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VOYAGE EN TCHÉCOSLOVAQUIE (8) / De la Porte de Bourgogne à la Forêt-Noire

Roppe. Quitter l’autoroute redevenue payante pour vingt-six petits et mesquins kilomètres (ça ne va pas arrêter d'augmenter !). Les vieilles maisons massives avec, à côté, sous un même toit, les gens, les bêtes, la grange, la remise, évoquent l’habitat traditionnel de ces pays car même entre Bourgogne et Alsace, les larges auvents contre la neige parlent aussi du Sundgau, des Vosges, de la Forêt-Noire, du Jura d’un temps où le climat n’était pas tourneboulé comme aujourd’hui. Sauf que le village ne sent plus bon la bouse…

M’en veuillez pas pour ces vieilles impressions qui ne veulent pas mourir, avec papa conduisant la Dauphine ou la 403, la tente « Cabanon » sur la galerie ou la caravane « Digue » derrière… La descente en sortant de Besançon, les toitures-capuches des fermes : deux marches vers l'Europe centrale et devant, le grand Est des pays slaves...
 
Ah, la portion droite de la vieille nationale bordée par les gros et vieux peupliers ! Le pré spongieux au bas de cette côte où nous avions pris une cigogne en photo ! Souvenirs, impressions bucoliques liées à l'agriculture généreuse de l'Alsace, l'opulence des maïs, les branches chargées de prunes et de pommes, la gadoue de pissat et de bren sur le chemin des vaches, la réclame pour la potasse... 
Burnhaupt-le-Haut, Burnhaupt-le-Bas. Des dénominations qui nous rappellent l’oncle Pierre qui, à quarante ans passés s’est retrouvé en première ligne du front de 14-18 dans le Sundgau. 

Mais la fatigue, la monotonie de l’autoroute à nouveau libre accablent. Pas question de rallier le prochain parking à 20 kilomètres : arrêt et nuit au centre de Lutterbach, 12 kilomètres plus loin, devant un mini-city-market d’une enseigne connue et bien française à l’origine, du moins de nom.  
 
2h du matin. 359 kilomètres parcourus.

Lundi 30 juillet 2018. 8h 30. Mulhouse. La forêt de la Harth avec, au-dessus de l’autoroute, les ponts végétalisés pour le passage du grand gibier. Ils ont le mérite d’avoir fait partie du projet dès l’origine et l’impression reste forte pour un languedocien ne connaissant à l’époque, que le petit gibier (le sanglier était rare alors !) et une ouverture de la chasse sans gestion. Je dis toujours « Chalampé » alors que le poste-frontière d’alors est un peu au-dessus de la jonction autoroutière qui s’achève, côté français avec une limitation à 10 à l’heure ! l’appareil photo n’était pas à portée… Dommage !
 
Deutschland ! 4ème puissance mondiale et un écart, économiquement parlant, qui se creuse avec une France (7ème) qui se voudrait plus un pays de profits et de dividendes que le foyer qu’elle fut, d’un peuple solidaire. « Un pognon dingue ! » déplore un Macron voulant aplanir et rabaisser les retraites comme chez Angela natürlich… où de plus en plus d’Allemands sont obligés de travailler pour compenser (montant souvent inférieur aux 1100€ théoriques de retraite moyenne)[1] ! Diantre, on se croirait aux States ! 
 
Freiburger_Münster Wikimedia Commons Author Oberth Permission GFDL-self
 
Freibourg-in-Brisgau : la cathédrale fait harmonieusement pendant à celle de Strasbourg en Alsace, ville verte aux énergies naturelles, se traverse facilement en direction du Titisee puis d’Ulm. 

Du tourisme a minima pour compenser l’impérative migration.

Hirschsprung Wikimedia commons Author photograph Frank C. Müller Baden-Baden
 
Hirschsprung Wikimedia commons Author Rauenstein
 
9h 30 – 10h 20. Petit-déjeuner en bas du Hirschsprung, un classique « saut du cerf » fuyant le chasseur. Comme chez nous, la voie ferrée de service local aurait été abandonnée. A-t-elle eu le même destin que d’autres sur la ligne, rachetées par les municipalités, transformées en charmants restaurants ? 

L’impeccable et doux ruban de la route aboutit entre des croupes boisées coupées par la courbe de niveau des vertes prairies. Çà et là, de grosses fermes abondamment fleuries de géraniums, aujourd’hui cossues mais témoins d’une vie jadis rude où bêtes et gens cohabitaient, où seul le cadet héritait[2]. Sur les cartes postales typiques d’antan, rouges comme les géraniums, les gros pompons des Bollenhut, littéralement « chapeaux à boules » des jeunes filles à marier. Le Schwarzwald ce sont aussi les sources thermales, les coucous qui sonnent les heures, le gâteau gourmand relevé de cerises confites, le jambon sec et, moins connu, le cheval de la Forêt-Noire, un trait de travail en montagne, alezan aux crins lavés comme le Comtois, mais plus petit, moins lourd. 

De trop parler nous fait rater la route du lac Titi « -see » à ne pas confondre avec le « -caca » du Titi des Andes…
 
[1] Un reportage récent atteste qu’il vaut mieux être retraité en Autriche ou aux Pays-Bas et pour ceux qui croient encore que nous sommes des Français privilégiés, à en croire une étude américaine, nous ne faisons pas partie des 5 meilleurs en Europe (dont la Grèce en première position !) ! 
Il n’y a pas que de l’ivraie à la télé mais quand un invité-intervenant a comme justifié le prix élevé des péages chez nous en prétendant qu’en Allemagne, ce sont encore les plaques bétonnées qui usent tant les pneus, pour avoir parcouru près de 800 kilomètres, je ne peux que m’inscrire en faux. Ajoutons que de même les trois dizaines de kilomètres en travaux avec 2,20 m pour la voie la plus étroite sont particulièrement étudiés pour fluidifier au maximum la circulation…  
[2] Les frères et sœurs recevaient l’argent et avaient le droit de rester à la ferme comme domestiques.

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