• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Voyages > Derrière la porte

Derrière la porte

Voyage intérieur

Intrusion fictive

Je ne puis regarder une porte fermée sans chercher à comprendre ce qui se cache derrière. Plus elle est vieille, plus elle porte les outrages du passé, des intempéries et des colères des hommes et plus elle me pousse à une intrusion fictive, une douce effraction dans un monde imaginaire. Nul n'est besoin de soulever la poignée ni même de toquer à ma curiosité, ce voyage-là ne peut-être qu'intérieur !

603896_10200099224906615_1990414731_n.jpg

C'est sur la toile que je vis une photographie de Jean-Louis Petrone. Immédiatement j'éprouvais le besoin d'un commentaire, d'une réflexion un peu bâclée comme il nous arrive souvent d'en faire sur ce média de l'immédiat. Je vous la livre telle quelle, il n'y a pas lieu d'en être fier. Elle eut pourtant le mérite de m'octroyer le privilège de pouvoir copier ce précieux document.

564871_10200300503338450_1182358096_n.jpg

« J’aime les portes closes, celles qui vous invitent au voyage intérieur. Combien de vies, combien de destins se sont succédés derrière ces couleurs délavées ? C’est une intrusion fictive, un rêve inoffensif. De la vérité, nous ne saurons rien. Ce n’est pas le but de notre voyage. Nous pénétrons en pensée ... »

540283_10200251531834193_2001285292_n.jpg

Derrière la porte je sais un homme seul, traînant sa fin de vie sans jamais en voir le bout. Il attend, assis sur une chaise bancale, les coudes appuyés sur une table de cuisine qui n'a pas été nettoyée depuis très longtemps. Entre une casserole et un verre de vin, il rumine ses tourments.

534440_10200294282622936_1961926876_n.jpg

Un veux chat lui glisse entre les jambes. Il vient se frotter, ultime présence qui lui soit consentie. Quelques miaulements, parfois le cadeau d'un ronronnement. Entre eux, les effusions sont aussi rares que les mots. Ils se savent présents, de cette évidence vient l'envie de continuer ainsi chaque jour à rester debout.

465094_10200186099878435_895201380_o.jpg

Derrière eux, une vielle pendule bat le rythme du temps qui n'en finit jamais. Un tic tac lourd et sourd, un rythme entêtant. C'est le seul bruit qui meuble l'intérieur de cet espace clos. La radio est un vague souvenir, la télévision n'a sans doute jamais franchi le pas de porte de ce lieu reculé de tout.

459075_10200194352724751_1717735291_o.jpg

Le sol est fait de terre battue à moins que ce ne soit de tommettes disjointes. C'est l'un des mystères que je ne veux élucider. Il a y bien longtemps qu'un balai n'a pris la peine de traîner sa misère et ses brindilles déplumées sur cet espace couvert d'une fine poussière. Pourtant, ni désordre, ni saleté, simplement les traces du temps qui s'étire !

304864_4574827051944_1022349904_n.jpg

Une lumière diffuse franchit péniblement le seuil d'une fenêtre borgne. Des rideaux en coton, souvenir d'une mère qui maniait le crochet avec virtuosité et amour. Une plante verte sur le le rebord, c'est elle qui capte ce qui passe de clarté entre les murs épais d'une bâtisse dans la pierre.

255412_4574823411853_2059982738_n.jpg

Un abat-jour perché au plafond : sa lampe jaunie offre le peu de clarté qui suffit au bonhomme pour regarder le temps qui s'efface. Perdu dans ses pensées, il n'attend personne depuis si longtemps qu'il a enfin cessé d'espérer une visite. Il a vécu seul ici. Nulle femme hormis sa mère n'a franchi cette porte. Tout est trop sombre, trop vétuste, trop éloigné de tout pour attirer en ce lieu une autre solitude.

15826_10200246395705793_829831992_n.jpg

Derrière lui, trois marches qui conduisent dans l'autre pièce, la chambre à insomnies. Un lit sur un sommier métallique, des draps de lin épais qui sont roides de n'être pas si souvent lavés. C'est tous les trois mois qu'une voisine vient mettre un semblant d'ordre et de soin en cette petite maison.

402810_4573622781838_1567159451_n.jpg

Mais la porte reste close. Je n'en saurai jamais davantage. Je me suis fait un film, un voyage imaginaire. D'autres possibles se proposent à votre interprétation. Mais faites comme moi, restez de ce côté ci de l'huisserie. C'est là que nos songes sont les plus beaux.

Huisseriement vôtre.

778820_10200531436871644_333838107_o.jpg

JPEG - 140.2 ko

 

Photographie de Jean-Louis Petrone

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.5/5   (8 votes)




Réagissez à l'article

26 réactions à cet article    


  • Vipère Vipère 4 février 2013 13:41

    Bonjour Nabum

     smiley Vous êtes sûr qu’il ne s’agit pas de la cabane au fond du jardin, celle où les mouches bourdonnent ...


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 14:32

      Vipère


      D’où les teintes verdâtres ! Merci, je n’y avais pas songer. J’écrirai un jour mes suvenirs de tintettes. Merci beaucoup pour cette excellente idée chère vipère qui persiffle au dessus de la fosse.

      • Brontau 4 février 2013 14:42

         Belle invitation, Nabum, au voyage... Immobile.

         Il ne coûte rien, ne salit rien ni personne, n’humilie ni ne corromp.

          Bien au contraire son ivresse silencieuse est un enrichissement et une incitation au renouvellement, au partage lorqu’on est généreux.


        • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 16:31

           Brontau


          Merci mon ami


          J’espère que les polueurs resteront derrière la porte. Point d’intrus pour ce modeste billet.

        • Vipère Vipère 4 février 2013 14:57

          Cher Nabum

          C’est du ressenti, livré tel quel « du bâclé » à l’état brut, pas de quoi en être fière !!!


          • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 16:33

             Vipère


            Du ressenti ? Un retour de souvenirs olfactifs ?

            Ne vous mésestimez pas chère vipère, vous avez du talent

          • TSS 4 février 2013 16:03

            Ayant été utilisateur,dans ma jeunesse,de ce qui se trouve en général derrière ce type

            de porte avec page de journal coupée en quatre,...j’apprécie... !!


            • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 16:36

               TSS


              Les journaux d’alors se pliaient volontiers à cet usage intime.

              J’ai le sentiment que certains d’aujourd’hui feraient mal à nos modestes céans. Les mots y sont brûlants, le texte acide, la posture partisane. 

              Nous avons besoin de douceur en ce moment précis

            • Vipère Vipère 4 février 2013 16:44

              On lisait certaines feuilles de choux, d’un séant distrait, notamment les articles dédiés au féminin, style, « faites vous belle sans dépenser, grâce au masque au concombre ».

               Une lecture interdite, laquelle privait de notoriété publique les foyers, à midi, d’une délicieuse salade au concombre !


              • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 16:56

                Vipère


                Je me souviens d’un journal au nom peu approprié pour l’usage secret qui nous préoccupe

                Hérisson était son nom et pourtant jamais eu une seule égratignure.
                Étonnant non ?

              • Vipère Vipère 4 février 2013 17:09

                « Hérisson »  ???

                Les portes en général, ont pour fonction de préserver une intimité des regards d’autrui ! Et l’imagination fertile de certains ne peuvent s’empêcher de braver les interdits, de s’introduire par effraction, au moins par l’imaginaire dans le secret de ce qui est supposé s’y produire, une forme de voyeurisme que tout un chacun possède, tapie, en lui et qui dans certaines circonstances...


                • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 17:15

                  Vipère 


                  vous voilà philosophe ou bien ethnologue de la tinette
                  je vous en félicite

                  Regardons à travers cette petite fente ...

                • Vipère Vipère 4 février 2013 17:36

                  La cabane est synonyme de cohésion et d’écologie ! rien de scatologique. Des planches en bois assemblées forme un espace fermée et le propriétaire décide de la destination qu’il veut donner à l’endroit !

                  C’est notre regard, nos souvenirs et nos fantasmes qui embellissent ou déforment cet espace dévolu aux activités humaines. 


                • Vipère Vipère 4 février 2013 17:40

                  Par la petite fente, on ne voit donc que ce qui a nourri notre imaginaire, les interdits qui nous ont été inculqués et qui nous ont construit femme ou homme !


                  • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 17:48

                     Vipère


                    La cabane est le lieu du rêve et des secrets, des peurs et des mystères. C’est un capharnaüm, un espacedédié au désordre, à l’absnece de mémange, aux toiles d’arraignée.
                    Pas d’électricité, seule la lumière du jour y pénétre difficilement.

                    C’est le jardin secret de celui qui se l’approprie. Elle se partage rarement.

                  • joelim joelim 4 février 2013 18:47

                    Il existe un très beau poster à ce sujet intitulé porte toscane qui trône depuis longtemps chez moi.


                    Une porte fermée emporte l’imagination qui peut gambader, du moins tant qu’on ne l’ouvre pas ou pire qu’on l’enfonce une fois qu’elle est ouverte. smiley 

                    • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 18:50

                      joelim


                      Une porte close ou bien une fenêtre entrouverte avec des rideaux au crochet

                      À chaque fois il me vient l’envie d’inventer des vies !

                    • Shawford Taubrouk 4 février 2013 18:49

                      rhôooooooo, j’arrive pas choisir la quelle smiley smiley smiley


                      • C'est Nabum C’est Nabum 4 février 2013 18:51

                         Taubrouk


                        Il est hors de question que je vous demande de prendre la porte !

                      • Shawford Taubrouk 4 février 2013 18:52

                        Just mercy smiley


                      • C'est Nabum C’est Nabum 5 février 2013 06:04

                        Taubrouk


                        C’est un plaisir

                      • C'est Nabum C’est Nabum 5 février 2013 06:06

                        SelenaOndirignee


                        Merci beaucoup

                        C’est pourtant un texte d’un seul jet
                        Une réponse immédiate à une photographie qui me fit réagir
                        Un cadeau à ce photographe
                        Un arbre planté ici

                      • ecolittoral ecolittoral 18 février 2013 11:14

                        A chacun son truc. L’auteur s’arrête au pas de la porte.

                        Je suis plutôt fenêtre avec jardinière, 
                        ruelles et fontaines, 
                        bancs publics et gamins jouant sur la place, 
                        pont ou j’observe ces belles truites dans une eau limpide, 
                        draps qui sèchent au soleil dans le jardin qui sent bon la rose et parle aux abeilles, 
                        rires, engueulades, musique, 
                        porte ouverte quand on est vivant et puis, un jour porte fermée, maison close...il est parti.

                        • C'est Nabum C’est Nabum 18 février 2013 11:22

                           ecolittoral


                          Je comprends votre désir de vie !

                          Mes portes fermées sont des portes ouvertes à l’imaginaire. Nous n’évoquons pas le même registre et c’est tant mieux. Nous nous enrichissons de nos différences !

                        • ecolittoral ecolittoral 19 février 2013 12:31

                          Biensûr Nabum ! C’est pour ça que j’ai plussé l’article et votre commentaire !

                          Chacun peut voir midi devant vos portes.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès


Derniers commentaires


Partenaires