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Klapisch, le réalisateur sage

Cédric Klapisch était l'invité de L'Agora, la tribune étudiante de l'EDHEC

Cédric Klapisch est un homme posé. Pondéré. Il promène son regard paisible sur les visages qui l’écoutent et le questionnent. Il laisse sa pensée endosser les mots justes, puis, tranquille, confie ses observations.

 

Très vite, son discours se singularise. Après avoir revu son cursus à la hâte, on lui découvre le goût des petites choses. De ces petits riens qui épaississent puissamment la signification du tout. Des caméos, par exemple : « [Cela] permet de signer le film. Comme un peintre qui, sur chaque tableau, va signer de sa main. Je mets ma tête avec l’âge que j’ai. » Il raconte aussi comment, d’anecdotes ou de petites observations, il a puisé des films entiers : aussi tout Paris serait-il construit pour encadrer les visions amères de Romain Duris dans le taxi. Puis il insiste sur l’importance des clichés dont ses films sont garnis. Les clichés seraient parties de nos vies : tout le monde désire l’envolée de violon, ou le baiser. Les bannir par raffinement serait se mentir. Il se détache ainsi d’un cinéma d’auteur qu’il juge trop cérébral. Est-ce la le juste milieu qui fait les grands cinéastes ? « Je me sens pas au niveau des réalisateurs que j’aime, répond-il sans ambages. Entre un bon film et un grand film il y a un écart. Mais cet écart me permet de continuer.  »

 

La santé du cinéma francais

Qu’on aborde des sujets plus délicats, plus sociaux, plus politiques, et l’on découvre alors un Cédric Klapisch engagé. Son ton s’affermit quand il aborde la rémunération des acteurs : « Les acteurs trop payés sont trop payés. Les gens trop payés sont trop payés. Mais 99% des acteurs ne sont pas assez payés. » D’ailleurs, il pointe in globo une « paupérisation outrancière » du cinéma français et redoute, pour l’avenir, de vrais problèmes de financement. Les chaines de télévisions qui, grâce à l’impulsion donnée par Malraux au Centre National du Cinéma (CNC), étaient astreintes au financement des productions françaises, tendent à se désengager de cette mission. Or la production cinématographique est onéreuse – au moins un million d’euros pour un petit film – et risque, si les politiques ne trouvent pas d’alternative viable, d’être amoindrie de beaucoup. Ne serait-ce pas toutefois un mal pour un bien ? Ne produit-on pas en France trop de mauvais petits films ? A cette idée reçue, Klapisch répond que l’industrie cinématographique est la deuxième du monde, qu’elle nourrit de nombreux professionnels, et que les mauvais films permettent aussi de la faire vivre. « On fait des bons films parce que, parfois, certains font des mauvais films. Il faut faire confiance au côté illogique du cinéma, ce n’est pas une industrie ou un commerce comme les autres.  »

 

Rôle social du grand écran

De surcroit, le cinéma n’est pas qu’une industrie de loisir. Le réalisateur insiste en effet sur le rôle éducateur du grand écran. S’il ne soutient pas le cinéma partisan, il souligne sa capacité à montrer des situations qui éveillent la réflexion personnelle. N’est-ce pas la le propre de l’art ? Et s’il concède avec tristesse qu’il ait pu inspirer des actes de violences tels que la tuerie d’Aurora, il rappelle que la violence dans un film opère sur le spectateur une catharsis, qui protège la société en déplaçant ses pulsions dangereuses dans l’univers fictionnel.

 

Casse-tête chinois

 Pour autant le prochain film du réalisateur, Casse-tête chinois, attendu pour le 4 décembre, ne semble pas chargé d’une grande puissance cathartique ! Le film, qui est en ce moment au montage, reprend la suite de L’Auberge espagnole et des Poupées russes. Huit ans plus tard, c’est donc avec le sourire que Cédric Klapisch nous invite à venir retrouver Xavier, marié puis séparé de Wendy, avec leurs dans enfants, dans le grand imbroglio new-yorkais…

 

Augustin Formery


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