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easy easy 29 juin 2012 21:20

Si un philosophe est quelqu’un qui propose une manière de pensée originale, il n’y en a qu’une dizaine dans l’Histoire et MO n’en fait pas partie.
Si un philosophe est quelqu’un qui sait démonter les manières de penser originales ou ordinaires, alors il y en a beaucoup et il en est un.

Taxer d’antisémitisme ou antijudaïsme une personne qui démonte des religions abrahamiques dont le judaïsme n’est pas totalement faux. C’est biaisé et stigmatisant victimiste mais ce n’est pas absolument faux.

Un indifférent ne parlant jamais des religions abrahamistes mais vivant nonobstant elles, est-il anti abrahamiste ?
Grosse question philosophico juridique où l’on pourrait déjà faire deux cas.
Un premier où cet indifférent serait inconscient de son indifférence à Abraham et dont on pourrait dire qu’en tant qu’ignare il n’est pas anti quoi que ce soit.
Un second où cet indifférent serait considéré conscient de son indifférence et là, il y a la possibilité de l’accuser de refus, de rejet ou de résistance. Là on pourrait le traiter d’anti.

Or, il est possible de considérer que tous les non abrahamistes européens connaissent ces propositions mais refusent délibérément d’y adhérer. Ils seraient alors anti. Anti passifs si les abrahamistes sont tolérants, anti actifs si les abrahamistes sont sévères. 


Quiconque professait un des trois abrahamismes à une époque autour de la Méditerranée était considéré comme anti les deux autres et pouvait être mis à mort si isolé.
Quiconque n’était d’aucun abrahamiste était considéré conscient de sa marginalité donc rebelle. Comme il était forcément isolé, il était facilement mis à mort.
En somme, toute personne ne s’affichant pas clairement pro pouvait être considérée anti et mise à mort si isolée.



De nos jours, en France, un non abrahamiste, tant qu’il ne parle jamais d’Abraham, peut assez souvent être considéré « refusant passif ». Mais dès qu’il en dit quelque chose, il est considéré « anti actif ».

Et je crois que c’est vrai.
Je crois qu’en tant que connaissant des abrahamismes, quiconque en dit le moindre mot contre, peut et doit être considéré anti.
Reste qu’on peut encore faire toute une hiérarchie entre des anti.
On peut par exemple être anti Chirac et le dire mais attendre tranquillement les élections pour le sortir, sans jamais rien faire d’autre contre lui, pas même lui lancer une tarte à la crème. On est alors un anti des plus patients et sages, des plus démocrates aussi.

Au lieu de protester vainement et paradoxalement contre les accusation d’anti, il me semble qu’il serait temps d’admettre que si l’on ne suit aucun abrahamisme et si de surcroît on dit ici et là que c’est de la superstition, on est anti. Petitement anti, grandement anti, selon ce qu’on en dit ou ce qu’on entreprend mais anti. 

Si l’on n’en vient pas là, on va constamment se retrouver isolé par un procès qu’on estimera être un faux-procès.

Le point de l’isolement est capîtal des peurs, des risques, des menaces et des stratégies
 
Si nous en étions déjà au point où personne ne discuterait le fait qu’en disant parfois ou souvent des choses en défaveur des abrahamismes on serait effectivement contre, ni Onfray ni personne ne se retrouverait stigmatisé ou accusé d’anti ceci cela. 

Ne seraient plus accusés que ceux qui iraient plus loin que les seules critiques verbales ou écrites.

C’est à mon sens en raison de la lâcheté commune et séculaire de tous des croyants comme des mécréants mais de ces derniers en particulier que des stigmatisations en « antisémitisme » sont possibles. Acceptons d’être qualifiés d’anti si nous critiquons négativement


Vous DSS, si vous êtes abrahamiste, vous n’avez pas à vous dire anti ou alors de deux abrahamismes sur les trois. Mais si vous n’êtes pas croyant et s’il vous arrive d’émettre des critiques contre tout ou partie des abrahamismes, alors il ne faut pas refuser de vous dire anti.




A part ça.

L’assertion « Je ne suis pas d’accord...mais je me battrai... » est attribuée à Voltaire, probablement à tort ou en étant trop sortie de son contexte de l’époque.

Voltaire a assisté au procès inique suivi de la torture délirante de Damiens et il n’a strictement rien dit ni écrit pour défendre ce malheureux qui n’avait même pas d’avocat. Ainsi quand il s’était agi de défendre un Calas ou un de la Barre contre les grenouilles de bénitier, il en était. Mais quand il s’est agi de défendre un père qui se vengeait d’un roi qui avait possiblement abusé de sa fille, il n’en était plus.


Il se pourrait que vous et MO, vous soyez comme en souffrance, en difficulté, surpris ou fragilisés parce que vous vous feriez des illusions tant sur les Grecs anciens que sur les Lumières. 
« Comment, venant d’Athènes, de Rome et des Lumières, avons-nous pu retomber si bas ? »



Je ne suis pas helléniste mais quand je vois ce qui s’est passé au procès de Socrate, j’ai des haut-le-coeur. Pourquoi passe-t-on sous silence ce fait ? Pourquoi érigeons-nous l’Antiquité grecque et romaine en exemples absolus ? 

Parce que ça nous arrange.

Exemple en image. Avant Manet, les artistes pouvaient représenter des nus. On en voyait partout alors que les Français n’étaient pas du tout naturistes. Comment cette exhibition de nudités était-elle possible ? Grâce à l’hellénisme. On se servait de ce qu’on voulait des Anciens pour dessiner ou sculpter des interdits. Et on se servait aussi de l’énorme fonds mythologique qui avait toujours servi à des chefs pour se prétendre descendants d’Apollon ou d’Enée. 
Freud, quand il ne savait pas comment s’autoriser, puisait dans ce fonds.
Et ces représentations de personnages nus sur décor antique ne devaient montrer que des gens étant nus comme ça, par habitude, pas du tout pour faire l’amour, pas du tout pour prendre du plaisir. Le spectateur ne doit pas être surpris par d’autres spectateurs à regarder avec concupiscence. On est censé regarder une oeuvre à plusieurs personnes et on est censé penser alors aux devoirs à accomplir, pas bander. Et si on bande, on doit s’en cacher.

Un jour, Manet décide de rompre avec cette hypocrisie. Il représente un déjeuner sur l’herbe où il y a une femme nue mais il n’utilise plus le biais helléniste. Il entoure cette nudité d’hommes portant des habits XXème et visiblement invités à la bagatelle. Quel scandale !
(Quant à Courbet, son Origine du monde, il a dû le planquer)

Et je te passe le scandale du sacre du Printemps qui n’utilisait plus l’Antiquité grecque mais quelque chose d’autre.
Même Racine, pour placer son style non classique en dépit du décor qui le restait en avait bavé.
 
Je subodore donc que toute la vulgate hellénistique et romaine dont nous sommes gavés est bidonnée et qui nous faudrait tout vérifier à la source. 




Car bien plus près de nous, il y a eu un énorme bidonnage sur les Lumières.
Si vous lisez tout ce qu’a écrit Voltaire, vous allez vous sentir très mal. Et si vous vérifiez les définitions de l’encyclopédie de Diderot à laquelle ont contribué des dizaines de Lumières, aussi.
Il n’aurait jamais été nécessaire de faire autant de révolutions et de guerres entre européens si les Lumières l’avaient été réellement. 
Elles ont été essentiellement anticléricales. Mais il n’était pas question pour nos Lumières de considérer que la gueusaille devait faire autre chose que les nourrir et les servir. Si Kant a pu écrire « La nature n’a doté le nègre d’Afrique d’aucun sentiment qui ne s’élève au-dessus de la niaiserie » c’est qu’il n’y avait guère que Rousseau à cette époque pour être vraiment humaniste. 


Mais.

Si nous commençons à démonter l’hellénisme bricolé et les Lumières bricolées, que va-t-il nous rester pour donner dans les grandes orgues ? 
Comment évoquer, la poitrine gonflée d’assurance, qu’il faut laisser un accusé s’exprimer parce que Voltaire bla bli bla blo si on l’a déjà déboulonné ?


Nous sommes installés sur un empilement de faux. Mais nous nous démerdons tant bien que mal sur cette installation. Démonter nos fondations avec la prétention de tout refonder sainement, va déjà nous envoyer à la panique car plus rien ne tiendra dans l’intervalle. 

Il faut entreprendre de refaire nos pilotis mais lentement, un à un. 


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