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Valérie (---.---.197.198) 14 juin 2006 09:39

Bonjour

la question de fond que pose la « communication » autour du mot senior est liée au changement démographique profond que vit l’ensemble des pays occidentaux depuis 1945, à savoir une espérance de vie passée de 65 ans en 1947 (date de création de la Sécu et raison pour laquelle l’âge de la retraite a été fixé à 65 ans) à 73 ans en 2005. Ce simple fait serait déjà en soi une difficulté puisque une demi-génération nouvelle a été crée ainsi.

Mais ce premier effet se double d’un deuxième qui est la forte poussée démographique connue entre 1947 et 1967 avec une pointe entre 1949 et 1953. Quinquas et sexa sont donc exceptionnellement nombreux en France.

Ce que révèlent ces deux mouvements, c’est la modification des âges de la vie. Ils suggèrent également une modification des comportements et des façons de voir.

Le terme « senior » est donc, de loin, le plus commode, pour tenter de lier les générations des plus de 50 ans alors qu’au fond elles n’ont rien en commun, mais cela permet également de faire « taire » les 70 ans et plus.

Cette génération semble en effet être la génération honteuse, surement parce qu’elle est née avant et pendant la guerre, qu’elle est celle qui a le plus payé pour la reconstruction des annés 50, qu’elle a fait l’Indochine mais surtout l’Algérie et que, si elle est à l’origine de mai 68, elle n’en a pas été le catalyseur.

Le terme « senior » permet également aux générations des quinqas et sexas (car n’oublions pas que le terme a largement été porté par des Treguer et autre Rochefort) de donner une nouvelle vie au « toujours jeune » des années 70-80 et donc de revendiquer des traitements spéciaux et de faveurs. Compte tenu du poids démographique des générations en question, la manoeuvre est plutôt bonne.

Cette belle terminologie porte cependant en elle les racines pour un futur ostracisme à double sens entre « jeunes » et « seniors ». Car à l’inverse, on a le sentiment qu’elle a vocation à exclure tout ce qui n’est pas elle et qu’elle suggère une qualité moindre des générations suivantes qui n’ont pas la chance d’avoir un « label » digne de ce nom.

Le danger est donc le lien artificiel qu’elle crée entre ceux qu’elle désigne mais également dans la séparation totalement artificielle qu’elle crée entre ceux qu’elle désigne et ceux qu’elle exclut.

Faire de la différence pour faire de la différence ne peut être qu’une mauvaise idée. Et nous sommes tous collectivement responsables de cette façon de procéder, à savoir enfermer les gens dans des catégories prédéfinies plutôt que d’envisager la complexité de la diversité de leurs appartenances. C’est rassurant mais cela ne fait que reporter le problème qui est de renouveller la façon d’envisager les questions de société. L’individualisation ne permet plus aujourd’hui de définir l’individu par sa seule appartenance à une catégorie plus ou moins objective. Tous les marketers et autres communiquants devraient cesser de chercher la « niche » mais bien au contraire le dénominateur commun large dans lequel l’individu moderne, soucieux d’être lui, d’être unique, accepterait néanmoins de participer.


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