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Histoire géopolitique de la Coupe du Monde : Episode XIV - 1990, une Allemagne trois étoiles avant sa réunification

Comme le Brésil en 1950, l'Italie se prend les pieds dans le tapis en 1990 à domicile. Le bourreau est l'Argentine de Maradona, miraculée d'un premier tour illuminé par les Lions Indomptables du Cameroun. Roger Milla et ses coéquipiers seront ramenés à la raison dans le volcan de San Paolo par la Perfide Albion. Gary Lineker et les Three Lions pensent aller au bout quand la RFA les arrête au pied de la finale. L'attaquant de Tottenham est alors prêt pour énoncer sa célèbre phrase, tandis que Lothar Mätthaus et ses coéquipiers retrouvent le Graal au stade olympique de Rome ... Trois mois plus tard, le chancelier Helmut Kohl finalise la réunification entre Ouest et Est, entre RFA et RDA, Allemagne fédérale et démocratique déjà rapprochées par la chute du Mur de Berlin en 1989 ...

En 1990, le communisme vit son crépuscule après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. L’Italie de Giovanni Agnelli accueille sa deuxième Coupe du Monde, étant désignée depuis 1984 au détriment de l’Union Soviétique, et espère beaucoup de ce tournoi, comme pour tourner le dos aux années de plomb. Le propriétaire de la FIAT, bien que sa Juventus soit dominée par l’AC Milan du nouveau tycoon des médias Silvio Berlusconi, place son fidèle Luca Cordero Di Montezemolo à l’organisation de ce Mondiale, présenté comme le premier de l’ère moderne¸bien que paradoxalement, l’affiche officielle de cette quatorzième édition renvoie au Colisée et donc à l’Antiquité romaine. Le tirage à Rome change de dimension. Il est conduit par le secrétaire général de la FIFA de l'époque, un certain Joseph Blatter, assisté de la légende du cinéma Sophia Loren, marraine de cette Coupe du Monde. La présence de la star napolitaine, en ce 8 décembre 1989, a marqué le début d'une longue tradition de participation de superbes actrices au tirage au sort des plus prestigieuses compétitions masculine et féminine de football. Heidi Klum et Charlize Theron ont officié aux tirages au sort d'Allemagne 2006 et d'Afrique du Sud 2010, tandis qu'Adriana Karembeu a aidé à tirer les groupes pour la dernière Coupe du Monde féminine 2011. Lors du tirage au sort du Mondiale italien de 1990, l'actrice Sophia Loren est accusée par Diego Maradona de porter une bague aimantée pour tirer un groupe favorable pour le pays hôte. El Pibe de Oro écopera d'une amende de 7 000 dollars en vertu de ces graves accusations ... Mais Sophia Loren n’était pas la seule étoile de cette soirée romaine de décembre 1989. Il y avait aussi Pavarotti, Rummenigge, Bobby Moore, Pelé, Platini. C'était le premier des grands shows, relevait David Ausseil, responsable du département films de la FIFA, en marge du tirage au sort du Mondial 2014. En effet, le comité d’organisation italien voulait avoir un représentant de chaque pays ayant gagné la Coupe du Monde depuis 1930 : Ruben Sosa (Uruguay), Bruno Conti (Italie), Karl-Heinz Rummenigge (RFA), Pelé (Brésil), Bobby Moore (Angleterre) et enfin Daniel Passarella (Argentine). Le 8 juin 1990 à Milan, la cérémonie d’ouverture de cette XIVe Coupe du Monde sera aussi grandiose, devant les chefs d’Etat du Cameroun (Paul Biya), de l’Italie (Francesco Cossigaà), du Brésil (Fernando Collor de Mello) et d’Argentine (Carlos Menem). Le stade Giuseppe Meazza de San Siro voit 400 mannequins venus de toute la péninsule, toutes plus belles les unes que les autres, habillées par les plus grands couturiers et représentant l’Amérique en rouge, l’Afrique en noir, l’Europe en vert ou l’Asie en jaune. L’orchestre joue Nabucco de Verdi avant que ne retentisse dans l’enceinte milanaise l’hymne officiel de la compétition. Le Chili, lui, paiera par une exclusion de l’édition 1994 l’affaire du Condor, après une simulation de son gardien Roberto Rojas au Maracaña de Rio de Janeiro, le 3 septembre 1989. L’enquête montera que le gardien chilien n’avait rien reçu de dangereux, aucun fumigène ne l’ayant blessé : il avait caché un scalpel dans son gant afin de gagner le match sur tapis vert ... La FIFA applique la loi du talion contre le pays d’Ivan Zamorano, qui devra attendre 1998 pour s’exprimer sur la scène mondiale du football. Sur l’échiquier géopolitique, la fin du bloc communiste débloque la situation de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Le leader de l’A.N.C., symbole de la lutte contre l’apartheid, emprisonné depuis 1962 (dont 18 ans à Robben Island), est libéré le 11 février 1990, Johannesburg n’étant plus une menace potentielle du fait de la perte d’influence de l’Union Soviétique sur l’échiquier géopolitique. Les Etats-Unis, seule hyperpuissance restante dans le monde, font leur retour en phase finale pour la première fois depuis 1950. Les Américains ont encore beaucoup à apprendre avant d’organiser l’évènement en 1994 … L’Angleterre, elle, est confinée en Sardaigne pour que la police italienne puisse mieux circonscrire les éventuels hooligans sur l’île. Cinq ans après le Heysel, la Perfide Albion fait encore peur. L’affiche de ce Mondiale montre le Colisée de Rome accueillir un terrain de football. Trente ans après les Jeux Olympiques de Rome (1960), l’Italie doit vaincre à domicile comme les gladiateurs devant les empereurs romains. Mais malgré la qualité de l’effectif (Zenga, Baresi, Maldini, Bergomi, Baggio, Vialli …), les rivaux ne manquent pas : l’Argentine de Maradona, la RFA de Mätthaus, les Pays-Bas de Van Basten, le Brésil de Careca voire même l’Angleterre de Lineker ou la Yougoslavie de Stojkovic. Cette édition 1990 arrive à point nommé pour une Italie du football qui est alors au sommet de la planète. Le palmarès des Coupes d'Europe parle de lui-même puisqu'il est exclusivement italien en 1990 : le Milan AC gagne la Coupe d’Europe des clubs champions, la Sampdoria de Gênes remporte la Coupe des Coupes et la Juventus Turin bat même un autre club italien, la Fiorentina, en finale de Coupe de l'UEFA. Un vrai monopole sportif qui ne pouvait que préfigurer une victoire de la sélection nationale italienne pour cette Coupe du Monde qui se dispute sur son propre sol. Mais cette Coupe du monde 1990 est malsaine et sera une déception : beaucoup de truquages sur la pelouse, d'innombrables gestes antisportifs, du jeu défensif, des matches peu exaltants... Le jeu est si désagréable que la FIFA et l'International Board, instance qui régit les règles du football, vont lancer une task force pour réformer après ce Mondial certaines lois du jeu, comme l'obligation au gardien de jouer au pied après la passe de l'un de ses coéquipiers. Le rayon de soleil de ce Mondiale sera le Cameroun, auteur du premier exploit dès le match d’ouverture à San Siro face à l’Argentine (1-0). Mais cette victoire milanaise des Lions Indomptables ne sera pas un feu de paille, avec deux doublés de Roger Milla contre la Roumanie puis la Colombie. Le Vieux Lion revient de loin. En mars 1988, lorsque le Cameroun gagne sa deuxième Coupe d’Afrique des Nations au stade Mohamed V de Casablanca face au Nigeria (1-0), Milla prend sa retraite internationale à 36 ans. Il organise ensuite un somptueux jubilé à Douala et Yaoundé. Son contrat avec le Montpellier de Louis Nicollin s’arrête en juin 1989, mais le Ballon d’Or africain 1976 effectue une pige à l’île de la Réunion, en Division d’Honneur (D5), à la Jeunesse Sportive Saint-Pierroise, avec qui il dispute un 32e de finale de Coupe de France perdu contre Clermont-Ferrand (D3) en février 1990. Le mois de mars 1990 le voit jouer les consultants radio pour la CAN jouée en Algérie. Le Cameroun y fait pâle figure, finissant 3e de son groupe au premier tour, derrière la Zambie et le Sénégal. Rien ne laissait donc présager l’incroyable aventure camerounaise de juin 1990 de Milan à Naples en passant par Bari, avec en cerise sur le gâteau ce come-back de Roger Milla au top niveau mondial ... Seule l’expérience de l’Angleterre de Lineker viendra à bout du superbe parcours des Camerounais en quart de finale d’Italia 90, dans un volcan de San Paolo qui accueille ensuite une affiche explosive : Argentine / Italie. L’Albiceleste a éliminé le Brésil en droguant le joueur auriverde Branco avec une bouteille d’eau droguée et préparée à l’avance, tandis que Caniggia profite du marquage de Maradona pour marquer face à Taffarel, avant de sortir les virtuoses yougoslaves in extremis à Florence aux tirs aux buts, dans une séance où le gardien argentin Goycochea soulage sa vessie sur la pelouse de Toscane … Ce dernier, propulsé de l’ombre vers la lumière par la blessure du gardien titulaire Pumpido, gardera un souvenir indélébile d’Italia 90, expliquant à l’époque : Je suis toujours calme lors des tirs aux buts. Un gardien n’a aucune crainte à avoir. Il n’a rien à perdre. En revanche, il a tout à gagne, car il peut devenir le sauveur. Toutes les responsabilités sont sur le tireur. Je ne sais pas si je fais partie des grands. C’est à vous de le dire. Le plus beau compliment que l’on m’ait fait est venu de Maradona, après la Yougoslavie. Il a déclaré que j’étais un monstre. Avant d’affronter le pays organisateur où Toto Schillaci vit une sorte d’été indien, Diego Maradona chauffe le peuple de Naples, au pied du Vésuve : Amis napolitains, pendant 364 jours par an, vous êtes considérés comme des étrangers dans votre propre pays. Aujourd’hui, vous devez faire ce qu’ils veulent que vous fassiez, en supportant l’équipe d’Italie. À l’inverse, moi, je suis napolitain pendant 365 jours par an. Avant cette rencontre, le gardien italien Walter Zenga - et son éternel chewing-gum qu'il mastique durant l'hymne - n'a pas encaissé un seul but depuis le début de la compétition. L'incontournable Claudio Caniggia, déjà buteur face au Brésil, mettra fin à cette inviolabilité d'un but anodin de la tête. Toto Schillaci égalise mais la Squadra Azzurra se fait sortir de son tournoi aux tirs aux buts. En finale, alors que Gary Lineker peut déposer le brevet pour sa célèbre phrase sur l’Allemagne (Le football est un jeu qui se joue à onze et où les Allemands gagnent toujours à la fin), la RFA marque sur penalty grâce à Andreas Brehme, Lothar Mätthaus ressentant une gêne dans sa chaussure. Quel plus beau cadeau pour l’Allemagne, trois mois avant la réunification entre RFA et RDA sous l’égide du chancelier Kohl ? Au lendemain du concert des trois ténors (Luciano Pavarotti, Placido Domingo et José Carreras) à Rome que l’on retrouvera en 1994 à Los Angeles et en 1998 à Paris, ce Mondiale se finit 1-0 en queue de poisson, avec un nombre de buts marqués très pauvres et un spectacle désolant, les artistes sont restés muets, se regardant en chiens de faïence au pays du catenaccio. Dans Maradona d’Emir Kusturica (2008), le roi Diego ressasse sa théorie du complot. Tout serait parti de cette élimination italienne, avec multiples effets boomerangs : arbitre mexicain Codesal manipulé pour faire gagner la RFA, contrôle anti-dopage de mars 1991. En tout cas, Maradona entame sa descente aux Enfers à partir de ce mois de juillet 1990, après avoir offert un deuxième Scudetto à Naples, devant le grand Milan de Sacchi et Berlusconi. En mars 1991, il est arrêté par les Carabinieri pour détention de cocaïne. En 1992-1993, le demi-dieu napolitain devenu champion du monde avec l'Argentine ne possède plus de limites. Le voilà qui souhaite remporter le titre de champion d'Espagne avec… le FC Séville, champion en 1946 et entraîné par le prestigieux Carlos Bilardo. L'ancien sélectionneur est très clair avec sa direction un temps hésitante : soit Diego vient, soit je fais mes valises et je me casse ! Débarqué en Andalousie avec la même coupe de cheveux qu'en 1986, Maradona rend fou d'amour les Sévillans, qui se mettent à croire à l'impossible avec le jeune attaquant croate Davor Suker. Mais l'aventure va, là encore, tourner au vinaigre pour El Pibe del Oro. Le transfert de Maradona de Naples à Séville, c'est surtout celui d'une diva qui débarque avec de grosses casseroles attachées à sa robe de soirée. Si Diego réalise des prestations convaincantes, notamment pour la réception du Real Madrid (2-0), son départ d’Italie est dû à deux choses : d'une part, des problèmes avec le fisc italien et une condamnation à quatorze mois de prison avec sursis, puis un contrôle antidopage positif à la cocaïne en le 27 mars 1991, qui lui coûte quinze mois de suspension. Bref, Maradona assure l'essentiel sur le terrain, mais déconne en dehors. Rappelé par l'Argentine pour un match contre le Danemark, Maradona souhaite participer à l'évènement alors que Séville doit jouer une rencontre importante de coupe du Roi face à Logroñés. La direction le prévient : s'il renonce à ses obligations vis-à-vis de son employeur, le club lui infligera une amende. Diego s'en fout, vole pour Buenos Aires et honore sa sélection. Au vu de cette détérioration des rapports, le club andalou engage un détective privé pour suivre le noceur dans ses sorties, afin de prouver sa mauvaise hygiène de vie et éviter de payer son salaire. Maradona quitte donc Séville en fin de saison, pour un ratio de 5 buts en 26 apparitions. Encore et toujours un beau gâchis…. Sans le savoir, Bernard Tapie emprunte lui aussi le toboggan du déclin, la pente savonneuse vers la lose. Ayant annoncé le rachat d’Adidas la veille de la grande finale, le patron de l’OM a compris lors de l’élimination du club phocéen par Benfica Lisbonne comment gagner une Coupe d’Europe, après l’épisode de la main de Vata. Bernard Tapie paiera aussi très cher son différend avec le Crédit Lyonnais dans la vente d’Adidas en 1993. Mais en ce mois de juillet 1990, le propriétaire du Phocéa a le vent en poupe, se permettant même de faire signer Franz Beckenbauer sur la Canebière, un an après avoir raté de peu le transfert de Diego Maradona de Naples vers la Commanderie … El Pibe del Oro, lui, après ses images de martyr sur la pelouse du Stadio Olimpico de Rome, est reçu avec le reste de la sélection argentine par le Président de la République Carlos Menem à Buenos Aires, avec la foule populaire massée devant la Casa Rosada. Elu en 1989, Menem avait nommé Diego Maradona, l’ami personnel de Fidel Castro et nostalgique de Che Guevara, ambassadeur honoraire du gouvernement argentin. Le dimanche 8 juillet 1990 à Rome, Diego Maradona avait offert le spectacle d’un Dieu vivant du ballon rond éclatant en sanglots après la défaite de l’Albiceleste 1-0 contre la RFA au Stadio Olimpico : C’est la plus grande déception de ma carrière. L’arbitre était un incapable. Il n’avait pas le sang-froid pour diriger une finale de Coupe du Monde. Il doit être satisfait, il a rendu heureux les Italiens et les Allemands. Ces derniers ont mieux joué, mais ils n’arrivaient pas à marquer. Alors, ils ont pensé à Codesal pour résoudre leur problème. Il n’y avait pas penalty sur Völler. En revanche, il y avait penalty sur Calderon. Je suis triste, amer et furieux. J’aurais préféré perdre 4-0 que de cette manière. J’ai l’habitude des sifflets. De Milan au premier match, jusqu’à Rome au dernier, j’ai été sifflé. Je n’ai de comptes à rendre à personne. Cette hostilité me stimule plutôt. La chute inexorable de l’idole, de 1991 à 1994, de Naples à Boston en passant par Séville, ne cessera d’alimenter différentes théories du complot, avec diverses machinations ourdies par la FIFA, la CIA ou même le gouvernement argentin en personne … L’Italie, éliminée à domicile, ne gagnera pas sur son sol comme en 1934 au temps de Mussolini, et mord donc la poussière comme le Brésil en 1950 ou l’Espagne en 1982. Le Brésil de Lazaroni, qui joue contre-nature, se sort d’un groupe avec Suède, Ecosse et Costa Rica, mais se fait éliminer par l’Argentine de Maradona au stadio Delle Alpi de Turin. Le milieu de terrain brésilien Branco est drogué à son insu par une bouteille d’eau préparée par les Argentins, tandis que Caniggia marque face à Claudio Taffarel après une erreur de marquage de la défense auriverde, qui focalise quatre joueurs sur Maradona. Ce dernier offre u un caviar à son jeune compatriote, qui n’en demandait pas tant ... Outre les fiascos italien et brésilien, un autre échec retentissant est celui du champion d’Europe en titre, les Pays-Bas. En mars 1990, plusieurs internationaux oranje se réunissent à Schiphol, l’aéroport international d’Amsterdam : Gullit, Van Basten, Rijkaard, Koeman et Van Breukelen se réunissent pour décider qui sera leur coach au Mondiale italien, trois mois plus tard. Le nom de Johan Cruyff émerge rapidement à l’unanimité, même si le triple Ballon d’Or et Frank Rijkaard s’étaient brouillés en 1987, ce qui avait conduit le milieu de terrain à quitter précipitamment l’Ajax pour rejoindre le Sporting CP à Lisbonne (Rijkaard avait finalement été prêté au Real Saragosse). Pour l’ancien numéro 14, c’était une sorte de clin d’œil du destin, près de 17 ans après son capitanat perdu au profit de Piet Keizer à l’Ajax, décision du vestiaire qui avait précipité son départ vers Barcelone … Mais à la KNVB, Rinus Michels, devenu directeur technique, a d’autres idées. L’ancien mentor de Johan Cruyff s’était brouillé avec ce dernier. Leo Beenhakker (alors entraîneur du Real Madrid) raconte l’épisode : Quelques semaines avant le début de la compétition, le sélectionneur en place, Nol de Ruiter, fut viré. Rinus Michels fut alors mis sous pression par la presse pour qu’il nomme Cruyff. Mais comme Michels était brouillé avec lui, il ne pouvait pas le nommer … Alors j’ai été nommé sélectionneur à la tête d’une équipe dont la moitié avait réclamé le retour de Cruyff. J’avais dans cet effectif le plus grand phénomène des années 90, Van Basten. Et puis Gullit, Rijkaard, Koeman ... Mais je n’avais aucune chance, je le savais avant le tournoi. Après un premier tour insipide, les champions d’Europe 1988 affrontent la RFA de Franz Beckenbauer dans un match au sommet entre deux des favoris du tournoi (statut partagé par le Brésil, l’Italie et l’Argentine). La détermination des Allemands est impressionnante, en témoigne cette phrase du capitaine Lothar Mätthaus avant le début du tournoi, après deux finales perdues en 1982 contre l’Italie à Madrid et en 1986 contre l’Argentine à Mexico : Cette fois, nous irons jusqu’au bout. Le sélectionneur de la RFA, Franz Beckenbauer, se mue en oracle : Celui qui gagnera ce match sera champion du monde. Franz Beckenbauer, lui, avait vu juste, après le huitième de finale gagné contre les Pays-Bas. Après ce huitième de finale milanais, le double Ballon d’Or avait en effet indiqué à Leo Beenhakker ceci : Nous avons gagné, alors nous serons champions du monde. Si vous aviez gagné, cela aurait été vous car vous avez les meilleurs joueurs. La conclusion de Beenhakker laisse place à une immense frustration, comme une nostalgie envers un âge d’or malheureusement terminé en eau de boudin, un vrai gâchis sportif : Les Pays-Bas n’auront plus jamais plus belle génération. ça a été un désastre. La RFA prend sa revanche après le camouflet de l’Euro 1988 à Hambourg, quand le rival oranje l’avait éliminé en demi-finale à domicile … Ce huitième de finale sent le soufre est marqué par le célèbre coup du lama, en l’occurrence le crachat de Frank Rijkaard sur Rudi Völler, en référence au célèbre animal de la Cordillère des Andes aspergeant le capitaine Haddock dans le Temple du Soleil, quand Tintin et lui sont sur la route des Incas ... Les deux joueurs sont expulsés et l’Allemand reçoit de nouveau un jet de salive du Néerlandais sur le chemin des vestiaires de San Siro ... Rijkaard expliquera son comportement abject par la pression émotionnelle subie quelques jours avant le tournoi, quand il s’était séparé de son épouse Carmen. Cela n’avait pas empêché, un mois plus tôt, Frank Rijkaard de marquer le seul but de l’AC Milan en finale de C1 au Prater de Vienne, face à Benfica. Le 16 décembre 1990 au stadio Olimpico de Rome à l’occasion d’un AS Rome / AC Milan, Rijkaard présente ses excuses officielle à Rudi Völler, lequel s’est consolé entre temps avec un titre mondial … Quelques années plus tard, les deux joueurs tourneront même une publicité ensemble, pour une marque néerlandaise de beurre, où on les voit déjeuner au soleil en peignoir, avec ce slogan : Tout est à nouveau du beurre … Dans ce Mondiale 90 pauvre en buts, les stars déçoivent (Diego Maradona, Antonio Careca, Emilio Butragueno, Dragan Stojkovic) voire se ratent totalement (Marco Van Basten, Ruud Gullit). Double Ballon d’Or en 1988 et 1989, Marco Van Basten se défausse sur la KNVB : la Hollande a de grands joueurs, mais une fédération amateur … Le cygne d’Utrecht est remise à sa place par ses employeurs à l’AC Milan, Silvio Berlusconi et Arrigo Sacchi : Depuis le mois de février, ce n’est plus lui. Klinsmann grandiose, Van Basten en vacances. Avec l’élimination du Brésil et des Pays-Bas, c’est l’Italie qui a gagné … Le Cavaliere et son mage parlaient un peu vite ... Mais en effet, bien peu de vedettes tiennent leurs rangs : Lothar Mätthaus, Rudi Völler et Jürgen Klinsmann côté allemand, Gary Lineker pour les Anglais, Franco Baresi pour les Italiens, Enzo Scifo côté belge ... Cela permet donc à de nouveaux héros d’éclore, outre le fracassant retour au premier plan du Vieux Lion camerounais Roger Milla : le gardien argentin Sergio Goycochea, son homologue camerounais Thomas N’Kono (qui deviendra l’idole d’un certain Gigi Buffon) bien que déjà vu en 1982 ce qui lui avait permis de signer à l’Espanyol Barcelone, le buteur italien Toto Schillaci et son complice offensif Roberto Baggio, le milieu de terrain anglais David Platt et surtout l’autre phénomène des Three Lions, Paul Gascoigne, alias Gazza. Ce dernier finira bourré à l’hôtel, avant de rentrer d’Italie avec de faux seins et son surnom, Gazza, inscrit sur le ventre, quand l’avion de la sélection atterrira à l’aéroport londonien de Luton. Un an plus tard, Gazza quitte Tottenham pour la Lazio Rome, rejoignant l’Eldorado de la Série A comme le fera un énorme contingent de champions du monde allemands, de Thomas Hässler à Andreas Möller en passant par Jürgen Kohler ou Stefan Reuter. Quant à l’URSS et à la Yougoslavie, toutes deux proches de l’explosion politique, elles jouent sans le savoir leurs derniers matches, respectivement au premier tour à Bari face au Cameroun (victoire de l’Union Soviétique 4-0) et à Florence contre l’Argentine (élimination 3-2 aux tirs aux buts, 0-0 après prolongation), quart de finale raté par le joueur slovène de la Sampdoria Gênes, Srecko Katanec, quelques jours après une victoire yougoslave contre l’Espagne (doublé de Dragan Stojkovic). La famille de Katanec était menacée à Ljubljana, le sélectionneur Ivica Osim n’essaya pas de convaincre son joueur de tenir sa place contre le champion du monde en titre, mené par Diego Maradona sur la pelouse toscane … Le 22 avril 1990, les Croates portent au pouvoir l’indépendantiste Franjo Tudjman. Deux mois plus tôt, la Slovénie a annoncé vouloir faire sécession, dix ans après la mort du maréchal Tito. C’est dans les stades de Zagreb que l’on a commencé à entendre des chants nationalistes croates. Le football était notre soupape, il n’y avait que là qu’on pouvait le faire. Après chaque match, il y avait des incidents et la police devait intervenir, explique Zlatar, un ancien supporter. La Yougoslavie n’est qu’un puzzle issu du Traité de Rapallo en 1920, qui avait fixé ses frontières avec l’Italie voisine ... Le 13 mai 1990, le match Dinamo Zagreb / Etoile Rouge Belgrade avait dégénéré en finale de la Coupe de Yougoslavie au stade Maksimir de Zagreb, avec le jeune espoir croate Zvonimir Boban en agitateur sur le terrain mais surtout des hooligans serbes dans les tribunes, hurlant Zagreb est serbe ou Nous tuerons Tudjman. Suspendu six mois, Zvonimir Boban rate le Mondiale italien mais il rejoindra le grand AC Milan dès 1991 : Parmi les joueurs, Boban était le plus extrémiste, il a toujours manifesté son soutien à l’indépendance. Il vient d’une famille connue pour son patriotisme, explique Pero Zlatar. Boban devra attendre 1998 pour jouer une Coupe du Monde, sous le maillot à damier de la Croatie devenue indépendante en 1991. L’étincelle de Zagreb met le feu aux Balkans, tel l’attentat de Sarajevo en 1914. Un an plus tard cependant, le football yougoslave brillait de mille feux, l’Etoile Rouge de Belgrade gagnant sur le sol italien, au stade San Nicola, la finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions 1991 contre l’Olympique de Marseille de leur compatriote Dragan Pixie Stojkovic. Vainqueurs dans les Pouilles face au favori suprême phocéen, Darko Pancev, Robert Prosinecki et Dejan Savicevic allaient ensuite s’éparpiller loin de la poudrière des Balkans, à l’Inter Milan, au Real Madrid et à l’AC Milan … Quant à Franjo Tudjman, le nouveau président croate, il s’empressa de renommer par décret Croatia le club du Dinamo Zagreb, jadis vainqueur de la Coupe des Villes de Foire en 1967 face au club anglais de Leeds ... Quant à Arkan, chef de la milice serbe des Tigres d’Arkan, il sera recherché par Interpol ainsi que par le Tribunal Pénal International en 1997 (pour des exactions en Croatie et en Serbie entre 1991 et 1995), et assassiné le 15 janvier 2000 à l’Hôtel Intercontinental de Belgrade par un ancien policier serbe. Le dimanche 30 janvier 2000, lors du match Lazio Rome / Bari gagné 3-1 par le club romain, futur lauréat du Scudetto en cette année du jubilé, une banderole fait scandale : Onore alla tigre Arkan. Honneur au tigre Arkan. La condamnation est unanime en Italie, même son de cloche d’indignation entre instances sportives, médias, classe politique … Sauf Alessandra Mussolini, députée d’extrême-droite, supportrice de la Lazio et petite-fille du dictateur, qui rajoute de l’huile sur le feu : Onore ai tifosi. Honneur aux tifosi. Mais l’instigateur de cette banderole provocatrice n’est autre que le joueur serbe Sinisa Mihajlovic, qui ne fera rien pour démentir la rumeur de ses liens avec Arkan, alias Zeljko Raznatovic : C’était mon ami, il était le chef des ultras de l’Etoile Rouge de Belgrade. Je ne renie pas mes amis. Au sein du même vestiaire coaché par Sven-Göran Eriksson, le Croate Alen Boksic n’est pas du tout du même avis que son ancien compatriote yougoslave : Je suis peiné et déçu, car cela est le fait de nos supporters. Ils ont rendu hommage à un criminel de guerre qui a agi contre mon peuple. Si j’avais été sur le terrain, j’aurais arrêté de jouer … Les cicatrices seront encore ravivées involontairement en 2018 par la superstar du tennis serbe Novak Djokovic, vainqueur de 12 tournois du Grand Chelem … Posant à l’aéroport avec les footballeurs croates Luka Modric et ses coéquipiers Ivan Rakitic et Ivan Perisic, Nole a déclenché le courroux d’un député serbe après avoir, durant le tournoi de Wimbledon 2018, apporté un soutien écrit à la Croatie avant son quart de finale contre la Russie … Lors du quart de finale du Mondial-2018, de nombreux Serbes se sont réunis dans des cafés du centre de Belgrade, la plupart soutenant la Russie contre le voisin croate. Depuis ses vacances en Grèce, le député serbe Vladimir Djukanovic a aussi posté une vidéo dans laquelle il dit : Ceux qui disent 'Nole' a demandé de soutenir la Croatie me rendent fou. Je n'ai que faire de ce que Djokovic a dit. J'estime justement pour cela qu'il est un idiot. Je répète que tous ceux qui soutiendront la Croatie contre la Russie sont des psychopathes et des fous, mûrs pour être internés en asile. Djokovic est un héros national et je l'en remercie. Mais soutenir la Croatie, comment n'a-t-il pas honte ? Tant de Serbes de la Krajina l'ont soutenu et lui soutient le pays qui les a chassés...


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4 réactions à cet article    


  • Axel_Borg Axel_Borg 7 février 15:01

    A part Diego Maradona, Lother Mätthaus, Gary Lineker, Franco Baresi et Jürgen Klinsmann, peu de stars furent au rendez-vous en 1990 mais cette Coupe du Monde révéla beaucoup de héros inattendus : Roger Milla le vieux lion camerounais, Paul Gascoigne l’Anglais, Toto Schillaci le Sicilien ou encore Sergio Goycochea le gardien argentin remplaçant propulsé star ...

    Mais surtout un triste Mondiale avec peu de buts, un Brésil apathique se privant de Romario (!) tout en étant piégé par la bouteille droguée du rival albiceleste et une RFA lauréate d’un tournoi rare en belles images et en grands matches.


    • Laconique Laconique 7 février 15:41

      Je me souviens des larmes de Maradona en finale. Un souvenir inoubliable. 1990 c’est aussi l’année de la défaite de Mike Tyson contre Buster Douglas à Tokyo. La chute de deux idoles des années 80.


      • Axel_Borg Axel_Borg 7 février 17:41

        @Laconique,

        Oui les larmes de Dieu en effet ... Mais dès lors que Diego était pieds et poings liés à la Camorra (avec la perte du Scudetto 1988 comme conséquence sportive majeure puis son transfert avorté à Marseille en 1989), la Roche Tarpéienne était inévitable pour El Pibe del Oro.

        Après, comme il le dit lui même à Kusturica dans le film documentaire qui lui est consacré, Claudio Caniggia et lui ont été sans doute punis par les Italiens pour se venger de l’élimination de la Squadra par l’Albiceleste lors de la demi-finale 1990 à San Paolo ...


      • Axel_Borg Axel_Borg 7 février 17:44

        @Laconique,

        Oui les larmes de Dieu. Mais dès lors qu’il était pieds et poings liés à la Camorra (avec comme conséquences sportives la perte du Scudetto 1988 et son transfert avorté de 1989 à Marseille), la Roche Tarpéienne était inévitable pour El Pibe del Oro.

        Comme il le dit à Kusturica dans le film documentaire qui lui est consacré, Claudo Caniggia et lui sont punis par les Italiens suite à l’élimination de la Squadra par l’Albiceleste en demi-finale de ce Mondiale 1990 à San Paolo.

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