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Histoire géopolitique de la Coupe du Monde : Episode I - 1930, baptême du feu en Uruguay

De 1930 à 2018, en 21 éditions, la Coupe du Monde a toujours été le reflet du contexte géopolitique de son temps … Sans remonter jusqu’aux premiers Jeux Olympiques de l’Antiquité ni même à la soule florentine, le football moderne s’est constitué sur deux piliers : la séparation entre football et rugby au milieu du XIXe siècle en Angleterre, la création de la Football Association en 1863 et enfin les premiers Jeux Olympiques modernes, en 1896 à Athènes grâce au baron Pierre de Coubertin … La France est encore à l'initiative de la Coupe du Monde grâce à Jules Rimet et Henri Delaunay. La première édition de la compétition suprême du football mondial, en 1930, marque le temps de l'insouciance, de l'amateurisme avec une traversée du paquebot Conte-Verde de Villefranche-sur-Mer à Montevideo, et le prolongement de l'hégémonie uruguayenne sur le football mondial, dans la foulée des médailles d'or obtenus par la Céleste aux Jeux Olympique de Paris (1924) et Amsterdam (1928). Quoi de mieux pour fêter le centenaire de ce petit pays sud-américain ?

Deux citations résument l’influence de la géopolitique sur les grands évènements sportifs, au firmament desquels règnent les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football. Le sport n’est pas un but en soi ; il est un moyen d’atteindre d’autres buts, disait Erich Honecker, ancien dictateur de la R.D.A. Quant au Canadien Richard Pound, ancien vice-président du CIO et président de l’AMA, il résume parfaitement à quel point villes et pays candidats sont prêts à aller loin pour obtenir le précieux sésame de l’organisation de ces épreuves au rayonnement universel : Les meilleurs livres de science-fiction sont les dossiers des villes candidates aux Jeux.

En 1930, le monde s’apprête à subir une terrible décennie suite au krach du 24 octobre 1929. Le jeudi noir à Wall Street aura fait des millions de pauvres et peu de gagnants, dont un certain Joseph Kennedy qui sera nommé ambassadeur des Etats-Unis en Grande-Bretagne par Franklin D. Roosevelt, futur président d’une Amérique en berne durant cette prohibition dominée par les gangs mafieux d’Al Capone à Chicago. Le père de J.F.K., lui, ruinera sa carrière politique en faisant l’apologie du nazisme, qui devient le deuxième parti d’Allemagne le 14 septembre 1930. Après l’inévitable deuxième guerre mondiale du fait de la mégalomanie d’Hitler, beaucoup de nazis fuiront en Amérique du Sud : Adolf Eichmann en Argentine (retrouvé par le Mossad en 1960 et exécuté par Israël en 1961), Josef Mengele au Brésil et au Paraguay, Klaus Barbie en Bolivie où il sera arrêté en 1983. C’est en Amérique du Sud, cet Eldorado lointain conquis par les Espagnols et les Portugais au début du XVIe siècle qu’a lieu la première édition de la Coupe du monde de football, imaginée par les Français Jules Rimet et Henri Delaunay. Libéré par José Gervasio Artigas (et non par Simon Bolivar) en 1830, l’Uruguay fête son centenaire en 1930, tout comme le royaume de Belgique. Mais le petit pays sud-américain a eu le mérite de gagner deux médailles d’or consécutives en football aux Jeux Olympiques d’été, en 1924 à Paris contre la Suisse, et en 1928 à Amsterdam, contre l’Argentine. Les candidatures européennes (Espagne, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Suède) s’effacent donc au profit de l’Uruguay au congrès de la FIFA le 17 et 18 mai 1929 à Barcelone. L’Europe échappe donc à des frais de construction de stade juste avant le contexte économique catastrophique qui suivra le krach new-yorkais de 1929. Seuls quatre pays européens font le déplacement jusqu’à Montevideo. L’Italie et l’Espagne snobent le tournoi, tout comme la nombriliste Angleterre, cette Perfide Albion qui se croit supérieure au reste du monde puisque berceau officiel du jeu de football, que Marcel Pagnol appelait la balle au pied dans le Temps des Secrets (1960), à son entrée en sixième au lycée Thiers de Marseille, soit en 1905. A Gênes, un paquebot italien nommé le Conte-Verde part en direction de Villefranche-sur-Mer, d’où embarque le 21 juin 1930 la délégation de l’équipe de France, qui rejoint donc celle de Roumanie partie de Gênes (la Yougoslavie est quant à elle partie de Marseille le 19 juin à bord d’un autre navire, le Florida). En 1930, Carol II monte sur le trône de Roumanie et fait aussitôt connaître la première des priorités royales : participer à la Coupe du Monde de la FIFA, Uruguay 1930. Insolite en soi, son dessein relève en outre de la gageure quand on sait que 35 jours seulement séparent sa prise de pouvoir du coup d’envoi de l’édition inaugurale du tournoi. Mais rien ne saurait entamer le bel optimisme du monarque de 37 ans, pas plus le manque de temps que l’inexpérience des Roumains, dont le baptême du feu international remonte à 1922. Après bien des efforts, Carol II parvient à ses fins à trois jours de la clôture des inscriptions. Il lève immédiatement toutes les suspensions pesant sur les joueurs et sélectionne lui-même l’équipe, au lieu d’en laisser le soin à l’entraîneur Costel Radulescu. Reste une broutille à régler : une partie des meilleurs footballeurs roumains travaille pour une compagnie pétrolière britannique qui leur refuse le congé de trois mois nécessaire pour participer au tournoi et prévient que les absences seront sanctionnées par des licenciements. Un coup de téléphone du roi, assorti de la menace de fermeture de l’entreprise, incitera très vite le pétrolier à revoir sa position. C’est ainsi que, le 21 juin 1930, les Roumains prennent leurs quartiers sur le Conte Verde à Gênes. Le président de la FIFA, Jules Rimet, qui transporte le trophée dans sa valise, avait embarqué à Villefranche-sur-Mer, tandis que les Belges montent à bord du Conte-Verde à Barcelone. Le luxueux paquebot italien met ensuite le cap sur Rio de Janeiro, où la Seleção brésilienne doit embarquer. Pendant la traversée de seize jours, Radulescu astreint ses dix-neuf joueurs à des séances physiques sur l’un des dix ponts du vaste transatlantique. Mais dès qu’il s’agit de taper dans la balle, il lui faut compter avec un vingtième homme car, vous l’aurez deviné, le roi Carol II est incapable de résister à un dribble. Les distractions ne manquent pas à bord, corrobore Jules Rimet, qui a raconté cette traversée dans son journal. Le soir, les passagers ont à choisir entre le bal, les petits chevaux, le cinéma et la comédie. Durant la traversée, Jules Rimet sympathise avec la cantatrice Marthe Nespoulous, en route pour une tournée en Amérique du Sud avec son mari : Je fais le souvent le tour du pont avec le ménage et nous bavardons gaiement, parlant de la France, de Paris, de l’opéra, voire du football, que je leur révèle. Dans son journal, le président de la FIFA se moque de l’autre célébrité présente à bord du Conte-Verde, le chanteur russe Fédor Chaliapine. Certaines soirées sont même plutôt arrosées, comme le passage de l'Équateur célébré, comme l'oblige la tradition, par du champagne. Une fois arrivés sur place en Uruguay, les Européens ne vont pas longtemps faire long feu malgré la belle victoire inaugurale de la France sur le Mexique (4-1), équipe de France dont le capitaine Alexandre Villaplane sera exécuté le 26 décembre 1944 au fort de Montrouge, après avoir collaboré avec Henri Lafont, chef de la Carlingue (la Gestapo française) ainsi que Pierre Bonny au 93 rue Lauriston. Parmi les représentants du Vieux Continent, seule la Yougoslavie atteint le dernier carré, mais la finale oppose l’Argentine au pays organisateur, l’Uruguay. Plus de 30 000 Argentins traversent le Rio de la Plata en navire pour se rendre à l’Estadio Centenario où se joue la finale. A Montevideo, l’arbitre belge John Langenus a prévu deux ballons, l’un argentin et l’autre uruguayen. C’est le ballon argentin qui servira à ce match, mais la force est du côté de l’Uruguay. La Céleste, double championne olympique en titre, y domine l’Albiceleste 4-2, et le premier capitaine à soulever le trophée de la Victoire Ailée (d’Abel Lafleur) s’appelle José Nasazzi. C’est la naissance du célèbre bâton de Nasazzi, qui sera rejoué lors de quatre autres finales de Coupe du Monde, respectivement 36 ans, 48 ans et 80 ans et 84 ans plus tard, d’abord entre la RFA et l’Angleterre, ensuite entre les Pays-Bas et l’Argentine, puis entre les Pays-Bas et l’Espagne et enfin entre l’Argentine et l’Allemagne. Malgré la victoire des Three Lions à Wembley en 1966, de l’Albiceleste à Buenos Aires en 1978 puis de la Furia Roja à Johannesburg en 2010 et de la Mannschaft à Rio de Janeiro en 2014, la Mannschaft, les Oranje par deux fois puis l’Albiceleste avaient à chaque fois conservé le précieux bâton car ils ne s’étaient inclinés qu’en prolongation et non au terme des 90 minutes du temps règlementaire. Le Brésil, détenteur du bâton en 1958, avait lui gardé le bâton de Nasazzi à Stockholm face à la Suède, ainsi que la RFA en 1974 face aux Pays-Bas. L’Uruguay de 1930 est un pays en quête d'identité, à la recherche de symboles nationaux forts pour faire table rase du passé colonial. Et les nations sud-américaines sont les premières depuis la Grèce dans l'Antiquité à utiliser le sport pour doper le patriotisme. Cette victoire fonde la passion jamais démentie de ce petit pays pour le ballon rond. A la suite de cette victoire, un jour de fête nationale est décrété dans tout le pays le 31 juillet, alors qu'au même moment le consulat d'Uruguay était attaqué par des Argentins déçus. Des pancartes proclament Uruguay pour la 3e fois le meilleur du monde, suite aux médailles d’or obtenues aux tournois de football des Jeux Olympiques de Paris en 1924 et d’Amsterdam en 1928. José Andrade, lui, a fait l'unanimité à lui tout seul. Le meneur de jeu de l'Uruguay était le seul joueur noir de sa sélection. Champion olympique avec la Céleste en 1924 et 1928, ce milieu du Nacional Montevideo a conduit son équipe vers la victoire même s'il n'a inscrit aucun but durant les quatre rencontres. Né en 1901, Andrade fut l'un des précurseurs du football moderne, l'une de ses premières stars. Formidable dribbleur, la perle noire (surnom créé spécialement pour lui et qui sera repris ensuite) alliait des talents de passeur mais aussi de redoutable buteur, lui qui gagnait sa vie comme musicien de carnaval, jouant de la batterie, du violon et du tambourin. Musicien de formation, Andrade retourne à son premier violon d’Ingres après sa carrière de footballeur. Il se produit dans des music-halls et meurt dans la misère à Montevideo à 56 ans, en 1957. Le Conte-Verde, lui, coulera dans un port japonais pendant un bombardement de l’US Air Force durant la Seconde Guerre Mondiale, loin de l’ambiance de colonies de vacances vécues par Lucien Laurent et ses coéquipiers au mois de juin 1930, au-delà de cette Europe qu’ils n’avaient jamais quitté auparavant. Premier buteur de l’Histoire du Mondial, Lucien Laurent (ainsi que son frère aîné Jean et son coéquipier Etienne Mattler) travaillait chez Peugeot à Sochaux, sur la chaîne de fabrication de la 201 … Le gardien de but, Alex Thépot, lui, obtint un congé spécial de l’administration des Douanes où il travaillait. L’attaquant Marcel Pinel, qui accomplissait alors son service militaire, reçu du Quai d’Orsay une permission exceptionnelle, comme envoyé extraordinaire auprès du Consul de France en Uruguay


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1 réactions à cet article    


  • Axel_Borg Axel_Borg 26 novembre 2018 15:50

    L’édition 1930 eut le mérite de lancer la Coupe du Monde, certes sur des bases fragiles : peu de nations européennes, nombre de participants assez faible (13) pour cette première phase finale.

    La Céleste confirma ses deux médailles d’or olympiques, devenant la première nation à gagner à domicile, exploit qui sera renouvelé cinq fois : 1934 (Italie), 1966 (Angleterre), 1974 (RFA), 1978 (Argentine) et 1998 (France).

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