• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Une vraie tête de cochon

Une vraie tête de cochon

Le groin de travers

Voilà quelqu’un qui a sale caractère. À la moindre contrariété, il fait du boudin, grogne et se roule dans la boue. Il n’en faut pas plus pour qu’on lui attribue un caractère de cochon alors qu’il se contente de faire sa mauvaise tête ou bien de jouer les andouilles de service. C’est fou ce que les gens aiment à médire de notre ami porcin, lui attribuant tous les défauts des hommes, lui qui en est si proche.

Le cochon n’apprécie guère ces comparaisons douteuses, il ne rit pas, ne se tient pas les côtés quand il entend pareilles sornettes et déteste par-dessus tout qu’on lui fasse des risettes. Il dresse ses oreilles, relève sa queue et tape du pied sur le sol. S’il pouvait, il chargerait tous ces mal embouchés qui se régalent de saillies douteuses et le plus souvent diffamatoires. Nous rions de lui, il déteste cet humour gras !

Les humains mettent ainsi un écran de fumée entre leurs immenses défauts et la réalité, faisant rejaillir sur ce charmant animal la responsabilité d’un comportement pour lequel il n’est absolument pas redevable. Le cochon a du cœur, son homologue humain guère, il se coupe en quatre pour lui offrir le meilleur de lui-même tandis que ces ingrats crachent dans la soupe enrichie d’un bon morceau de lard.

C’est à désespérer de l’espèce humaine m’a soufflé un goret qui se plaignait d’avoir été traité de vieux cochon. Le jeune animal n’était pas un verrat et n’avait jamais connu l’amour. Il trouvait fort « laie » qu’on puisse ainsi médire de lui et le souiller de la sorte. Il m’en fit tout un pâté, reconnaissant que la contrariété lui avait fait vomir tripes et boyaux. Je voulus le caresser dans le sens du poil pour atténuer sa douleur, il courba l’échine et se laissa faire, heureux qu’enfin un homme ne le prenne pas pour un jambon.

Un compagnon qui me vit agir de la sorte me demanda pourquoi je faisais l’andouille ? Question malheureuse s’il en est qui plongea mon goret dans de nouveaux tourments. La marmite était pleine, on se moquait décidément trop de lui. Il en aurait appelé à Dieu et à ses saints si la théologie et le cochon avaient fait bon ménage. Hélas, voilà bien un domaine où le cochon a mauvaise presse, il est repoussé sans ménagement, traité en paria qui aurait le ténia par des confessions qui étrangement lui font le museau !

Je ne pouvais me résoudre à l’abandonner ainsi en pleine dépression. Il m’appartenait de mettre mon grain de sel pour lui offrir réconfort et considération. J’avais une fois encore commis grosse maladresse, le sel jeta un froid entre nous, le goret affirmant que ses ancêtres conservaient un mauvais souvenir de ce condiment, coupable de bien des crimes avant l’hiver. On égorgea les siens sans que jamais la communauté humaine ne s’en indigne, pire même, c’était la fête dans les maisons quand son sang coulait à flot.

On le traitait alors aux petits oignons, belle consolation pour celui qui devait être le bouc émissaire d’un rituel charcutier. Il était débité, coupé en quartiers, bouilli, grillé, fumé ou bien salé. Aucune part de sa pauvre personne n’était négligée. Il était bon à tout sans mériter pourtant de figurer sur les tables de fête. Pour Noël, c’est la dinde ou le chapon qui lui volait la vedette ; décidément, il était toujours marron.

Seul son cousin germain, le sanglier méritait quelques égards lors des festins. Lui devait se contenter des jours ordinaires. La vie et la mort étaient trop injustes. Mon ami le goret qui s’était mis la rate au court-bouillon se trancha la gorge sans que je puisse réagir. Autant en finir me souffla-t-il dans un ultime soupir, je suis un humble petit cochon de lait, tu me feras à la broche pour m’accorder cet ultime plaisir de figurer sur une table de fête. Je tins ma promesse sans bien comprendre sa requête. Je fis faire un sautoir à son effigie, une belle broche que j’offris à une dame fort gironde au mauvais caractère.

La boucle ne fut pas bouclée, courroucée, la femme offensée ne coupa pas les cheveux en quatre et me claqua une gifle tonitruante sur la joue. « Mon cher vous êtes un goujat qui n’a rien compris aux dames. Ce n’est pas parce que certains médisent de moi qu’il faut me parer d’un bijou de la sorte ! » Je restai perplexe et interrogatif. Une fois encore, je me baugeais lamentablement.

Porcinement sien

Documents joints à cet article

Une vraie tête de cochon

Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (21 votes)




Réagissez à l'article

106 réactions à cet article    

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès