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Cercle des Volontaires Cercle des Volontaires 30 juillet 2012 13:22

Lire des contre-vérités ne suffit pas pour qu’elles deviennent des vérités, je vous conseille de varier vos sources et d’aller voir autre part que sur le site Evene qui appartient au marchand d’arme Serge Dassault dont je doute qu’il veuille donner une image juste de Maximilien Robespierre.

Voici un extrait du commentaire de Annie Jourdan, à propos du livre de Mc Phee. Je met en gras ce qui nous intéresse le plus...

"La Terreur est-elle robespierriste ? 

Robespierre incarne-t-il à lui seul la Terreur, telle qu’elle a été mise en place en septembre 1793, avec ses lois répressives et son gouvernement révolutionnaire ? Selon McPhee, l’Incorruptible n’a jamais souhaité la supprimer. Il l’a même amplifiée en faisant voter la loi du 22 prairial qui simplifiait à outrance la procédure judiciaire. Qui plus est, le discours du 8 Thermidor annonçait de nouvelles arrestations, et, sans doute, des exécutions. Mais le plus curieux, c’est que ces exécutions se sont accélérées, alors même que Robespierre était malade, et donc absent. Une enquête minutieuse sur les motifs secrets de cette accélération fait encore défaut. Dans ses attaques de Fructidor an II contre les membres des comités, le Dantoniste Lecointre était le premier à la faire observer — chiffres à l’appui. Tout cela a été repris par Saladin dans son rapport au nom de la Commission des Vingt-et-Un contre les quatre « grands coupables », condamnés en germinal à la déportation [6]. Ces témoignages pourraient suggérer quelques nouveaux éléments de réponse, bien qu’ils soient publiés après la mort de Robespierre. Tout en notant la recrudescence des exécutions, McPhee ne met peut-être pas assez à profit ces témoignages de l’an III, de même que les résultats des recherches de Jean-Clément Martin et de Michel Biard sur le fait que la Convention n’a jamais mis « la Terreur à l’ordre du jour ». À y regarder de plus près, il s’avère que, le 2 germinal an II, la Convention a officiellement proclamé « la justice et la probité à l’ordre du jour » [7]. Ces études nouvelles devraient permettre de tirer d’autres conclusions, et de mettre fin au mythe de la Terreur, sans pour autant minorer les violences propres à la guerre civile et à l’affrontement des factions [8]. L’auteur n’insiste pas non plus suffisamment sur le fait que le 9 Thermidor ne clôt pas la période qu’il est convenu de nommer la Terreur — et il est vrai que là n’était pas son sujet.

Le fait est qu’à la mort de Robespierre le tribunal révolutionnaire se perpétue, et avec lui, le gouvernement du même nom. Celui-ci se maintient en vérité jusqu’à l’entrée en vigueur de la Constitution de l’an III et celui-là jusqu’au 12 prairial an III, tandis que le 1er Germinal de la même année, Sieyès présente une nouvelle loi de police générale, aussi sévère que celles qui avaient précédé : elle prononce la peine de mort, la déportation, les fers et la mise-hors-la-loi « sous le misérable prétexte de rassemblement » — elle sera appliquée dès les journées de Germinal et de Prairial an III par une commission militaire — alors même que plusieurs des Girondins de retour appellent à « jeter la terreur au sein des nouveaux conspirateurs » [9]. Et de fait, des hommes qui passent pour modérés, Cambacérès et Merlin de Douai en particulier, sont à l’origine de la plupart des lois dites terroristes, que ce soit celle des suspects du 17 septembre 1793 (Merlin) ou celle du tribunal révolutionnaire de mars 1793 (Cambacérès), y compris la catégorie hors-la-loi conçue alors par ce même Cambacérès. Les deux éminents juristes se sont perpétués à la présidence du Comité de Législation et refusaient même après Thermidor qu’on abolisse les lois susnommées. Lors de sa détention en l’an III, l’ancien membre du Comité de Salut public, Robert Lindet, ne craint pas du reste d’attribuer à Merlin de Douai la responsabilité de ce qu’il appelle les « assassinats judiciaires » commis dans les départements [10]. Parmi les lois répressives seule celle du 22 prairial an II, présentée à la tribune par Couthon, a été rédigée et imposée par le petit cercle robespierriste [11]. Une étude sérieuse et motivée juridiquement serait nécessaire pour comprendre ce qu’elle impliquait réellement. Les critiques unanimes qui s’élevèrent alors contre cette loi concernaient avant tout l’article XX (par lequel était stipulé que la Convention dérogeait à toutes celles des lois précédentes — ce qui suggérait que l’Assemblée n’aurait plus à statuer sur le sort de ses membres suspects) et l’article XI (les suspects seraient directement traduits devant les deux grands comités). Ainsi apparaît, me semble-t-il, une configuration bien plus complexe que ce que veut bien le dire l’historiographie traditionnelle — soit marxiste, soit révisionniste. Dans cette configuration figurent donc des acteurs secondaires qui au 9 Thermidor sont restés prudemment à l’arrière-plan, mais auxquels est due la plus grande partie de la législation révolutionnaire que l’on reproche si violemment aux seuls Robespierristes. Qu’ils n’aient jamais été inquiétés démontre certes qu’ils étaient vus comme des ‘technocrates’ — Merlin de Douai fut le plus grand juriste de son temps, et, banni en 1815, poursuivit sa carrière à Bruxelles — et non comme des idéologues. Cela suffit-il à faire porter toute la responsabilité à Robespierre, Barère, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois ? Robert Lindet en tout cas y répugnait.

Robespierre est devenu le bouc émissaire de la Révolution française, parce qu’il avait perdu son sens politique (p. 206) : il a été assassiné par des hommes qui craignaient pour leur vie, mais aussi et surtout par ceux qui avaient exercé une répression sanglante durant leurs missions de commissaire. Eux n’étaient pas restés confinés dans un bureau comme Robespierre. L’auteur en est conscient et le note explicitement. Mais en tire-t-il toutes les conclusions qu’il conviendrait ? Car ce que suggèrent les remarques relatives à Merlin et à Cambacérès et la politique de l’an III, c’est que le gouvernement révolutionnaire était sincèrement accepté par une grande partie de la Convention — y compris par des hommes qui passent encore et toujours pour modérés.

Peter McPhee est également attentif au nombre de signatures apposées par Robespierre et au nombre de discours qu’il a prononcés. Régulièrement, il les cite soit comme preuves de l’innocence de son personnage — absent notamment lors des exécutions en masse du printemps 1794 — soit comme signes de fatigue et de repli sur soi. Il étudie également l’œuvre accomplie par Robespierre au Bureau de Police générale entre mai et juin 1794, et découvre seuls trente décrets de sa main, mais rarement un ordre d’arrestation. L’Incorruptible exige plus de preuves, réfute l’anonymat, et renvoie les dénonciations à qui de droit (p. 192). Seule exception notoire : la Cabarrus, dont « il faut réunir toutes les pièces à conviction » [12]. L’auteur n’oublie pas non plus de noter les références privilégiées de Robespierre : 119 références à la vertu contre 28 seulement à la terreur (dans les discours de novembre 1793 à février 1794). Encore pourrait-on ajouter que son usage de la notion de terreur est rarement pris dans un sens « actif ». Par terreur il peut tout aussi bien indiquer la terreur infligée aux amis de la liberté par les contre-révolutionnaires ou celle que suscitent ses ennemis personnels aux députés de la Convention — notamment après messidor an II quand circule la liste de ses prétendues victimes à venir, stratégie que Robespierre qualifie lui-même de « système de terreur ». La Terreur mise en œuvre par la Révolution, à l’inverse, est pour lui synonyme de justice (comme dans le fameux discours du 5 février 1794 : une « justice prompte, sévère, inflexible »). Pour comprendre le sens précis du terme, force est d’examiner le contexte dans lequel il est employé. Rares sont les historiens qui s’y sont attachés. De là une confusion certaine."

En espérant que cela vous aidera à comprendre qui était Robespierre. Un Homme, certes, avec tous les défauts que cela implique... Mais un grand Homme !


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