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Accueil du site > Culture & Loisirs > Voyages > Vlogueurs, Instagrameurs & Blogueurs présentent-ils un Pakistan en (...)

Vlogueurs, Instagrameurs & Blogueurs présentent-ils un Pakistan en trompe l’oeil ?

Des personnes remarquables ayant traversé notre vie habitent notre esprit pour le reste de nos jours. Mais, avec le temps qui passe, le souvenir des lieux visités s'estompe inexorablement. Pourtant, presque un an après mon retour d'un voyage au Pakistan, ce pays a envahi ma vie de façon insoupçonnable. Voilà maintenant huit mois que cette intrusion embarrassante se poursuit. C'est une expérience si intense qu'elle peut remplacer toutes les autres impressions que j'ai gardées de mon séjour sur place.

Vallée de la Hunza, un "Shangri-La" édénique

Aux confins pakistanais de l'Afghanistan et de la Chine

 

J'ai sillonné les vallées de la Hunza et de Chapursan, aux confins pakistanais de l'Afghanistan et de la Chine au cours de l'été 2018. Comme tous les visiteurs étrangers, j'y ai apprécié la puissante nature et la grandeur des paysages exceptionnels. J'ai été étonné par la gentillesse et le niveau d'instruction des habitants si différents de l'image générale que le Pakistan a encore à l'extérieur. J'ai rendu compte de ces surprises. J'en ai fait de nombreuses photographies et en ai écrit des articles. Une partie était en français. Une autre partie était en anglais. Certains d'entre eux sont présentés sur mes blogs. D'autres ont été publiés sur des médias locaux (Passu Times, Pamir Times) et en français sur Agoravox :

-  Quelques réflexions sur le développement d’un tourisme responsable et communautaire dans la vallée de la Hunza, Pakistan.

-  La Karakoram Highway, prototype du schéma colonial de la Nouvelle Route de la Soie ?

-  Le Grand Jeu : rencontre anglo-russe aux confins du Pamir, de l’Hindou Kouch et du Karakoram

J'ai récemment décidé de présenter les articles en anglais sur « Medium » sous le titre « Haute Asie, récits du Karakoram » (en anglais), afin d'améliorer leur partage international et d'aider les personnes intéressées par la région du Karakoram à y accéder.

Récits du Karakoram

Anges et démons de la Montagne Noire

Les sommets de la Montagne Noire

Chaque médaille a son revers. En mai 2019, j'ai été alerté par un habitant Reshit, un village de la vallée de Chapursan, au sujet du contenu d'une page Facebook publique. Voir « Hunza : anthologie du dragon de la montagne noire » (en anglais). Là, j'ai pu lire des avertissements inquiétants sur les Wakhis, habitants du Nord Pakistan, et spécialement sur ceux de la vallée de Chapursan. La soi-disant "lanceuse d'alerte" prétendait qu'il existait un complot entre les guides locaux, les agents de voyage et les étrangers pour abuser des femmes locales et agresser sexuellement toutes les voyageuses étrangères indépendantes. J'ai remis en question mes positives impressions personnelles. Aurais-je été berné ? Pourrais-je devenir responsable de l'envoi de personnes innocentes dans un piège lointain ?

Le complot s'est révélé être un plagiat de traditions et de légendes locales. Le résultat en était une sorte de scénario de soap-opera à la Bollywood, où les faits ont été remplacés par une forme de « littérature ». On en trouvait tous les ingrédients : exotisme, dieux, saints, escrocs, trafiquants, dragons, péchés, rédemption, mensonges, sexe, violences, crime, amour, passions, scandales, haine, vengeance etc. Mais pourquoi l'auteure présentait-elle cette fiction comme une expérience personnelle ?

Il s'agissait d'une résidente locale de la Hunza montagneuse qui venait des basses et lointaines plaines du Sud. Cette femme, Ramla Akhtar, alias Rmala Aalam, était confrontée à des troubles physiques et mentaux. Par ailleurs, de formation académique, elle n'avait pas réussi à faire coïncider ses modèles formels, qu'elle voulait imposer, avec une réalité qu'elle n'appréhendait pas. Mais, surtout, sa vie sentimentale était un naufrage. C'est ainsi que sa frustration, sa perte de repères, sa désocialisation et une xénophobie envahissante l'ont conduite à se radicaliser. (Voir Agoravox : "Pakistan : l’extrémisme comme conséquence de l’arriération ou comme crise de la modernité ?" ). Ce qu'elle présentait comme un avertissement de sécurité était en fait une « vendetta » d'une ampleur inhabituelle contre une minorité ethnique et religieuse. Plus j'examinais ce sujet, plus j'avais le sentiment de voir une version asiatique des affabulations de la française Myriam Badaoui. Je n'imaginais pas que j'allais, en plus, apprendre qu'elle était accusée de maltraitance infantile.

Bienvenue en enfer

J'ai détaillé mes observations dans un document. Craignant le développement de tensions religieuses, ethniques et xénophobes, comme cela s'est produit dans la proche vallée de Swat, je l'ai envoyé à l'ambassade de France à Islamabad et à l'ambassade du Pakistan à Paris. Bientôt, mon texte s'est vu complété de commentaires détaillant les services que Ramla Akhtar exerçait à l'égard de son enfant. Ces témoignages venaient de gens que je n'avais jamais rencontrés, avec lesquels je n'avais aucune communication personnelle et dont je ne connaissais pas le nom.

L'auteure instable est devenue une harceleuse enragée. J'ai été diffamé sur ses pages Facebook, où je me suis trouvé ajouté dans de nouveaux chapitres de sa sombre fable. J'ai été victime de calomnies dans la rubrique "revue" de mes pages Facebook professionnelles. J'ai été insulté et provoqué dans ma boîte aux lettres personnelle. La liste de mes clients a été partagée avec recommandation, pour ses "followers", de prendre contact avec eux afin d'expliquer à quel point j'étais un criminel. C'était une situation pénible. Elle est devenue plus compliquée lorsque cette personne s'est déplacée sur Twitter et a également répandu des dénonciations calomnieuses auprès des autorités françaises, pakistanaises et russes (!), des ONG, de la police, d'Interpol et de différentes personnalités, Metoo notamment. J'ai déposé une plainte auprès du Procureur de la République. J'ai obtenu le soutien de l'Agence nationale française contre le cyberharcèlement. J'ai envoyé une mise en demeure à cette tourmentrice. Tout ceci sans aucun résultat. Finalement, en février 2020, après plus de 1000 publications outrancières, Twitter a suspendu son compte pour usurpation d'une identité, la mienne, et harcèlement. La cyberdélinquente a, immédiatement, réactivé un ancien compte, @BarefootRaRa, pour continuer sa campagne de nuisance.

Profils Twitter d'une cyberharceuleuse

 

Il n'est pas possible de se prémunir contre ce type de délinquance numérique distante.

Je serais un citoyen pakistanais, je pourrais probablement lancer des actions en justice. Les avocats consultés suggèrent que la délinquante vivrait dans notre pays, je pourrais obtenir un jugement en référé avec amende, et même peine de prison en cas de récidive. Il en serait vraisemblablement de même aux États-Unis ou dans un autre Etat européen. L'agresseur étant basé au Pakistan et la victime se trouvant en France, il existe un espace de non-droit pour cette forme de cybercriminalité. C'est un élément à prendre en compte si on se décide à écrire honnêtement sur un pays comme le Pakistan.

Ramla Akhtar ne se limite pas à Facebook et à Twitter. On peut lire un commentaire "d'alerte" sur le blog de voyage d'Alex Reynolds (dont on reparlera plus tard), où elle se fait encore passer pour une touriste. Elle a publié un article sur "Medium" contre la famille et la communauté objet de ses attaques, là encore se présentant comme une touriste. J'ai, heureusement obtenu des administrateurs que ce papier soit enlevé. Ce n'est pas tout. Elle a aussi fait un site usurpant l'identité de la "guesthouse" de la famille de ses victimes pour y placer un avertissement diffamatoire en guise de répulsif contre les visiteurs. Nous voyons donc l'exemple d'une fausse touriste émettant sur différents supports des avis mensongers détaillés et alarmants concernant les conditions d'accueil des visiteurs étrangers dans le Nord du Pakistan. Mais le cas inverse est encore plus fréquent. Il existe un nombre plus important d'intervenants sur les réseaux sociaux, qui donnent une vision exagérément enthousiaste, voire imprudente, du tourisme dans ce pays.

Audience conquise d'avance, support commercial et étatique, le Pakistan est le paradis des influenceurs

Un environnement particulièrement favorable à la création d'une audience

Le Pakistan est devenu un nouvel eldorado pour les vlogueurs (video-blogueurs) et Instagrameurs de voyage, en particulier les jeunes femmes physiquement avenantes. Les "travel vlogueuses" jouissent d'un nombre de fans très supérieur à ce qu'elles pourraient espérer dans des contrées où la séparation des sexes est moins marquée.
C'est la garantie d'arriver au statut envié "d'influenceuse". Ces juvéniles étrangères fascinent les hommes pakistanais vivant dans une société connaissant une forte ségrégation homme/femme. Si on lance une requête Google, par exemple, sur la polono-britannique Eva Zu Beck (465 K abonnés) ou la canadienne Rosie Gabrielle (304 K abonnés) on constate que les premiers mots suggérés par le moteur de recherche sont : "nationality", "husband", "age", "married", "illness", "birthday", "height", "religion". Le mot "travel" (voyage) n'est pas mentionné. On imagine facilement les fantasmes que véhiculent ces jeunes femmes. En conséquence, la plupart de leurs abonnés ne sont pas des visiteurs étrangers. Ce sont des hommes pakistanais. Ainsi, pour rester au top, les vlogueurs (vlogueuses) et Instagrammeurs (Instagrammeuses) ne rapportent aucune expérience négative sur le pays. Cela nuirait à leur entreprise. Il est important de livrer ce que leur public attend, à savoir un message flatteur. C'est le prix à payer pour être un "influenceur".

Bien entendu, le charme est mis à contribution même s'il s'agit d'une forme d'exhibitionnisme soft. Sur sa chaîne Youtube, l'américaine Jordan Taylor (521 k abonnés), présente de nombreuses vidéos d'elle-même en bikini. Ces images apportent certainement une contribution importante à sa large audience et à, paradoxalement, son statut de VIP dans un Pakistan ultra-puritain. Dans ce défilé de prétendantes, un homme émerge. Il s'agit de l'américain Mark Wienns qui a plus de 5,6 millions d'abonnés. Mais il est spécialisé dans les gastronomies du monde. Il est le seul des quatre premiers a apporter véritablement une forme de valeur-ajouté et de valorisation des savoir-faire locaux. Il a dix fois plus d'abonnés que la numéro deux, Jordan Taylor.

Mark Wienns Jordan Taylor Eva Zu Beck Rosie Gabrielle
5 620 K abonnés 521 K abonnés 465 K abonnés 304 K abonnés

Largement au-dessous des quatre premiers, le néerlandais Huub van der Mark, comme les autres vlogueurs se met en scène. Il a le mérite de raconter des histoires qui se rapprochent, par moments, de ce qui pourrait être de l'aventure. Il a, vraisemblablement, le seul défaut de ne pas être une jeune femme, ceci expliquant le fait qu'il ne franchisse pas la barre des 100 K abonnés. Les trois vlogueuses suivantes n'ont probablement pas assez investi sur le Pakistan pour atteindre les scores d'Eva Zu Beck ou de Rosie Gabrielle. C'est pourtant là que l'australienne Brooke Saward, comme l'allemande Travel Comic et la britannique Elie Quinn, y réalise ses meilleurs scores en terme de visionnage, à l'exception de la vidéo de sa lune de miel aux Maldives, où elle fait concurrence à la dévoilée Jordan Taylor... Elle a quand même le mérite d'annoncer la couleur dans un clip : "Comment être payé pour voyager ?" 

Huub Van der Mark Brooke Saward Travel Comic Elie Quinn
98 K abonnés 76 K abonnés 41 K abonnés 22 K abonnés

Les quatre (cinq en fait) vlogueurs pakistanais qui se distinguent, à l'exception des Scooty Girls, n'entrent pas réellement dans le domaine concernant le voyage pourtant, ils sont dignes d'intérêt. Mubashir Siddique réalise lui aussi des vidéos sur de gastronomie. Il s'intéresse à celle des campagnes. Il s'exprime en ourdou ainsi que les deux suivants. Faisal Warraich met en ligne des thèmes d'histoire. Comme Siddique, il dépasse le million d'abonnés. Le très jeune Zain Ul Abadin raconte la vie de son village avec un grand succès d'audience. Voilà un témoignage qui prendra certainement de la valeur au cours des décennies à venir. Dans un classement général, il viendrait juste derrière la médiatique Rosie Gabrielle. Quant aux Scooty Girls, elles intéressent peut-être les jeunes filles pakistanaises qui rêvent d'évasion, mais leur diffusion est beaucoup plus confidentielle.

Mubashir Siddique Faisal Warraich Zain Ul Abadin Scooty Girls
1 730 K abonnés 1 300 K abonnés 253 K abonnés 2 K abonnés

Voir en annexe la liste des liens et l'audience des comptes de ces différents influenceurs sur les réseaux sociaux Youtube, Instagram, Facebook ainsi que leurs blogs, le cas échéant. 

Un support commercial et étatique facilitant la création de contenu

Les autorités et les entreprises nationales pakistanaises voient chez les vlogueuses étrangères un outil de relations publiques efficace dans leur souhait de créer une nouvelle image pour le pays. Le tourisme est devenu un enjeu critique pour une nation qui a besoin de faire entrer des devises étrangères ainsi que de fournir du travail à une population en croissance soutenue. Le Premier-ministre Imran Khan en a fait une de ses priorités, dès son entrée en fonction. "Sous Imran Khan, le Pakistan prévoit de stimuler le tourisme pour créer des millions d'emplois". La communication sur ce sujet est encadrée et organisée, de façon très moderne et probablement rationnelle économiquement. En avril 2019, à Islamabad, s'est tenu le premier rassemblement des vlogueurs nationaux et internationaux (Pakistan’s First Vlog Summit 2019). L'article de promotion qu'en faisait "Propakistani" mérite d'être examiné. On note que toutes les trois photos et la vidéo insérées représentent la vlogueuse américaine Jordan Taylor. Pour un pays où règne le patriarcat, on ne voit aucune image masculine dans cet article. Il était annoncé : "c'est le moment idéal pour le Pakistan de présenter sa véritable image de lieu paisible, beau et convivial pour le tourisme et, surtout, un endroit où chacun peu voyager en toute sécurité." A nouveau il était rappelé : "Le forum se concentrera sur le fait que le Pakistan est pays où l'on peut voyager en sécurité, en particulier pour les personnes qui viennent avec leur famille." On reviendra sur cette sécurité par la suite.

Ramla Akhtar, Rmala Aalam - En avril 2019, à Islamabad, s'est tenu le premier rassemblement des vlogueurs nationaux et internationaux (Pakistan’s First Vlog Summit 2019). La présentation qu'en faisait "Propakistani" mérite d'être soulignée. On note que les trois photos et la vidéo insérées représentent la seule vlogueuse étrangère Jordan Taylor.
Jordan Taylor guest star du Vlog Summit 2019 à Islamabad
Photos à Tawain, en Egypte et en Inde

Dans son compte-rendu de l'événement, Alpha Pro, l'organisateur, explique que les exposés se sont concentrés sur la façon dont "un vlog peut être utilisé pour influencer l'opinion des masses". Huit mois après le sommet, le britannique Condé Nast Traveller titrait que le Pakistan est en tête de liste des meilleures destinations de vacances 2020.

Une mise en scène déraisonnablement optimiste

Censure et excès de zèle

L'américaine Alexandra Reynolds n'est pas une vlogueuse ordinaire. C'est, au contraire, une blogueuse, de référence sur le Pakistan. Elle a, par ses écrits issus d'expériences vécues en véritable voyageuse indépendante, largement contribué à y développer le nombre de visiteurs étrangers, car il n'existe pas de guide de voyage international pour ce pays. Pourtant, elle a vu son intervention supprimée dans les quelques heures qui précédaient sa présentation au "Vlog Summit 2019" ainsi que cela est raconté dans cet article. "Nous devons être honnêtes, le Pakistan n'est pas un pays où il est facile voyager : Alex, la blogueuse de voyage"Un des thèmes majeurs du forum était la sécurité. Alex voulait en parler, de façon qualifiée. Elle a été censurée. Elle s'en est expliqué dans une vidéo. Il est intéressant de prendre connaissance des commentaires masculins, particulièrement agressifs qui ont été rédigés sous sa présentation.

Pourquoi le discours sincère d'Alex Reynold n'est pas accepté, alors que son blog est précieux pour tous les voyageurs étrangers au Pakistan ? 

Sur Facebook, bien qu'il s'agisse d'une observation largement partagée, une autre blogueuse a été sévèrement mise en cause pour avoir mentionné le peu de femmes qu'elle voyait à l'extérieur. D'un autre côté, une influenceuse, dans son souhait de dépasser les attentes de son public, a présenté le Baloutchistan, une région agitée de soulèvements et de violences islamistes comme un paradis sûr pour les voyageuses en solo. Cette fois, elle a quand même eu le droit à des sarcasmes de la part de Pakistanais.En réalité ces vlogueurs qui se présentent comme des voyageur(e)s indépendant(e)s arrivent peut-être seul(e)s dans le pays. Mais ils (elles) jouissent, sur place, de supports matériels voire financiers. Leur sécurité est assurée, souvent, par des gardes armés, quand ils (elles) ne bénéficient pas de voyages organisés à leur seule intention. La réalité d'un véritable itinéraire réalisé en indépendant n'est pas celle, glamour, présentée par les influenceurs.

Course au nombre d'abonnés (notoriété, revenus publicitaire) soucis de plaire à leurs commanditaires (rendant le voyage possible, voire rémunérateur) voilà de quoi produire un contenu "consensuel" plus ou moins trompeur.

Quand ce qui se prétend un récit de voyage n'est plus qu'un clip publicitaire sponsorisé

 

Prendre conscience des tensions souterraine contraires à l'ouverture

La vision glamour projetée par les influenceuses peut conduire à une mauvaise perception de la complexité du pays. Elle empêche d'ignorer d'autres tensions opposées, profondément enracinées. Voir cet article de l'AFP publié sur Gulf News : "Les critiques disent que les blogueurs de voyage étrangers ne brossent pas un tableau complet et honnête du Pakistan"

… Les critiques avertissent que leurs filtres roses (des blogueurs de voyage) sont irresponsables et vendent une image inexacte d'un pays conservateur marqué par le militantisme.
"Tout ce discours " Tout est merveilleux au Pakistan "est tout simplement irresponsable", révèle June, une Britannique indignée de 51 ans.
« Cela me met en colère de voir des Blancs nous représenter. Nous n'avons pas complètement fini avec notre gueule de bois post-coloniale », explique Zaman.

Le Pakistan est une terre de contrastes avec différentes ethnies, tribus et sectes religieuses, sans même parler de l'écart entre les citadins et les non-urbains ou entre les gens des plaines et ceux des montagnes. Si l'étranger rencontre un problème, les positions seront plus déterminées par ces paramètres sociaux que par la quête de la vérité. Si une fable est construite, comme étant un scénario plus ou moins plausible, elle sera accepté sans aucun contrôle. Nous devons oublier notre cartésianisme ou notre rationalisme occidental et les efforts que nous faisons pour collecter des preuves documentées avant d'exprimer nos conclusions. Dans une situation difficile, il faut s'attendre à ce que les opinions soient exprimées après que les contradicteurs aient fait appel aux émotions et aux pulsions. Ainsi, parmi le millier de tweets calomnieux auxquels j'ai été confronté, pas un seul n'a été remis en cause. Lorsque j'ai essayé de donner calmement des informations aux personnes qui retweetaient ou "likaient" ces agressions, les réactions étaient hostiles et source de nouvelles calomnies. Twitter est devenu une opportunité qui a permis d'avoir une idée des tensions et des rancœurs qui hantent l'arrière-cour pakistanaise derrière la façade dont on procède au ravalement et malgré la quête de ses citoyens souhaitant obtenir la reconnaissance internationale à laquelle ils aspirent.

Promouvoir des visuels plus ou moins sexués et une forme de réussite dans des pays où les femmes sont tenues cachées et où les citoyens aspirant à voyager ne peuvent accomplir ce rêve par manque de moyens est source de danger. Les ingénues vlogueuses ne mesurent pas nécessairement que leurs appâts sont visionnées par des millions d'internautes dont elles excitent les frustrations, les fantasmes de volupté facile et les rancoeurs. Elles peuvent alors se transformer en proie dès lors qu'elles ne jouissent pas d'une protection armée comme lors de la réalisation de leurs clips de promotion pour le Pakistan. C'est la traumatisante expérience vécue en Inde par l'américaine Jordan Taylor. C'est encore, une fois, les sages conseils de prudence donnés par la blogueuse Alex Reynolds que l'on veut ignorer.  

Un scepticisme et une prudence de bon aloi sont de mise.

Garder en tête que le Pakistan est bien loin d'être unanimement évalué comme la première destination touristique du monde

Le Pakistan est encore considéré comme le 11e pays le plus dangereux du monde. Il abrite 12 organisations terroristes reconnues. Pour le Ministère des Affaires Etrangères français seule la capitale, Islamabad, est accessible en vigilance renforcée. Les autres régions sont déconseillées sauf raison impérative quand elles ne sont pas formellement déconseillées.

Ramla Akhtar Ramla Aalam - Pour le Ministère des Affaires Etrangères français seule la capitale, Islamabad, est accessible en vigilance renforcée. Les autres régions sont déconseillées sauf raison impérative quand elles ne sont pas formellement déconseillées.
Sécurité au Pakistan selon le MAE français

 

Ne pas sous-estimer la complexité de la société pakistanaise

L'étranger rencontre des personnes très accueillantes qui auront à cœur de faire bonne impression. Ces gens prendront soin de lui. Ils l'inviteront pour le thé, voire le déjeuner et le dîner. Ils seront cordiaux sans arrière-pensée. L'étranger profitera d'une des plus belles hospitalités du monde. On lui demandera à plusieurs reprises et sans fin "Que pensez-vous du Pakistan ?", même lorsqu'il voudra profiter tranquillement d'un sublime paysage, d'un beau crépuscule ou d'un magnifique lever de soleil. Cependant, dès qu'un désaccord apparaîtra, il fera, plus qu'ailleurs, l'objet d'accusations de racisme, de doubles standards, de colonialisme, de suprématisme blanc voire de séparatisme.

Il serait faux de croire qu'il existe une frontière claire entre l'intégrisme et tous les « gens normaux ». Les deux tendances sont souvent mélangées en profondeur. L'intégrisme peut être juste un signe de retard ou, plus exactement, de domination masculine. Mais cela peut, tout aussi bien, être le sous-produit de la modernité. Des éléments de radicalisme islamique sont partagés par de nombreux hommes instruits et, de manière surprenante, par de nombreuses femmes également. D'une même personne, il est possible d'entendre des considérations sociales avancées marchant de pair avec un discours ultra-réactionnaire. La naïveté n'est pas de mise. S'il convient de respecter son interlocuteur, il ne faut pas se projeter en lui. En aucun cas, il ne peut être le miroir de l'étranger même s'il l'appelle sincèrement « frère » ou « sœur ». Il est utile de se souvenir que lui et l'étranger n'ont pas la même histoire personnelle et n'ont pas grandi dans le même cadre social. Des mots ou des expressions, même si certains ressemblent à des positions très acceptées ailleurs, peuvent être source de graves malentendus, ou être déformés dans un sens volontairement inacceptable en vue de créer des fake-news à charge.

Enfin et surtout, il est nécessaire d'être clair dans sa démarche. Ici plus qu'ailleurs, on y vient pour apprendre et non pas pour comparer. On ne s'y déplacera pas comme un touriste, mais comme un voyageur responsable. On y recherchera la différence en tentant d'y décerner en quoi elle pourrait nous enrichir.

Sauvegarder sur Pinterest

Des personnes remarquables ayant traversé notre vie habitent notre esprit pour le reste de nos jours. Mais, avec le temps qui passe, le souvenir des lieux visités s'estompe inexorablement. Pourtant, à cause de Ramla Akhtar, alias Rmala Aalam, presque un an après mon retour d'un voyage au Pakistan, ce pays a envahi ma vie de façon insoupçonnée. Voilà maintenant huit mois que cette intrusion embarrassante se poursuit. C'est une expérience si intense qu'elle peut remplacer toutes les autres impressions que j'ai gardées de mon séjour sur place.

ANNEXES

Comptes Youtube et Instagram des influenceurs médiatisant le Pakistan (04/03/2020)

YOUTUBE   INSTAGRAM  
Compte Abonnés Compte Fans
Mark Wienns 5 620 K migrationology 1 000 K
Mubashir Siddique 1 730 K villagefoodsecrets 17 K
Faisal Warraich 1 300 K im_faisal_warraich 1 K
Jordan Taylor 521 K travellight21 43 K
Eva Zu Beck 465 K evazubeck 439 K
Rosie Gabrielle 304 K rosiegabrielle 207 K
Zain Ul Abadin 253 K zainrajputofficial 21 K
Huubvander Mark 98 K huubvlogs 6 K
Brooke Saward 76 K worldwanderlust 589 K
Travel Comic 41 K travelcomic 13 K
Elie Quinn 22 K thewanderingquinn 31 K
Alex Reynolds 6 K lostwithpurpose 56 K
Scooty Girls 2 K scooty_girls 1 K
Saresha  ? diaryofseresha 3 K

 

Comptes Facebook et blogs des influenceurs médiatisant le Pakistan (04/03/2020)

FACEBOOK   BLOGS
Compte Likes  
Migrationology 1 200 K migrationology.com
Village Food Secrets 127 K  ?
Dekho Suno Jano 29 K jano.pk
Travellight 25 K  ?
Eva zu Beck 494 K evazubeck.com
Rosie Gabrielle 254 K  ?
Zain Ul Abadin 9 K  ?
Huub Vlogs 2 K huubvandermark.com
World of Wanderlust 589 K worldofwanderlust.com
TravelComic 13 K travelcomic.com
The Wandering Quinn 1 K thewanderingquinn.com
Lost With Purpose 24 K lostwithpurpose.com
Scooty Girls 4 K  ?
Diary of Seresha 8 K  ?

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4 réactions à cet article    


  • rita rita 8 mars 08:43

    L’enfer de leur religion suivant les castes ?

    Déplorables croyances qui brutalisent les peuples !


    • Bernard Grua Bernard Grua 8 mars 12:21

      @rita Bonjour Rita, Merci pour votre commentaire. Le Pakistan est principalement une société musulmane. Des lors, on ne peut pas parler de castes. En revanche, il existe des formes de ségrégation à l’egard des minorités ethniques et religieuses. Dans certains cas, la ségrégation est d’ailleurs dépassée. On peut véritablement parler de persécution. Mais ce n’est pas l’objet de ce papier. Ici, on a plutôt cherché à s’interroger sur l’usage des réseaux sociaux pour promouvoir une « nouvelle » image du pays en en montrant les succès mais aussi le potentiel de désinformation et les risques soulevés. Quoiqu’il en soit, et j’ai conscience du parti pris, il existe partout des enseignements à retenir. Le voyage ne peut pas se contenir à effectuer des comparaisons, généralement en défaveur du lieu visité. D’autant que, même dans les endroits qui nous semblent les plus reculés, le monde evolue très rapidement. Il y a des merveilles à découvrir avant qu’elles ne disparaissent. Pour cela, il nous faut sortir des sentiers battus en agissant avec discernement.


    • rita rita 8 mars 14:29

      @Bernard Grua
      Désolé j’ai appuyé sur le moins ?
      +++++


    • Bernard Grua Bernard Grua 8 mars 15:28

      @rita Aucun problème. Merci de votre intérêt et d’avoir exprimé votre point de vue.

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