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Forest Ent Forest Ent 14 juillet 2006 17:35

Il y a un an, des élections générales ont eu lieu en Allemagne. La droite, avec l’alliance CDU-libéraux, était donnée gagnante à l’avance. Elle a réussi à perdre son avance en une seule déclaration, quand Mme Merkel, sur les conseils de son ex-futur ministre de l’économie, a annoncé qu’elle supprimerait la progressivité de l’impôt sur le revenu. La gauche a fini majoritaire en voix. Mais la gauche a perdu l’occasion de rester au pouvoir en se divisant. En effet, un membre important du gouvernement Shröder a quitté le SPD, en opposition avec la politique de « réformes » menée. Il s’est allié avec le parti communiste pour créer le parti Links, qui a refusé de gouverner avec le SPD, et lui a pris suffisamment de voix pour l’empêcher de le faire seul. Après de nombreuses hésitations, c’est maintenant une coalition des partis les plus « centristes » SPD-CDU qui gouverne. Soit elle réussit, et l’on peut se demander en quoi consistera à l’avenir l’opposition en politique, soit elle échoue, et l’on peut se demander d’où sortira la prochaine majorité. On ne saura si elle est viable que lorsqu’elle sera confrontée à des choix importants.

Il me semble que l’on peut rapprocher tout cela de la situation française.

Nous avons nous aussi une décomposition théorique droite/gauche, et une décomposition réelle qui n’a plus rien à voir entre ceux qui pensent qu’il faut poursuivre dans la voie passée (mondialisation et libéralisme, sans précision sur les termes) et les autres. Les premiers constituent une sorte de noyau centriste qui se restreint, et les seconds des marches latérales qui se resserrent. Toutefois, à la différence de l’Allemagne, notre système présidentiel rend très difficile en pratique une coalition du centre. Cela crée pour nos partis « centristes » un exercice qui ressemble à la quadrature du cercle. (J’utilise ici le mot « centriste » en termes de position sur les bancs, et pas en termes idéologiques, car le libéralisme me semble une idée somme toute assez extrêmiste).

A gauche, nous avons le PS, dont une majorité de l’électorat est antilibérale, et une minorité prolibérale. Il ne peut avoir aucune ligne politique claire sans éclater. Son jeu sera de maintenir l’ambigüité le plus longtemps possible. Ceci va fatalement décevoir une partie de plus en plus grande de ses électeurs. S’il reste sur sa ligne libérale, ce sera la majorité qui risque de « fuir à l’allemande ». C’est ce qui est arrivé en 2002 et en 2005. C’est une tendance qui va s’aggraver. On peut avoir une gauche majoritaire en voix mais incapable de gouverner. Si par contre le PS prend une position antilibérale, il risque de ne plus pouvoir réunir de majorité de gouvernement.

A droite, nous devrions avoir en théorie une majorité de libéraux et moins de problèmes idéologiques. C’est faux en pratique. Seule une petite majorité de l’électorat de l’UDF et de l’UMP est libérale au-delà des simples déclarations. Beaucoup restent finalement assez proche du gaullisme, et opposés au libéralisme cru d’aujourd’hui. Ces partis sont menacés dans leur camp à leur droite et à leur gauche. Ils sont obligés eux aussi au grand écart, avec à la fois des discours extrêmistes sur la sécurité et l’immigration, pour plaire aux électeurs de leur droite qui refusent la mondialisation, des discours libéraux pour marquer leur camp, et des discours antilibéraux pour ne pas fâcher la majorité des français.

Nos partis sont finalement baillonnés par le fait qu’ils ne représentent plus les vrais clivages de l’électorat. Celui-ci se coupe désormais en libéraux, minoritaires, antilibéraux ultranationalistes, minoritaires, et antilibéraux sociaux, les plus nombreux.

Comme en Allemagne, les partis « centristes » continueront à s’affaiblir jusqu’à disparaitre ou être contraints à fusionner. L’apparition d’un grand parti antilibéral est peu probable pour beaucoup de raisons, la principale étant qu’il n’aurait aucun soutien financier et médiatique.

Donc notre système politique continuera de péricliter jusqu’à la crise.

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