m’a bien fait sourire.
         Dénigrer la profession d’enseignant, bien loin mon idée.
         L’enseignement est à la base de notre après, de notre futur.
         Je serais près à investir dans l’enseignement. Je l’ai fait en jouant récemment le rôle de prof de sciences.

         Ce que j’ai à reprocher c’est plutôt les enseignants qui jouent en général dans le vent, dans la sécurité général. Cet enseignant-là ne détecte que la rose de sa classe, sans chercher le pis-en-lit qui au fond de la classe pousse comme les autres, moins policé, parce qu’il n’a pas l’environnement du premier, parce qu’il a un effet de retard pour comprendre ce qui le rendra heureux. 
        Reproche aussi envers les enseignants qui ne se caractérisent que par la passation d’un savoir partiel et partial, sans humour, sans extrapolation et sans prendre le risque de sortir du chemins battus qui sont dans le programme. 
         Oui, là, je râle.
         Motiver, cela existe bien avant de se retrouver dans le domaine du travail.
         smiley

        • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 2013 12:07

          «  si je n’avais plus jamais ces maudites copies à corriger. »


          Voilà exactement l’erreur.
          Perdre son temps à ne pas être sur le terrain, à l’oral pour déterminer au cas par cas, ce qui ne va pas avec ceux qui ne suivent pas. 

        • Vipère Vipère 11 avril 2013 12:21

          Enfoiré

           

          Vous me copierez cent fois, je ne dois pas perdre mon temps sur agoravox, j’ai un tas de corvées qui m’attendent :

           

          - sortir le chien

          - remplir le garde manger au supermarché

          - répondre à l’assureur

          - téléphoner au dentiste pour un RV etc... smiley

           

          -


        • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 2013 12:29

          Salut,

          - sortir le chien

          >>> J’en n’ai pas.

          - remplir le garde manger au supermarché

          >>> Deux fois par semaine et puis basta... dans le frigo, la bouffe.

          - répondre à l’assureur

          >>> Il n’en a rien à cirer. 

          - téléphoner au dentiste pour un RV etc..

          >>> C’est fait quand il faut, enfin quand il reste des dents pour certains...

          Non, chez moi, c’est la tête et les jambes qui comptent. Si vous allez voir mon dernier billet, il en parle justement. 

          Et vous, Vipère, c’est quoi votre copie et votre emploi du temps ? 

           smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 11 avril 2013 13:13

          L’enfoiré


          Vous voilà bien démodé. Il faut tirer à boulets rouges sur les profs, c’est l’ancien président qui a montré la voie ...

          On ne peut être un décideur sans cracher sur cette profession. Reprennez-vous que diable et dénigrez nous !

        • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 2013 13:21

          « On ne peut être un décideur sans cracher sur cette profession. Reprenez-vous que diable et dénigrez nous ! »


          Cela m’a fait penser à une prière :

          Notre père qui est au pieux
          Que votre prestation soit bonne
          Que vous ne touchiez pas à la nonne
          Que vous restiez à imaginer les cieux
          Que vous estimiez ceux qui pèchent
          S’ils le font c’est qu’il sèchent
          Et délivrez-nous du mal
          En pensant qu’il soit sale
          Crachez sur une profession
          Je n’ai pas cette mission
          J’appelle le diable
          Quand il prend la place d’un râble
          Pas question de dénigrer
          Comme le ferait le premier saigné. 

           smiley
           



        • C'est Nabum C’est Nabum 11 avril 2013 13:27

          L’enfoiré


          Merci !

          Bonne journée !

        • Vipère Vipère 11 avril 2013 12:13

          Bonjour tous

           

          Motiver, motiver, il faut se motiver !

          C’est bien là tout le problème. En général, quels que soient les corvées, il faut chercher au fond de soi, des forces cachées, secouer la grosse fatique qui vous prend rien qu’à l’idée de devoir s’y coller, tout cela cela prend du temps. « O temps suspend ton vol » Pendant ce temps, on fait mille autres choses qui n’ont rien à voir de près ou de loin avec les corvées.

          Les corvées ont la particularité de ne jamais disparaître d’un coup de baguette magique ! On joue la montre jusqu’à la dernère minute.

          Et au final, on est batttue à plate couture par les corvées qui ont toujours le dessus. On est toujours rattrapée par les corvée laissées en plan. On a juste gagné du temps !



          • L'enfoiré L’enfoiré 11 avril 2013 12:37

            «  battue à plate couture par les corvées qui ont toujours le dessus. On est toujours rattrapée par les corvée laissées en plan »


            Qu’est-ce une corvée ?
            Deux citations : 
            « Les femmes, de nos jours, considèrent comme un dû ce qui, pendant des siècles, fut une corvée pour elles. », Georges Wolinski

            « Tout plaisir qui devient une habitude n’est plus un plaisir, mais une corvée. », Roger Lemelin 

          • C'est Nabum C’est Nabum 11 avril 2013 13:15

            Vipère


            Perdre son temps à la gagner ou bien gagner du temps à essayer de le perdre ?

            De toute manière, c’est un geste gratuit !

          • clercobscur clercobscur 11 avril 2013 13:05

            C’est un texte qui me parle...étant également atteint de procrastination aigüe.

            A la différence que je ne suis pas enseignant, j’ai eu la « bonne idée » à près de 35 ans de retourner à l’école, en sus de mon boulot. Pour ce qui est de la corvée de la copie, j’interviens donc en amont. Je pensais qu’avec un peu plus de maturité ça passerait. Hélas non, rien n’a changé, toujours tout au dernier moment.

            D’ailleurs ce midi, je devais bosser sur mon mémoire. Pas trop motivé, je me suis laissé quelques minutes pour me détendre sur le net, et voici que je tombe sur ce texte, est-ce utile de préciser que mon once de motivation s’est envolée ? Il me fallait un coupable, aujourd’hui ce sera vous !

            Procrastinationnement vôtre


            • C'est Nabum C’est Nabum 11 avril 2013 13:16

               clercobscur


              Il faut reconnaître que l’échéance qui approche donne parfois du talent.

              Rien n’est plus euphorisant que l’urgence. Nus le savons tous.

            • gegemalaga 11 avril 2013 18:51

              beau texte ; pamphletaire , j’espere !


              au cas ou , 2 conseils :
              1 . une meilleur qualité d’enseignement devrait reduire le nombre d’erreurs et donc le temps des corrections.
              2 . faite donc vos correction au lycée ,vos 35 h. ,faites les sur place !
              gegemalaga

              • C'est Nabum C’est Nabum 12 avril 2013 07:10

                gegemalaga


                Il y a longtemps que je suis pour les 35 heures sur place Mais c’est parfaitement impossible pour des raisons matérielles. 

                Les explications seraient trop longues, il manque toujours de la place et nous devons partir ...

                Les enseignants n’ont pas tous un bureau pour travailler et dans mon cas, nous n’avons pas de connection internet par exemple dans nos classes 

              • ALEA JACTA EST ALEA JACTA EST 12 avril 2013 08:30

                Je vais vous faire une petite confession mais n’ allez le répéter à personne. Corriger des copies de maths va un peu plus vite car les erreurs d’ articulation dans les raisonnements et enchaînements logiques sont assez faciles à détecter,,.et donc assez rapides à corriger...
                En fait je crois bien que je passe plus de temps à corriger les fautes d’ orthographe que celles qui sont liées à ma matière.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires