• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > People > La bernard-werberisation des temps

La bernard-werberisation des temps

Cela peut sembler ridicule, dans un sens, mais ça ne l'est pas, dans un autre sens. C'est une mode, une culture de génération, si vous voulez. Bernard Werber n'y est pour rien : c'est le succès de son style qui y est pour quelque chose, par contre. Mais il faut dire qu'il était un peu précurseur quand même, dans son genre. Un critique littéraire tel que Philippe Muray parlait de littérature de pressentiment, et c'est le signe que Bernard Werber insuffla quelque chose d'important : la bernard-werberisation des temps. De quoi s'agit-il ?

 


Source de l'image

 

Dans l'époque précédent Bernard Werber, et encore à l'époque de son succès retentissant dans les années 2000, ce n'était pas Bernard Werber qui comptait. Il n'y avait pas encore bernard-werberisation des temps. Dans les années 2000 on était encore plutôt sous le coup de Renaud Séchan, vous savez bien, le chanteur qui a encore récemment mis en musique : Coronavirus, connard de virus (la Corona song).

Les années 2000 étaient encore à la renaud-sechanisation, renaud-sechanisées, ou tout court renaudisées. J'avais d'ailleurs aux débuts des années 2000, un camarade écoutant encore du Renaud dans son discman (walkman à CD) au lycée… génération Y, purs millenials, rien à voir avec la Z et suivante… mais c'étaient surtout les mouvements militants qui s'y croyaient. Même si Renaud se ridiculisait déjà en chantant avec Axel Red, après le 11 septembre 2001, Manhattan-Kaboul, comme sorti du néant – ce qui était le cas, du néant de l'alcoolisme – il se trouve que non seulement les mouvements militants s'y croyaient, mais aussi les bobos en devenir (à l'âge classique, on les aurait nommé des fats, des infatués si vous préférez mais ce n'est pas tout à fait pareil) et il n'y avait pas jusqu'aux politiciens qui ne cherchassent pas à se prévaloir d'une certaine dégaine, d'un certain cool, d'un certain état d'esprit de simili-affranchi fantoche et sympatoche. Tenez : prenez Jacques Chirac… On peut aisément dire que la renaudisation perdura jusqu'à François Hollande.

Mais depuis François Hollande, dès François Hollande d'ailleurs, c'est la bernard-werberisation qui s'imposa. Ce n'est pas un truc qu'a inventé Emmanuel Macron, lui qui n'a fait que réinventer la poudre. Lui, et ses communicants… Observez bien cette série d'images, c'est édifiant :

 

 

Tous bernard-werberisés  ! … L'effet Harry Potter n'y est certes pas pour rien, non plus… Ce n'est pas une blague : chacun de ces visages conserve évidemment ses particularités, et il est tout aussi évident que la posture similaire sur des fonds quasi-similaires contribue aux similitudes, mais allons au-delà des apparences. Qui, comme chacun sait, ne sont pas trompeuses, mais révélatrices. Normalement (et la normalité est très importante dans la bernard-werberisation) l'habit fait le moine. Nous parlons de récurrences, pas d'inconnus survenant une seule fois dans nos vies.

Première congruence inhérente à la bernard-werberisation, donc : la normalité. Tous ces personnages cherchent à se normaliser d'une manière ou d'une autre. Celui qui s'imagine que la France Insoumise est toujours extrémiste révolutionnaire ne s'y connaît pas en extrémisme. Bref, c'est une normalité de milieux intellectuels, une normalité d'ethnies sociétaires, relativement epicheirocratiques, fonctionnant en camarillas.

Deuxième congruence, l'américanisme. Ce sont des promoteurs de storytellings, de racontages-d'histoires, en psychologie de la motivation. C'est-à-dire que (se la) raconter, motivent des gens dans leur sillage. On ne compte plus tant que cela sur l'aplomb hiérarchique : les signes extérieurs d'autorité macroniens, au départ, n'auront trompé personne, c'était encore une façon de (se la) raconter, du genre tragique… Bernard Werber avait inauguré, aux débuts d'Internet déjà.

Troisième congruence, l'expertise et la scientificité. Même si la question de savoir si l'on peut encore se fier à la science se pose, même si l'expertise médiatique est avant tout de cartels mondains, Bernard Werber inaugure le « style scientifique en littérature », inverse du « maniement littéraire des faits » (storytelling). En somme, nos hérauts – à ne pas confondre avec nos héros – jouent d'académisme, ils veulent faire école, ou du moins l'ont-ils manifestement faite (l'école). Ce sont des scolarques, des potentats scolarisés et scolaires. La refonde de l'ENA en INSP est à ce titre édifiante.

Et donc, avec la covid et toutes ces personnes qui se font rabrouer pour l'avoir ramenée publiquement, seraient-elles attitrées, du moment qu'elles ne siéent pas à la bernard-werberisation… vous m'avez compris. Si vous voulez être crédibles, bernard-werberisez-vous !

Simple question de bon sens.

 

 

PS : il y a sous AgoraVox, un auteur qui soulève nombre de commentateurs, et c'est Sylvain Rokotoarison. Sans conteste, un auteur bernard-werberisé, et ce n'est pas une insulte. Dédicace.

 

 

 

 

_____________________________


Moyenne des avis sur cet article :  1.36/5   (11 votes)




Réagissez à l'article

12 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 4 décembre 2021 16:32

    Burp... !


    • Ariovis Venamis Ariovis Venamis 4 décembre 2021 18:17

      Si vous n’aimez pas la catégorie People vous n’êtes pas obligé de nous le faire savoir comme un gros bébé. Passez votre chemin. Votre pseudonyme Clocel m’appert soudain comme une boîte à musique pour s’endormir... un hochet ! smiley


    • Clocel Clocel 4 décembre 2021 19:07

      @Ariovis Venamis

      Prout... !


    • Ariovis Venamis Ariovis Venamis 5 décembre 2021 13:59

      ADDENDUM à l’article

      Quatrième congruence, leurs passions pour « la bonne cause », indépendamment de la qualité, de la portée ou de la sincérité de leur démarche dans la cause. Emmanuel Macron était le champion paralympique des candidats en 2017. La lutte des classes mélenchoniste reste une marotte. Hollande était LGBT+. Werber se fait apiculteur pour une humanité plus appliquée.


    • The White Rabbit The White Rabbit 4 décembre 2021 18:43

      Bernard Werber, c’est notre Paulo Coelho français.

      A lire en vacances pour se détendre, qu’on soit petit ou grand.

      Mention spéciale pour les Thanatonautes , seul ouvrage de l’auteur dont il me reste un souvenir .

      (ps pour Ariovis : N’étant plus banni de vos pages, j’ai donc aussi modifié ma présentation)


      • Sergio Sergio 4 décembre 2021 23:40

        @The White Rabbit

        « Mention spéciale pour les Thanatonautes , seul ouvrage de l’auteur dont il me reste un souvenir »

        La mienne c’est pour « le retour du Proctonaute » , seul outrage de l’auteur dont il me reste un ’souvenir’


      • Ariovis Venamis Ariovis Venamis 5 décembre 2021 14:01

        Je ne suis plus sur votre pilori, ah oui il me tardait, enfin ! Sinon oui, c’est un genre de Coehlo, mais dantecien !


      • sirocco sirocco 4 décembre 2021 20:03

        Je croyais que les publicités sous forme d’articles étaient interdites sur AVox...


        • Ariovis Venamis Ariovis Venamis 5 décembre 2021 14:03

          Je ne suis pas là pour ça, et cela se voit et se sait depuis longtemps.


        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 5 décembre 2021 04:53

          Tant qu’à faire des rapprochements, il me semble que celui qui ressemble le plus à Bernard Werber, c’est Yuval Noah Harari. Même feel & look, même soupe insipide qui « naturalise » le monde au sens où les représentations véhiculées actent une perte complète de la verticalité et constitue un travail préparatoire au transhumanisme. L’un et l’autre me semble représentatifs d’une époque monstrueuse et c’était pertinent de votre part de dégager ce concept.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité