Décidemment, Monsieur le Maire d’Argenteuil, Georges Mothron, aime bien se faire remarquer pour des actes que nous qualifierons de malheureux, voire de complétement stupides. Cette ville se vide petit à petit de ses classes sociales (plusieurs familles étant relogées sur Mantes-la-Jolie) grâce à une politique urbaine baptisée gentrification (de l’anglais « gentry », classes bourgeoises en Grande-Bretagne). Ainsi le quartier des Coteaux a vu ces dernières années l’arrivée de familles de classes supérieures, cela entrainant une flambée des prix. Le quartier d’Orgemont devrait bientôt suivre le même processus. Mais le Val d’Argent et sa dalle vont tout de même subir une réhabilitation (grâce au passage de Sarkozy lors de la campagne électorale ?)...
Mais ce qui irrite le plus Monsieur le Maire, ce sont les nomades de toutes sortes. Ainsi avait-il pris il y a deux ans des arrêtés anti-mendicité qui faisait mention de la gêne occasionnée par les odeurs des SDF... Cet arrêté avait été cassé par la préfecture, mais les autres sont toujours en cours. Aujourd’hui, la mairie se fait de nouveau remarquer pour avoir commandé auprès de la société Firchim un produit répulsif baptisé Malodore. Ce produit chimique laisse une odeur pestilencielle dans les endroits où il diffusé, empêchant ainsi quiconque de stationner à proximité (pourtant ce sont les odeurs qui dérangeaient les riverains...).
Mais, et c’est tout à leur honneur ainsi que celui de toute la fonction publique, les employés des services techniques de la mairie ont refusé de diffuser le produit. Le motif du refus : « Le carton de Malodore précisait que le produit était toxique et irritant, et qu’il ne fallait pas le respirer (! !!), alors les agents ont décidé de ne pas le diffuser car ils veulent bien chasser des rats mais pas des SDF » dixit un fonctionnaire sous couvert d’anonymat.
Malheureusement, les agents du centre commercial concerné, puisque les SDF squattaient devant une de ses sorties de secours, et dont une grande majorité doivent être issus des classes populaires de la ville, n’ont pas eu le cran d’afficher le même refus et ont diffusé le produit. Le mal est donc fait... La société Firchim, interrogée par journalistes auraient évoqué d’autres communes utilisant ce produit pour des raisons identiques, dommage que l’on ne sache pas lesquelles. Peut-être que les agents municipaux, dopés par l’exemple de ceux d’Argenteuil, opposeront maintenant un refus légitime.J’ajoute même qu’il s’agit d’une obligation morale de refus d’obéissance.
Les hasards de l’information évoquaient le procès en Irak d’Ali le Chimique ; et bien en Ile de France nous avons maintenant Mothron le Chimique... Quand je parlais des bourdes de ce dernier, j’aimerais en citer une autre qui dénote d’un fonctionnement particulier de la mairie d’Argenteuil : l’an dernier il avait refusé de donner son livret de nationalité à Madame O lors d’une cérémonie de remise des décrets de naturalisation sous pretexte qu’elle portait un foulard. Mme O sera convoquée deux fois de suite en mairie pour retirer son livret, mais comme elle refuse toujours d’oter le foulard, le cabinet du Maire lui en a refusé la délivrance à chaque fois. A t-on oublié en mairie que l’obligation de laïcité ne s’appose qu’aux fonctionnaires et aux élèves mineurs fréquentant les établissements de la République... Une collectivité territoriale ne pourrait t-elle pas donner un meilleur exemple du respect, voire même de la connaissance des lois françaises ?...
Additif à ce texte :
Il se trouve que je viens de relire par hasard « Nuit et brouillard » de Jean Cayrol. Du coup, j’ai recherché le film (sur google vidéo) dont ce texte faisait le commentaire (réalisé par Jean Resnais) et j’ai de nouveau regardé ces images insoutenables des camps d’extermination... Forcément, une question vient en tête : comment des hommes ont-ils pu faire cela à d’autres hommes ? Et du coup, j’ai repensé à cet épisode d’Argenteuil.
Attention, je ne suis pas en train de dire que M. Mothron, ni son équipe, sont des nazis ou des tortionnaires. Balancer du gaz répulsif sur des lieux fréquentés par des êtres humains ne veut pas dire qu’on serait capable de participer à une extermination programmée. Mais, quelque part, de manière fractale et à la puissance - dix-mille, c’est le même raisonnement. Quand on oublie que les gens à qui l’on reproche quelque chose (de circuler, de vivre ?...) sont des humains, la porte est ouverte à des dérives qui peuvent être très dangereuses... Quand les rouages d’une administration ne se posent plus la question de la relation entre la fin et les moyens, tout devient possible. Les agents municipaux ne s’y sont pas trompés. Il y a des limites à ne pas dépasser sinon on risque de tomber dans une forme de totalitarisme. Je ne peux finir cette note sans citer un passage de « Nuit et brouillard » :
« Qui de nous veille de cet étrange observatoire pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? (...) Nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin ».
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