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Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 2 avril 2012 17:51

Pour ne pas jeter d’huile sur le feu, je me contenterai de citer un historien qui n’est ni Stora, ni Manceron :


"« Laissons travailler les historiens ! » Cette réponse du gouvernement précédent n’a aucune chance de refermer le débat, puisqu’elle est contestée à l’intérieur comme à l’extérieur de leur corporation. L’histoire de la guerre d’Algérie est en effet une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls historiens, qui sont aussi des hommes et des citoyens. On ne peut songer sérieusement à leur demander de se désintéresser de la demande sociale et des enjeux politiques ou éthiques de leurs travaux, pour se retirer dans une tour d’ivoire scientiste. 
Mais doivent-ils pour autant se croire obligés de prendre parti rétrospectivement sur un problème politique aujourd’hui dépassé, pour aider l’un ou l’autre camp à gagner la guerre des mémoires ? Doivent-ils abdiquer leur 
indépendance en se laissant réduire au rôle d’avocats ou de procureurs d’une cause ? Je crois que non, parce qu’ils ont d’autres pouvoirs et d’autres devoirs. Ils peuvent notamment clarifier les débats en distinguant des enjeux qui étaient à l’époque inextricablement confondus : l’indépendance de l’Algérie par rapport à la France, qui est un fait irrévocablement accompli, la liberté des Algériens, qui reste à assurer, et le problème éthique de la fin et des moyens, qui nous concerne tous plus que jamais. Comme l’a dit Paul Ricoeur, « à l’histoire revient le pouvoir d’élargir le regard dans l’espace et le temps, la force de la critique dans l’ordre du témoignage, de l’explication et de la compréhension, et plus que tout l’exercice de l’équité à l’égard des revendications concurrentes des mémoires blessées et parfois aveugles au malheur des autres »

. C’est pourquoi j’ai cru devoir appeler les historiens -et tout particulièrement les jeunes historiens qui n’ont pas vécu la guerre d’Algérie- à revendiquer les rôles d’experts, d’arbitres et de médiateurs entre ceux des anciens acteurs et témoins qui seraient disposés à l’autocritique, au dialogue et à la réconciliation 

. Mais jusqu’à présent, mon optimisme raisonné paraît moins justifié par les faits que le pessimisme de Jacques Frémeaux. Constatant que « le ‘devoir de mémoire’ n’est trop souvent que le masque derrière lequel se dissimule une volonté de se venger, voire de punir, sans comprendre et surtout sans pardonner », celui-ci déplore l’affrontement stérile entre « un nationalisme étroit » et « un internationalisme mal compris », et il conclut ainsi : « A l’heure où un nombre croissant de Français sont des Algériens musulmans d’origine, on est en droit de se demander quelle communauté nationale pourra se perpétuer sur de pareilles incompréhensions et de pareilles ignorances. Si l’historien, dont le métier est d’étudier les guerres comme le médecin étudie les pathologies, peut regarder en face ce sombre avenir, le Français et le citoyen ne peuvent qu’en être profondément angoissés » 

.  
                                                                           Guy Pervillé.

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