LE CYBERESPACE N’EST PAS LE CINQUIEME POUVOIR.
1)DEFINITION. La notion de pouvoir doit être détaillée.
2)DISCUSSION. Le monde financier et économique est le cinquième pouvoir. Le cyberespace, serait-il le support d’un sixième pouvoir ?
1)DEFINITION
Le substantif « Pouvoir » renvoie à quatre définitions principales (citations du dictionnaire Robert)
1 - Le fait de disposer de moyens naturels ou occasionnels qui permettent une action (= faculté) Exemples : le pouvoir d’achat ou des pouvoirs surnaturels.
2 - Possibilité d’agir sur qqn, qqch (= autorité, puissance). Exemples : pouvoir de séduction ou avoir du pouvoir sur une assemblée
3 - Situation de ceux qui dirigent ; puissance politique à laquelle est soumis le citoyen. Exemple : pouvoir monarchique ou démocratique.
4 - Droit et possibilité d’action codifiée, dans un domaine précis. Exemples : POUVOIR LEGISLATIF, chargé d’élaborer la constitution, la loi. POUVOIR EXECUTIF, chargé du gouvernement et de l’administration. POUVOIR JUDICIAIRE, chargé de la fonction de juger. Pour la suite de mon propos, vous noterez que le Robert parle d’une locution propre à cette quatrième définition : « LE QUATRIEME POUVOIR » dans lequel ce dictionnaire regroupe uniquement LA PRESSE et LES MEDIAS en général.
2) DISCUSSION.
Ce quatrième pouvoir, à la différence de l’analyse de Thierry Crouzet citée par Carlo Revelli, ne concernerait donc pas le business. Ce qui me semble assez cohérent puisque un certain nombre de médias et de journalistes relativement ou totalement indépendants de la finance et de l’économie tente de faire un travail d’informations et d’analyses de celles-ci, en dehors de la pression et de l’intérêt d’entités économiques ou financières particulières. (Références : certains journaux ou certaines émissions d’informations de TV ou de radio). A noter : l’association médias/business se justifierait par l’existence de certains grands groupes financiers et industriels propriétaires d’outils d’informations (Lagardère par exemple).
Je vous interroge donc sur le sens de cet amalgame discutable « médias/business » qui constitue pourtant un point de départ important de cet article et de la proposition de rencontre de Carlo Revelli. Pour moi, le CINQUIEME POUVOIR n’est pas celui des cybernautes mais celui DU MONDE DE LA FINANCE ET DE L’ECONOMIE (y compris les syndicats, acteurs reconnus de cette sphère). Par exemple, les décisions de délocalisation et leurs conséquences sur l’économie locale, sur les travailleurs et sur le tissus social correspondant, n’ont rien à voir avec les médias et renvoient cependant à la définition 2 et 3 du « pouvoir » = « Possibilité d’agir sur qqn et qqch » et « situations de ceux qui dirigent ».
Ceci étant constaté, nous envisagerons donc l’existence d’un SIXIEME POUVOIR qui serait celui de LA COMMUNAUTE DES INTERNAUTES, citoyens communiquant sur les faits de société. Il est évident qu’Internet constitue un moyen de communication novateur et performant. Il peut susciter la naissance de groupe d’opinion et de pression. Nous l’avons vu au USA lors de la dernière campagne présidentielle. Les futures élections en France n’échappent pas non plus à cette présence du web.
Si nous prenons le mot « pouvoir » dans le sens des 2 dernières définitions citées ci-dessus, nous le comprenons comme une force structurée par le regroupement coordonné et hiérarchisé d’un certain nombre d’individus qui, en conséquence, peuvent exercer des actions contraignantes ou entraînantes sur le reste de la société. Concrètement :
- les lois, décidées par certains, nous concernent tous (par exemple, interdiction de fumer dans les lieux publics),
- l’Etat peut nous encourager sur certains points (par exemple par des aides fiscales),
- les juges, dans certaines situations, peuvent nous imposer des décisions réglementaires ou arbitrées,
- les journalistes ont pour métier de proposer des informations et des analyses qui peuvent nous faire évoluer (par exemple, les explications données concernant les mutations climatiques)
- les décideurs économiques peuvent nous orienter positivement ou négativement (par exemples, par des propositions de de progression ou de formation professionnelles ou, au contraire, par des licenciements).
Ces cinq pouvoirs existent donc par leur institutionnalisation reconnue et par leurs conséquences organisationnelles sur notre quotidien. Ce que je nomme le SIXIEME POUVOIR (et que d’autres définissent comme le 5ème) n’a pas cette structuration. L’extrême diversité des opinions sur Agoravox montre que nous sommes loin de pouvoir constituer, à l’image des autres pouvoirs, une entité coordonnée et agissante.
Face à la fragilisation et aux défaillances des 5 autres pouvoirs (l’actualité nous le prouve tous les jours), la proposition de rencontre de Carlo Revelli serait-elle donc une tentative d’organisation d’un 6ème pouvoir ? On peut l’envisager. Dans cette optique, nous pouvons nous rappeler les cahiers de doléances, qui ont été remontés vers le pouvoir central lors de la Révolution française...
Certains commentateurs ont souhaité des rencontres locales des internautes d’Agoravox, ce qui est plus simple et plus cohérent à organiser. Nous n’aurions donc plus les problèmes de la domination parisienne, des frais de déplacement pour certains et de l’inévitable concentration de la parole par quelques uns lors d’une grande messe centralisée.
En résumé : Les communications améliorées et amplifiées par Internet peuvent suggérer des rapprochements et d’éventuelles prises de pouvoir que l’on ne peut envisager que de façon démocratique. Est-ce ce que chacun désire ? Pour savoir cela, des rencontres de proximité, conviviales mais structurées, sont parfaitement possibles. Mais attention, ne vont-elles pas venir se surajouter avec les multiples possibilités existantes dans les cadres associatifs, syndicaux, politiques, altermondialistes, etc. ? On peut comprendre ici la position de certains commentateurs qui ne souhaitent pas participer à de telles rencontres, estimant que le fonctionnement informatif et discurssif plus ou moins anonyme d’Agoravox suffit largement.
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En tout état de cause, nous sommes irrémédiablement condamnés à nous affairer avec Eros et les forces de vie pour supporter Thanatos et son énigme du néant. Le cyberespace est une nouvelle illustration de la puissance de ce mouvement.
Bien sincèrement
Didier LESCAUDRON.
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