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Accueil du site > Culture & Loisirs > People > Veux-tu être mon idole ?

Veux-tu être mon idole ?

Le besoin de pousser son idole en lieu et place de soi-même n’est pas nouveau mais le phénomène s’est amplifié au point que sa propre existence en est modifiée.

Après l’Angleterre qui avait choisi Churchill comme meilleur anglais, l’Allemagne optait pour Adenauer, les Pays-Bas, Pim Fortuyn, voilà la Belgique qui organisait un show médiatique à grand budget pour désigner le "Plus Grand Belge" dans sa journée de clôture le 20 décembre. L’idée de sélectionner le plus représentatif dans tous les domaines, dans le 20ème siècle n’a pas la marque d’objectivité qui pourrait transcender. Dix d’entre eux restaient sur la liste. Organisée, dans le cadre du 175èmce anniversaire de la Belgique, ce grand show terminait une année fertile en événements et devait avec l’aide du public élire cette personnalité adulée par tous.
En fin d’émission, on a pu retrouver des personnages aussi différents qu’un chanteur comme
Jacques Brel, le lauréat, le Roi Baudouin, décédé en 1993 après un règne de 43 ans et qui allait généré un engouement extraordinaire lors de ses funérailles, arrivé en seconde lieu et le père Damien, bienfaiteur des lépreux, qui a été béatifié par Jean-Paul II pour compléter le podium.
Ce besoin de starification est bien dans l’ordre du temps. La Star Académie est passée par là. Trouver le meilleur est devenu l’obligation de tous les groupes de travail, des pays pour sa compétitivité, de continent comme bloc qui est passe de gouverner le monde. L’histoire raconte de multiples exemples de volonté de porter son représentant sur le pavois une fois élus par ses ouailles qui l’ont choisi pour un temps plus ou moins long.

Dans l’ancienne URSS déjà, à la sortie des usines, on pouvait voir les photos des meilleurs ouvriers qu’il fallait en tant que challenger tenter de renverser l’année suivante. Le Japon, la Corée et maintenant la Chine n’auront de cesse d’établir le même type de listes qui capturaient les élites modèles de ce que l’on voulait voir la plupart des autres participants partager en définitive.

Les « Awards » sont les bouteilles de champagne du côté occidental.
La plus belle femme du monde aura la chance de passer l’espace d’une année dans des endroits de luxe pour retomber ensuite dans l’oubli le plus total si elle n’y prend garde.
Le pays le plus compétitif, le plus productif, avec le plus grand PIB en vitrine n’est précédé que par le bloc économique le plus puissant. Le challenge est perpétuel et les coureurs suivent parfois péniblement. Se mesurer aux autres est le message le plus motivant que les têtes pensantes ont trouvé.
Seul le sport a par essence et pour coutume de battre des records et je n’y vois que du bien. Se mesurer avec fairplay pour atteindre toujours plus de vitesse, de hauteur, de longueur ne sont que des moments pour se surpasser, se motiver et atteindre de nouveaux sommets.
Le diplôme en fin d’étude, les « Awards » à l’américaine, les Molières, les Goncourt, les Nobel, sont là pour féliciter et honorer un vainqueur aux compétitions de la vie. Ils ont leur place bien sûr mais rechercher toujours le "plus en ceci", "le mieux en cela", "le plus fort de" dans tous les domaines qui ne jouent pas dans la même cour, c’est prendre des initiatives dans lesquelles être gagnant ou perdant n’aura aucun sens et ne servira qu’à se retrouver dans le deuxième ou le troisième choix. Tout le monde le sait bien, une publicité actuelle nous le rappelle d’ailleurs, il n’y en a qu’un qui restera en mémoire de ses semblables. Et, cela est en définitive, un dommage que ces deuxièmes couteaux auront du mal à effacer.
Le livre des records regorge de ces fantaisies sans aucune gloire et à l’esprit bien étroit.
De son côté, le règne animal a également du plus petit au plus grand le même besoin d’avoir son "champion" parmi l’un d’entre eux et qui prendra en charge le groupe dans son entier.
Chez les abeilles, la ruche a sa reine qui n’a même pas les obligations de sa charge et les ouvrières qui gravitent autour d’elle sont prêtes à lui offrir, sans en demander une compensation évidente, nourriture, protection et leur vie. La reine morte ou disparue ne laisse en générale aucune chance à la ruche de continuer à vivre.
Serions-nous face à un rapprochement de toutes les espèces sur terre ?
Nos gènes seraient-ils en cause dans cette volonté ? Un raccourci de l’histoire entre l’origine et le vécu de tous les jours ?
Je ne suis pas iconoclaste ni anarchiste. Je voudrais seulement retourner notre admiration sur nous même et de ce fait obliger chacun à se respecter en se voyant dans le miroir. Pas besoin de représentants dans cette entreprise de prise de conscience.

Quand on a posé la question du choix du « Plus Grand Belge » aux personnalités de tous les horizons, beaucoup se sont prêtées au jeu et ont plébiscité l’un des choix. Le journaliste, Jean-Claude Defosset, qui patronne l’émission télévisée, "Questions à la Une" et dont j’ai déjà eu l’occasion d’utiliser certaines idées, a, par contre, répondu très simplement :
"Aucun des dix Belges ne m’inspire pour le titre de plus Grand Belge. J’en ai marre de ces starifications ! Si je devais honorer quelqu’un, ce serait un quidam. Il y a tellement d’anonymes méritants au quotidien ! Celle qui, pour moi, mériterait ce titre serait la maîtresse du mari de la veuve du Soldat inconnu".

Gageure de nominer dans ce cas.

S’il fallait choisir entre la pomme et la poire, passe encore. Mais quand il s’agit de choisir entre une pomme ou un éléphant rose, là, pas d’accord.
 

"L’Histoire, idole des temps modernes, depuis toujours couche avec les vainqueurs, méprise les vaincus, achève la veuve et l’orphelin, se rassasie de sang et s’abreuve de larmes", André Frossard
 
"Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains.", Gustave Flaubert
 
"Garde-toi des
idoles, marche, danse, écris et lis, mais surtout garde la parole, sinon ce sera demain le "silence des agneaux".", Paul Virilio
 
"Le
peuple met autant de plaisir à renverser les idoles dont il s’est lassé qu’il en a pris à les ériger.", Wilbur Addison Smith

 

Images, mon idole 

 


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4 réactions à cet article    


  • cotraba (---.---.3.179) 10 mars 2006 13:06

    personne n’ignore que notre societé n’est pas parfaite,a l’heure des aides de toutes sortes et un peux partout dans le monde, il y a d’autre maux qui dérange, on appel sa LA FRACTURE SOCIALE,se mal je peux en parlez, j’en ai souffert,dans ma chére, dans mon àme,pas besoin de prendre l’avion pour voir le souffrance elle est chez nous a nos porte ! on parle de transparence, moi je veux bien ouvrir le débat sur le sujet !


    • L'enfoiré L’enfoiré 10 mars 2006 13:22

      Bonjour, Je vous sens aigri par la vie. Vous voulez ouvrir un débat sur la fracture sociale. Je n’y vois pas d’inconvénients même si mon article n’allait pas si loin dans son développement. Mon but initial était plus pour souligner un besoin de certains, aujourd’hui, pour chercher, comme je le disais, le meilleur, le plus beau, le plus fort, le plus mauvais (c’est un trio dans « Le Bon,la Brute et le Truand »). Chacun cherche à se retrouver dans quelqu’un comme modèle de ses pulsions. Cela s’est amplifié ces dernières décénies avec les médias et les moyens de donner une image à ce besoin d’appartenir à un groupe de passionnés, de fans. En exagérant à l’extrème cette volonté, on oublie d’être simplement soi-même et on associe l’inconciliable dans un même sac pour le béatifier. Voilà ce que je voulais dire. Mais libre à vous d’extrapoler.


    • Karl (---.---.48.199) 4 mai 2006 16:19

      Bonjour,

      Quelles que soient les époques les gens ont toujouts eu tendance à héroiser des « bienfaiteurs », des « aventuriers », ou des « sauveurs ». Ce phénomène ne date pas de la Star Academy. Déjà, du temps de Spartacus... L’être humain a besoin de reconnaissance et il la recherche à travers des actes. Vous même en publiant cet artcile vous souhaitez une certaine reconnaissance. Le fait même de vous lire en constitue une, non ?

      Cordialement. François.


      • L'enfoiré L’enfoiré 4 mai 2006 16:37

        Bonjour, Ce besoin d’idolâtrie est en effet vieux comme le monde. Idolâtrer des statues, des hommes, tout est bon pour « se réfugier » chez autrui et être représenté par quelqu’un auquel on aurait une confiance justifiée ou non. Maintenant le rapprochement que vous faites avec le besoin de reconnaissance, là, je crois que vous passez la balle dans les mains de l’idolatré lui-même. C’est un autre sujet. La reconnaissance, bien sûr, l’homme « aime ». Madame qui vous susure à l’oreille « Je t’aime », c’est qu’elle vous a à la bonne et que c’est « dans la poche ». mais encore une fois, c’est un autre sujet. A+ peut-être dans un autre blog.

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