« »« »« »« »Nous savons tout à coup ce qu’est l’Europe. Non pas le rêve des philosophes des lumières, cette Europe que Chateaubriand appelait de ses vœux, mais une colonie offerte à l’appétit des multinationales. Interdite de créer ou de travailler.
Les pays d’Europe ont été unis comme étaient liés, autrefois, dans les soutes des bateaux, les esclaves. Pour être vendus. Voilà la raison de l’Europe. Voilà le destin des hommes de l’Europe.« »« »« »« »« »"
Vous relevez l’analogie entre les esclaves enchaînés d’autrefois et les pays d’Europe eux aussi enchaînés, eux aussi réduits à l’esclavage, mais cette fois par le grand business.
Et vous dites que ça relève de notre destin.
Notre destin.
J’y réfléchis à voix haute.
Nous avons hérité des Romains et de leur goût marqué pour le bétaillage des êtres humains. Ce goût étant directement associé à l’idée que leur pensée était supérieure à celle des autres.
Le rayonnement.
Je ne sais de l’Histoire que ce que j’ai pu lire ici et là, je n’y étais pas. Mais de ce que j’en ai retenu, nulle part ailleurs qu’à Rome, il n’y a eu un sentiment aussi puissant qu’on était venu sur Terre pour rayonner.
Et la Déclaration des droits de l’homme de 1789, parce qu’elle prétend très clairement prévaloir sur toutes les autres idées en cours ailleurs dans le Monde, atteste que 2000 ans après Rome, les Français les plus néoromains croient encore devoir rayonner.
Cette Déclaration de 1789 démontrait davantage la volonté des Français de revenir à Rome (sans roi ni Dieu) que leur volonté de respecter les autres peuples. Peu importait le contenu fumeux de la Déclaration, c’est le fait d’oser affirmer qu’il peut exister des valeurs universelles et que les Français en sont les découvreurs-dépositaires-vestales-garants qui leur confère l’autorité romaine. Malgré ou grâce à cette belle Déclaration égalitariste, les Français ont pu mettre en place et faire durer le colonialisme pendant 170 ans
Les peuples colonisés, lassé de ne pouvoir bénéficier réellement ni de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, ni de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1947, se sont débrouillés pour briser leurs chaînes vers 1960.
Très bien.
Mais après ?
Que peut-on faire quand on a mis sous chaîne pendant tant de siècles les autres peuples et que désormais on ne peut plus le faire chez eux ?
On met à la chaîne chez soi.
On pratique le colonialisme incestueux.
Tout compte fait plus juste que le colonialisme externe.
De tous temps, les Romattitudes étaient celles d’une frange de la population, sa frange la plus ambitieuse et prétentieuse.
En 1950, les zoos humains étaient très visités mais il restait une poignée de gens n’ayant aucun besoin de se sentir supérieur, qui ne concevaient pas de bétailler, de déshumaniser un autre être humain, même tout noir, même naïf.
Un peuple Romaniste est constitué d’une pyramide avec, au sommet , des personnages très prétentieux et tout en bas, des gens qui sont beaucoup plus modestes.
Quand les plus ambitieux des Français n’ont plus eu la possibilité de bétailler des étrangers dans leur pays, ils ont eu l’idée de les bétailler ici en les important et en les logeant dans des clapiers. Mais la population française la plus modeste a été, elle aussi, soumise à la même stabulation.
Des néoromains du sommet de la pyramide ont réalisé qu’au fond, un Algérien, un Malien ou un Montreuillois, puisqu’ils étaient égaux, et bien on pouvait les placer à la chaîne en toute égalité.
L’égalitarisme a été exploité dans le sens d’un nivellement par le plus bas
Les Prim’Holstein, les cochons, les poulets, les Nantais, les Béninois, les Marocains, les Haut-Savoyards, tout ça c’est égal, tout ça à la stabulation, dans des hangars.
Bin, oui, les Déclarations contenaient un cheval de Troie. Elles parlaient d’égalité sans jamais dire où, ailleurs que dans l’égalitarisme, étaient les valeurs à respecter.
Une Déclaration à vocation universelle est une prétention romaine. Mais si elle pouvait s’améliorer ce serait en y parlant du respect, de la maltraitance, du mépris, de l’amitié, de la solidarité et de la prétention. En établissant les limites, surtout en posant les limites, c’est à dire sans jamais idéaliser en visant les infinis.
Rien que le respect, on se mettrait autour d’une table pour établir où il commence et où il finit, on s’accorderait dessus, ce serait très utile.
Paradoxalement, le glissement de la bétaillisation des étrangers à la bétaillisation de ses concitoyens a été, me semble-t-il, favorisée par les concepts anti patrons, anti paternalistes, par les concepts d’usine à gaz anonyme de type sécurité sociale, caisse des retraites, etc.
Avant ces structures disons communistes, où l’on traite les problèmes individuels par la société et des métasystèmes de masse, la relation du dominant au dominé était directe et allait de la naissance du veau à sa mort. Le maître gérait toute la vie de son esclave et personne ne la gérait à sa place. Il s’établissait automatiquement des relations humaines directes (dures ou tendres, équitables ou abusives) et la relation entre une bonne et son maître doit être comptabilisé au rang de ces relations. Passion comprise, rejet compris, honte comprise, désespoir compris.
(Cf la chanson Louise) http://www.wat.tv/video/louise-gerard-berliner-s0ot_2flcz_.html
Pour essayer de comprendre comment nous en sommes arrivés ici, réalisons que malgré la désolation que peut représenter un patron engrossant sa bonne et l’abandonnant à la honte, voire à la mort, malgré ce sordide, on est exactement dans l’humain, vraiment dans l’humain. Tout Dostoïevski, tout Tolstoï c’est de l’humain. Les Misérables, ça fait repoussoir, ça fait misère, mais c’est de l’humain. Tout ce que raconte Zola, ça fait horreur mais c’est de l’humain.
Les Thénardier, leur masure, c’est de l’humain.
Une ferme de stabulation toute automatisée, ce n’est plus de l’humain. Des gens qui entrent dans le métro et s’entassent dans les rames, ce n’est plus de l’humain. Le robot nous répond de rappeler plus tard , ce n’est plus de l’humain.
On dirait que notre fantasme principal, hautement pygmalien, est de refabriquer l’homme, mais en moins humain.
Nous serions déjà en train d’entamer notre voyage intersidéral, vers une autre Terre. Concrètement, nous restons certes toujours ici mais nous sommes en train de nous transférer dans les machines.
Il y a 20 ans, les répondeurs téléphoniques répétaient une voix humaine, la nôtre. Et c’était donc encore personnalisé. Puis il y a eu les voix numériques, les voix de synthèse. Aujourd’hui, il y a des humains qui disent au revoir à la voix cybernétique et qui en prennent aussi le timbre.
Peut-être parce que nous aurions mal compris les auteurs dits humanistes, ceux qui nous ont exposé la misère du monde ; peut-être parce que nous aurions mal compris Chaplin, nous serions allés à croire qu’il ne faut surtout plus ça.
Ce qui ne pouvait conduire qu’au dégoût de nous-mêmes.
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