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Croisière fluviale sur le Rhin légendaire

Habituée des croisières maritimes à la voile, une escapade fluviale sur le Rhin était une première qui a su me convaincre du bien fondé de ces voyages au fil de l’eau et de ces parcours au coeur de grands pays que nous découvrons ainsi de façon originale et reposante. Une fois installé dans votre cabine, vous n’avez plus qu’à vous laisser envoûter par la contemplation de ces rivages inconnus qui se dévoilent à vous sous des angles peu habituels. C’est un enchantement d’autant plus appréciable qu’à bord tout est organisé pour votre bien-être et que des guides confirmés vous narrent en détails l’histoire des lieux, commentant les images qui défilent depuis les salons panoramiques au fur et à mesure de cette navigation lente et régulière.

Embarqués à Strasbourg, notre voyage commence véritablement à Mayence au moment où le fleuve nous propose la part la plus belle et la plus touristique de son cours. Ce n’est pas sans raison que cette partie a été baptisée " le Rhin romantique", bien que personnellement je préférerais " le Rhin légendaire", tant histoire et légende se mêlent étroitement, qu’il devient difficile de faire la part de l’une et de l’autre. Ce Rhin romantique n’est, en définitive, qu’une invention des poètes, peintres et artistes qui, enthousiasmés par les paysages magnifiques qu’ils découvraient, se plurent à en vanter les charmes. Les écrivains allemands Clemens von Brentano et Heinrich Heine allèrent jusqu’à créer le personnage de la sirène Lore von der Ley, appelée aujourd’hui Lorelei, qui pare le fleuve d’une aura romanesque. C’est ainsi qu’au 19e siècle, le romantisme rhénan s’affirma comme un courant d’art, ralliant à sa cause des personnalités comme Byron, Turner, Victor Hugo et Wagner. Et la raison pour laquelle autant de châteaux furent rénovés et parfois reconstruits n’est autre que les rêveries romantiques des aristocrates prussiens.

Si le Rhin est de nos jours la voie fluviale la plus importante d’Europe, arrosant un territoire de 252.000 km2 sur une longueur de 1320 km, son exploitation remonte à l’an 55 av. J.C., lorsque les Romains le découvrent et bâtissent des villes le long de ses rives pour favoriser les échanges commerciaux. Par la suite, des générations de commerçants, pécheurs, négociants, meuniers, douaniers vécurent au bord de ces eaux souvent enveloppées par les brumes. Les archevêques de Cologne, de Mayence et de Trèves furent chargés, pendant plusieurs siècles, de la sécurité des riverains. Or, la navigation était rendue difficile à cause des courants et hasardeuse en raison des chevaliers pillards qui se plaisaient à dévaliser les bateaux et à extorquer des rançons. A tel point que les rives, de part et d’autre du fleuve, ne cessèrent de retentir du tonnerre des canons et furent le théâtre d’innombrables combats, ce qui n’a rien de romantique, n’est-ce pas ?

Notre première escale sera la ville de Mayence, capitale de la Rhénanie-Palatinat, qui fut, dès l’an 13 av. J.C. un camp militaire romain, puis une capitale de province, avant d’être détruite à l’époque des migrations barbares. A partir du XIIIe siècle, elle devint un centre important de l’empire des princes électeurs. Bien que détruite à 80% pendant la guerre de 39/45, elle est aujourd’hui une ville universitaire très plaisante avec ses places ombrées, ses ruelles et maisons imposantes, sa cathédrale St Martin au choeur double, consacrée en 1036, dont les voûtes furent le témoin de plusieurs sacres et le pilier de la chrétienté du nord des Alpes. La place est superbe avec sa fontaine renaissance, sa colonne monolithe commémorative du millième anniversaire de sa cathédrale, ses cafés où, ce jour-là, les visiteurs et habitants profitaient du soleil radieux et de la température clémente pour se rafraîchir sous l’auvent des terrasses, tandis que nous suivions, à travers le méandres des rues, les traces du personnage emblématique de la cité : le typographe de génie Johannes Gutenberg.

Revenus à notre bateau, amarré devant le château du prince électeur, imposant palais de grès rouge, la navigation peut reprendre son cours. Voici Wiesbaden où Goethe venait prendre les eaux et qui est, aujourd’hui encore, l’une des villes les plus élégantes du bord du Rhin. Wagner, après Goethe, l’apprécia et s’y reposa dans les jardins nombreux qui font de cette ville d’eau un univers de verdure. Des romains comme Plinius Secundus mentionnaient déjà les effets bienfaisants des sources thermales chaudes qui ont fait la réputation de Wiesbaden.

A partir de Niederwalluf, les rives s’ensauvagent. Ce ne sont plus que des abords festonnés d’arbres et arbrisseaux, des saules d’un vert tendre plongeant leurs arceaux dans les eaux sans doute moins limpides que jadis. Quelques jolies villas, des bourgs serrés autour de leur église et, au loin, les reliefs qui profilent les croupes arrondies de leurs vallonnements. Plus on avance, plus l’aspect des rives se fait âpre, comme si la nature l’emportait enfin sur la civilisation, comme si nous remontions le cours de l’histoire et revenions au temps des mythes et des légendes, à l’époque où les Romains découvraient la beauté du fleuve. Nous passons devant Erbach, bourg moyenâgeux, datant du VIe siècle et illustre pour ses roses. Par moments les berges s’inclinent, les reliefs s’infléchissent, des îles se forment, tapissées d’une abondante végétation. On surprend dans la diversité des paysages des clochers en forme de bulbe, des petits ports, de jolis coteaux vinicoles et d’innombrables châteaux, les uns rudes forteresses, les autres gracieux palais. Ainsi, celui de Johannisberg érigé en 1715 sur ce qui avait été un cloître, est considéré comme le plus ancien domaine du riesling, pour la simple raison que l’on y cultive ce précieux breuvage depuis l’an 817. Plus loin, Rüdesheim, sa tour des aigles et sa ruelle, célèbre dans le monde entier, baptisée Drosselgasse, avec ses 144,5 mètres de long, qui offre au passant tout ce qu’il désire : aux uns une gaieté débordante dans les nombreuses tavernes où ils se plairont à boire, rire et chanter ; aux autres une atmosphère romantique à souhait, surtout à la tombée du soir, lorsque les lanternes confèrent à la rue un caractère médiéval rehaussé par son carillon.

Ainsi les châteaux s’égrennent-ils comme les grains d’un chapelet, certains piqués sur un éperon semblable à des oiseaux de proie ; les autres se dressant fièrement au bord des rives, tantôt refuges des chevaliers pillards, tantôt forteresses dont la mission était de protéger les populations des bandes organisées qui se chargeaient de piller la région. Et voici Bacharach qui séduit les visiteurs pour sa position pittoresque à l’entrée de la vallée de Steeg. Ici le temps semble s’être arrêté. Les véhicules motorisés sont priés de rester sur les parkings, afin de sauvegarder le calme intemporel du village avec ses tours, ses portes, ses escaliers, ses ruelles, ses remparts coiffés par le château de Stahleck, vestige d’un passé sombre et témoin de la persécution des juifs au XIIIe siècle. Quant à Pfalz, on pourrait le comparer à un bateau en pierre échoué par hasard sur une île du Rhin. En 1327, le roi Louis de Bavière le fit élever pour être un poste de péage. Ce qui ne plut pas aux bateliers : ils s’en plaignirent en haut lieu et entre autre au pape qui rappela les seigneurs à un ordre non divin mais plus... humain. C’est à cet endroit que le général prussien Blücher traversa le fleuve avec son armée et mit en déroute celle de Napoléon.

La navigation se poursuit et nous approchons de St Goarhausen, le rocher massif qui semble s’opposer au passage de ce fleuve impétueux. En effet, le fleuve forme ici une boucle étroite surplombée d’à pics rocailleux et d’épaisses plaques de roches granitiques comme chargés de dramatiser le décor, d’autant que les courants sont forts. Passage qui était une véritable aventure pour les bateliers du Moyen-Age. Aussi l’écho qui s’y forme était-il considéré comme la voix des esprits. Ce sont les poètes du 19e qui ont imaginé le personnage de la sirène Lorelei ; dont on voit plusieurs statues, l’une au bord du fleuve, l’autre en haut du rocher, d’où le panorama est stupéfiant de beauté. Notre bateau n’ira pas plus loin. Dans la nuit, alors que nous dormons, il fera demi tour et commencera sa remontée vers Strasbourg avec une ultime étape à Spire.

Cette ville est tout simplement splendide, surtout sous le soleil qui ne nous a pas quittés depuis cinq jours. Sa cathédrale est la plus ancienne du monde médieval et se dresse majestueuse et puissante au milieu des jardins, vigile et témoin de l’histoire de la vieille Europe, de sa grandeur et de son génie, cathédrale impériale qui comptait, à certaines époques, jusqu’à 70 ecclésiastiques et fut considérée par le poète Reinhold Schneider comme le bâtiment le plus sublime du sol allemand.. Sa construction remonte au Xe siècle et sa symétrie, sa structure, sa complexité architecturale de grande ampleur sont saisissantes. Sous la cathédrale, la crypte a plusieurs nefs suscite elle aussi l’admiration pour son étonnante harmonie. C’est ici que reposent une dizaine de rois et d’empereurs, ainsi que les impératrices Berthe et Béatrice et Agnès la fille de Frédéric Barberousse. Tout d’abord les empereurs saliques, puis les familles régnantes des Hohenstaufen, Habsbourg et Nassau, monuments qui étaient chargés d’une signification sacrale et attestaient de la pérennité du royaume et de l’empire. Ainsi s’achève une navigation dans le temps et l’espace et un environnement qui, tout en privilégiant l’avenir, a su sauvegarder son passé.

Spécialiste des Croisières Fluviales : CROISI EUROPE

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1 réactions à cet article    


  • Fergus fergus 5 juin 2009 15:13

    Bonjour, Armelle, et merci pour cette balade rhénane.

    Elle m’a rappelé une copine allemande de mon adolescence, une certaine Lore, elle aussi « mit goldenes Haar » (à la chevelure d’or) et qui, pour n’être pas une sirère, n’en nageait pas moins comme un poisson. D’où son surnom de « Wassernixe » (ondine)...

    Suggestion : après le Rhin, une petite croisière sur le Neckar pour découvrir la magnifique Heidelberg s’impose !

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