Je crois que le sens fondamental de l’expression « la France présidente », c’est l’idée que chaque Francais - je conjugue au masculin mais je parle des deux genres - se sente partie prenante du pouvoir, co-président en quelque sorte.
Chaque Francais était déja affublé du titre de citoyen-expert, aujourd’hui c’est la promotion, l’électeur citoyen-expert est promu président. Fondamentalement, ne s’agit t-il pas de la forme de flatterie la plus poussée des électeurs ? N’est ce pas l’incarnation meme du populisme ?
Je trouve salutaire que l’on veuille interesser de plus en plus d’hommes et de femmes à leurs droits et leurs devoirs de citoyens, à la politique si déconsidérée par la télévision.
La démocratie participative n’est pas née avec Ségolène Royal, elle connait depuis quelques années un certain retentissement en Amérique Latine qui se libère progressivement de ses tyrannies, et d’une défiance des peuples qui ont connu la torture et les disparitions soudaines. Nous ne sommes pas exactement dans le meme cas en Europe et surtout en France.
Quel sera le garde-fou entre la démocratie d’opinion et la démocratie participative ? Je n’en vois aucun dans toutes les interventions de Ségolène Royal sur le sujet.
Platon nous a appris que la majorité n’a pas toujours raison sur tous les sujets. Décider du budget par exemple, ou des priorités environnementales ? est ce véritablement un sujet qui doit faire appel à la majorité de l’opinion, ou d’une échantillon ? est ce que nous sommes tous des experts en la matière ? Moi je ne suis pas un expert en environnement. Je n’ai pas travaillé des années sur le sujet. J’ai pourtant un avis, une opinion plus ou moins argumentée, basée sur des croyances et des fragments épars de connaissance. Mais je sais que mon avis ne pèsera pas lourd face à celui d’un expert. Et j’écouterais l’expert plutot que de lui imposer mon avis.
Les budgets participatifs dans les lycées du Poitou Charente ? comme ce lycée ou on a mis la priorité pour construire des hangars à vélos plutot que de refaire des salles de classe qui en avaient un besoin urgent ? Voila concrètement ou peut mener cet exces de démagogie.
L’expertise ne se décrete pas, elle vient de la connaissance et de l’expérience, de la recherche. Elle demande de l’effort, du travail. Peut on voter pour connaitre la vérité ? Galilée avait raison contre l’avis de tous.
Les domaines auxquels nous sommes confrontés sont devenus de plus en plus complexes, de l’économie à la géopolitique, de l’examen de l’histoire aux progrès dans les sciences, les matières se spécialisent toujours davantage, toute compétence est spécialisée.
Alors dans ce nivellement par le bas, en faisant croire a l’électeur qu’il sera lui meme co-président avec Ségolène Royal, qu’il est déja un citoyen expert, il y a, sinon une imposture, au moins une illusion : elle se base sur un postulat tronqué que toute la connaissance est partagée et diffuse dans l’électorat, et qu’il suffit d’un échantillon de cet électorat pour reconstituer toute la connaissance.
Et dans ce discours flatteur, il y a aussi l’idée que le manque de compétences ou les bourdes de Ségolène Royal ne sont pas graves. Elle ne prétend pas tout savoir. Elle ne fait pas croire qu’elle sait. Mais pourrait-elle seulement le faire croire ?
La politique est bien un domaine ou plus que jamais, la compétence est requise : celle de savoir guider un peuple. Et il faut croire à Tocqueville qui nous a appris que meme si le peuple n’a pas toujours raison, il possède l’instinct de reconnaitre ceux qui possèdent ce savoir. Esperons que nous n’ayons pas perdu cet instinct.
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