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Accueil du site > Culture & Loisirs > Voyages > Tigre de santal

Tigre de santal

Entre les différentes régions de ce pays, rien ne se ressemble, tout est unique en son genre. Pierre Loti avait raison : « Mais rien n’étonne plus, en ce pays où tout devient toujours spectacle imprévu pour les yeux, fantasmagorie, changeant mirage » (L’Inde sans les Anglais, 1903).

Je prends une tasse de thé « Massala » et je songe à ce passé encore omniprésent à chaque coin de rue, ruelles à l’architecture coloniale, dans lesquelles mon regard se perd, s’abandonne tout en fumant une cigarette au clou de girofle. Je divague en observant les vagues s’éclatant sur la rade de Cochin. Soudain mirage, j’imagine comme un fantôme sortit d’un passé lointain, un navire de type galion, clipper jeté l’ancre dans la darse. Est-ce les volutes de ma cigarette, les effets du thé épicé ? fantasmagories.

Dans le doute de mes turpitudes, je poursuis inlassablement ma quête, à la recherche du savoir, l’esprit vierge, neutre, à la manière d’un Fakir, me libérant de tous principes superflus, stigmates clichés occidentaux. Je longe la plage de cocotiers, là où sont installées de multiples échoppes, vendeurs de poissons de fruits et légumes mais aussi de souvenirs pour touristes, bien loin du tumulte de la grande ville où règnent les buildings et l’urbanisme sans limites des quartiers d’affaires, du commerce, du business, des mégalopoles indiennes. Cochin cité portuaire aux nombreux clochers d’églises chrétiennes vestiges d’une époque, empreintes coloniales écrites par de nombreux voyageurs Portugais, Anglais, Hollandais puis Français installant leurs comptoirs pour le négoce des épices, du tabac, du bois sur l’axe maritime entre l’Occident et l’Extrême Orient. Ville de voyageurs ? ville d’aventuriers ? tout ceci appartient au passé désormais, pour laisser place aujourd’hui à l’import-export en tous genres, seules traces de cette glorieuse époque ; les nombreux entrepôts de la vielle ville du coté de Fort Kochi.

N’hésitez pas à vous perdre ici, entrez dans les entrepôts au milieu des senteurs d’épices de curcuma, de clous de girofles, de coriandre, mais surtout du poivre de Kochi l’un des meilleurs de l’Inde. Ici également tous comme à Mysore ou Periyar, l’encens y est en abondance dont les odeurs imprègnent vos vêtements, dans la moiteur et la chaleur de la ville. Vous souhaitez donc retrouver l’authenticité ? Embarquez au milieu des backwaters au plus profond de la région, là ou survie encore l’âme du Kerala. Larguez les amarres sur une maison flottante et laissez-vous bercer par le rythme de la rivière, au fil des rives, chemins bordants sur des kilomètres de rizières cachant derrière la végétation luxuriante, des maisons colorées sur pilotis laissant transparaître le quotidien des populations hospitalières, souriantes. Le temps se fige laissant place à la douceur de vivre entre chants, envols d’oiseaux tropicaux, migrateurs à la recherche comme les habitants, de la sérénité, de la plénitude, dans le silence d’une nature luxuriante. Assis dans un fauteuil cannelé aux accoudoirs de teck, à l’armature d’acajou, sur le pont en palissandre de ce navire unique, atypique, je songe au coucher de soleil à travers les volutes de bois de santal tout en fixant l’horizon, tout comme le capitaine de ce vaisseau dérivant à travers les méandres infinis, dans l’espoir d’y trouver un cap idéal évitant les mangroves et jacinthes d’eau, stagnantes, face à la proue. Mais que vient-on chercher ici ?

Ce qui n’existe plus ailleurs, disparu de certaines sociétés, civilisations, un sens de la réflexion, l’introspection, la quête du moi , effet de l’hindouisme, de l’exotisme, l’abandon à Shiva, Vishnou, très certainement méditation oblige votre esprit sera épris d’émotions de sensations inconnues auparavant, car on ne revient jamais indemne d’un voyage en Inde tout comme le disait un célèbre navigateur ; Vasco de Gama, faisant escale sur les côtes du Kerala à Calicut pour la première fois en 1498. Je me pavane dans le songe d’une nuit au Kerala loin, si loin de Paris, aux sons des Tablas, du Sitar, de la musique carnatique, à travers cette région symbolique de la civilisation indienne Dravidienne, n’aspirant qu’à une chose, que cela dure éternellement, puisqu’ici nulle part comme ailleurs, tout finit puis recommence dans une autre vie, destin éphémère, renaissance d’un Karma meilleurs, aux rythmes des volutes et des cendres de bois de santal des temples Hindous.        

PATRICK COMPAS Kérala Inde du Sud 

 


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2 réactions à cet article    


  • The White Rabbit The White Rabbit 4 octobre 15:33

    Le charme désuet de Kochi, sa vieille ville et les rock lobster sorties vivantes des chinese nets et juste grillées au feu smiley

    Le kerela est un état développé au tau d’alphabétisation sans comparaison avec le reste de la population . Le PC indien y tenait une part importante jadis.

    Varkala plus au sud vaut le déplacement comme kovalam et bien sur toutes les backwaters.

    A la pointe sud, kanyakumari ou se mélange les 3 mers est aussi un endroit magique.

    Par contre les plats sont parmi les plus épicés de la federation !


    • Pauline pas Bismutée 4 octobre 18:39

      Ah l’Inde… avant les guides touristiques et internet (et sans doute encore un peu après), un rêve éveillé, un trip sans drogue, une symphonie sans orchestre…ce pays ne m’a jamais vraiment quittée..

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