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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Une réinsertion presque impossible

Une réinsertion presque impossible

Fable des temps modernes.

Monsieur Jean est un homme qui a beaucoup fauté. Que celui qui n’a jamais commis la moindre erreur lui jette la première pierre et lui tourne le dos. Nul n’est à l’abri d’un petit écart même si le sien fut plus que conséquent, nous devons bien l’admettre. Monsieur Jean a été puni pour sa faute et en bonne justice, il aurait dû être exonéré de tout problème induit et néanmoins subséquent. Hélas, notre société est impitoyable et conserve en mémoire les anciennes turpitudes des humbles. Monsieur Jean paiera toute sa vie les pots cassés de son écart passé.

L’homme a purgé sa peine pourtant. Mais quoiqu’il ait pu faire, être passé par la case prison ne simplifie guère son désir de rachat. Sa dette remboursée, il semble néanmoins qu’il conserve un débit ineffaçable, qui reste à jamais inscrit sur son front et sur un mystérieux document administratif. Trouver un travail est pour lui une épreuve redoutable. Il doit toujours montrer patte blanche et pire que tout, afficher inévitablement son casier judiciaire. Voilà un obstacle insurmontable, Monsieur Jean ne compte plus les portes qui se ferment devant lui depuis sa levée d’écrou. Le paradoxe est terrible pour lui, il se retrouve à la rue, sans emploi, sans logement.

Monsieur Jean, ancien athlète a pensé tout d’abord se tourner vers les métiers du sport. Peine perdue, que ce fut un petit club, une grosse association ou une fédération, le précieux sésame était exigé. Point n’est question de confier des enfants à un repris de justice ! Son passé était désormais une flétrissure qui le laissait sur la touche mais pas sur le banc de l’entraîneur. Il devait chercher ailleurs …

Il se tourna vers les grosses entreprises, celles qui cherchent vainement des petites mains, payées au lance-pierre pour des travaux de forçat. Justement, c’est son passé de presque bagnard qui lui revenait à la figure. Le service des ressources humaines débusquait bien vite le lézard, Jean était mis à pied, un boulet attaché à la cheville. Valjean était, il faut bien l'admettre, un patronyme qui n’est pas facile à porter.

Jean ne se découragea pas. Il voulut se tourner vers les plus humbles tâches de la fonction publique. Un poste de catégorie C, un emploi sans responsabilité lui convenait tout à fait pourvu qu’il trouvât enfin une activité qui lui redonne confiance et dignité. Là encore, le volet trois lui revenait en pleine face de la rue Landreau à Nantes. Il était impitoyablement repoussé.

Jean se dit qu’en traversant la rue, il pourrait cesser de marcher sur des œufs avec cette maudite ombre sur son CV. Hélas, si dans les métiers de la restauration, on cherche des candidats pour faire la plonge ou les peluches, lui qui avait été logé gracieusement dans une hôtellerie un peu particulière, n’avait pas le profil de l’emploi. Vraiment sa vie était fichue pour ce qu’on qualifie d’erreur de jeunesse même quand ça peut vous marquer à vie.

Jean ne savait plus que faire. Partir à l’étranger à condition de ne pas avoir à demander un visa, c’était un ultime espoir. Hélas, sa maîtrise de l’anglais était à ce point désolante qu’il craignait de se trouver le bec dans l’eau. Il était sans solution, irrémédiablement condamné à tendre la main pour manger. La punition sans fin en somme pour qui est sorti du droit chemin.

Soudain, une étoile monta dans le ciel. Elle brillait de mille feux, elle conduisit un homme neuf à la présidence. Monsieur Jean sentit que c’était là sa dernière chance. Il devint son soutien inconditionnel, distribua des tracts, servit de Cerbère dans les réunions électorales. Il fut remarqué, il habitait dans une circonscription pour laquelle, nulle personnalité n’émergeait. Il fut désigné.

On ne demanda rien de son passé, on n’exigea aucune attestation quelconque. Il profita de la vague, il fut élu triomphalement. Jean avait maintenant un emploi fort bien rémunéré et bien peu à faire. Député, il n’avait pas besoin d’être honorable. D’ailleurs, ce terme échappe, semble-t-il à la plupart de ses collègues. Il entrevoyait le bout du tunnel. Un parti d’opposition pourtant lui causa du tracas. Un démagogue notoire avait déposé un amendement exigeant que les parlementaires dussent disposer d’un casier judiciaire vierge. Fort heureusement, en bons démocrates aux valeurs civiques, ses collègues repoussèrent cette fantaisie totalement démagogique et Jean retrouva sa quiétude.

Jean entrevoit désormais de belles perspectives d’avenir. Après ce mandat, dans le cas improbable d’un échec électoral, il se voit avocat d’affaires, homme d’influence, lobbyiste, conférencier ou bien encore expert en expertise, invité permanent sur les plateaux télé. Autant d’activités bien rétribuées et pour lesquelles le passé ne compte guère. Jean Valjean est un homme heureux, il est désormais en pleine lumière, qu’importe s’il fut un temps à l’ombre.

Cette histoire ne peut se passer qu’en France, grande nation démocratique qui a la prétention de donner des leçons au Monde entier mais qui n’exige pas la probité pour ses élus. Ça n’empêche nullement que beaucoup de ces nobles personnages se drapent en ce moment dans leur dignité outragée pour dénoncer ces canailles de gilets jaunes qui crachent sur la représentation nationale. On croit rêver !

Frictionnellement leur.

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Une réinsertion presque impossible

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12 réactions à cet article    


  • juluch juluch 14 janvier 18:31

    Pas mal !

    le Cerf sera toujours inquiété et les Seigneurs passeront à travers....rien n’a changé en 2019 !


    • François Vesin François Vesin 14 janvier 21:52

      @juluch
      Votre cerf , qui n’est pas responsable d’être né cervidé
      risque en effet de finir en civet dans les mains des saigneurs 
      mais
      les serfs, qui refusent leur servitude parés de jaune
      auront sous peu la peau de nos seigneurs


    • juluch juluch 15 janvier 13:11

      @François Vesin
      Oui...j’ai mit un C à la place du S....autant pour moi !


    • C'est Nabum C’est Nabum 15 janvier 17:41

      @juluch

      Exactement


    • Sergio Sergio 14 janvier 20:18

      « Les temps étaient durs autrefois car on mettait les voleurs en croix, maintenant les temps sont meilleurs et on met des croix aux voleurs. »

      .... Et puis au fait, il aurait pu être Vidocq !


      • C'est Nabum C’est Nabum 15 janvier 17:42

        @Sergio

        Les voleurs sont au parlement


      • ZXSpect ZXSpect 15 janvier 07:36

        Notre très pusillanime bonimenteur nous sert, comme à son habitude, une attaque « ad hominem » sans en nommer la cible


        • C'est Nabum C’est Nabum 15 janvier 08:03

          @ZXSpect

          Les nostalgiques de la délation ne sont pas capables de reconnaitre la fable de l’accusation


        • ZenZoe ZenZoe 15 janvier 09:40

          C’est du n’importe quoi votre article, surtout la première partie.

          A part certains postes sensibles, notamment dans la fonction publique, où avez-vous vu que le casier judiciaire est demandé lors d’une embauche ? Il n’est demandé pratiquement nulle part, et surtout pas où votre repris de justice cherchait. Et il aurait pu étudier en prison aussi et obtenir un diplôme, comme de nombreux détenus font. Y avez-vous pensé ?

          La seconde partie de votre fable est plus plausible, quoique hautement improbable. Et en contradiction totale avec ce que vous exposez en première partie, à savoir la nécessité de pouvoir refaire sa vie comme tout un chacun après une peine de prison, et donc pourquoi pas les députés ?

          Quant à Jean Valjean, c’était il y a longtemps, les lois et les circonstances ont changé.

          Vous savez écrire, et vous écrivez de bons articles, alors s’il vous plait, ne nous sortez pas de telles âneries.


          • C'est Nabum C’est Nabum 15 janvier 17:41

            @ZenZoe

            C’est pas facile de proposer des fables ici


          • Bertrand Loubard 15 janvier 20:37

            Merci de votre article.

            Serait-il vrai qu’un certain Fourniret, après un séjour en prison avec un codétenu du gang des postiches aurait pu s’approprier le butin du gang (quelques kilos d’or !) ? Serait-il vrai que pour ce faire il ait assassiné, après sa libération conditionnelle, la femme de son codétenu qui lui avait indiqué la cache de l’or ? Aurait-il pu vendre l’or lors d’une transaction bancaire ? Ainsi aurait-il pu acheter, par acte notarié, un château ? Ce serait-il fait engager comme surveillant dans une école de petites gamines en Belgique ?....Non tout cela c’est du grand complot...il y a certainement de l’antisémitisme, de l’homophobie ou bien même du Poutine, là-dessous ... Heureusement nous pourrons exprimer nos avis dans des cahiers « ad hoc », à notre disposition dans toutes nos mairies...mais qui va récolter les cahiers, qui va analyser nos doléances....On n’a pas en France, comme en RDC, de CENI , démocratie oblige !!!!.... Bonjour les dégâts .... « Que la fête commence » (Bertrand Tavernier)

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