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En réponse à :


Pierre Régnier Pierre Régnier 15 février 2013 09:11


Chers rebelles (je mets un s parce que ma réponse « à Loup » est aussi une réponse à easy du 15 à 0 h 07)

 

D’accord avec easy - paco dit très bien comme c’est agréable et instructif de le lire - sauf sur son début et sa fin.

Saramago ne disait pas  »une bêtise" après le 11 septembre, il disait ce que nous disons ici tous les trois de différentes manières : l’homme a fait du Dieu qu’il a inventé la pire des inventions. Moi j’ajoute simplement qu’il n’est en rien fatal qu’il en reste là éternellement, et c’est pourquoi je suis en désaccord avec la fin : il ne faut interdire à personne de parler au nom du dieu auquel il croit…

 

…et je suis d’ailleurs heureux que l’Eglise, en s’exprimant publiquement, combatte en ce moment, comme moi dans une démarche un peu différente, la destruction du mariage éxigée par une petite minorité totalitaire et égoïste (qui veut son remplacement par quelque chose de complètement  différent qui l’arrange).

 

Ce que je dis, par contre, c’est qu’il faut que ceux qui s’expriment "au nom de leur Dieu" soient soumis, quand ils s’expriment, aux mêmes lois que ceux qui s’expriment de manière profane. Voyez, dans ma réponse à Grandgil du 14 à 16 h 13, le petit texte par lequel j’introduis celui, plus long, dont je donne le lien (le second dans ce commentaire).

 

Plutôt que de répondre directement à ce que vous croyez voir comme des divergences entre nous, je vais m’éloigner un peu et apporter quelques précisions plus utiles.

 

Je dois d’abord - mea culpa - regretter ce que je vois maintenant comme une erreur grave dans le titre de mon article : même le nouveau pape ne pourra pas « supprimer » la pire des croyances, il pourra seulement (et je répète bien sûr que, selon moi, il le devra) demander à son église qu’elle la rejette, et proclamer qu’elle l’a rejetée, elle, quand, comme je l’espère, elle l’aura fait. Mais on ne peut pas supprimer chez quelqu’un d’autre ce qu’il croit, on peut seulement tenter de le convaincre que c’est déraisonnable et dangereux de le croire.

 

Ce que l’Eglise, sous la conduite d’un pape non enfermé - comme Ratzinger / Benoît XVI depuis toujours - dans un paralysant et « indirectement criminogène » dogmatisme, c’est cesser de justifier, conforter, répéter, enseigner, transmettre… la partie criminogène de ce qui fut jusqu’à présent la croyance (figée, « bétonnée » dans la théologie) de cette Eglise. Pour le dire autrement, elle devra « dé-diviniser, dé-sacraliser, dé-dogmatiser » cette partie qu’elle a, jusqu’à maintenant divinisé, sacralisé, dogmatisé.

 

Je conserve, c’est vrai, le plus grand respect pour la recherche spirituelle religieuse du monde chrétien de mes origines et de mon entourage présent, exactement comme je respecte la recherche spirituelle « athéologique » de Michel Onfray. C’est ce qui m’a amené à le soutenir et le remercier quand il a mis en valeur le « Qui est Dieu ? » de Jean Soler. Grâce à lui j’ai lu ce livre et je le conseille maintenant à tous.

 

easy veut  »effacer complètement l’abrahamisme et le christianisme". J’ai déjà dit plusieurs fois ailleurs comment je veux voir l’un et l’autre, en reconnaissant qu’il s’agit bien d’une invention de ma part.

 

La (partie de) la croyance chrétienne qu’on dit « sacrificielle » constitue selon moi une sorte de retour aux conceptions religieuses d’avant Abraham. Il me plaît (invention personnelle j’en conviens) de penser qu’Abraham s’est révolté contre le Dieu en lequel il croyait et qui lui faisait croire qu’il devait tuer son fils. Il y a eu une prise de conscience personnelle chez Abraham l’amenant à « désobéir à son Dieu » plutôt qu’à obéir au second de ses deux ordres contradictoires : Tu tueras ton fils ! Non, tu ne tueras pas ton fils, ce n’est pas bien, on ne tue pas son fils. Il me plaît de penser qu’Abraham avait, de lui-même, inventé quelque chose de ce que Michéa répétant Orwell met en valeur sous le nom de « common decency ».

 

Peu importe que Jésus ait cru ou non que « Dieu son Père » lui demandait de se faire tuer « pour la bonne cause ». Ce qui compte pour moi c’est la définition de « la bonne cause » en 2013. Nous savons maintenant, avec suffisamment de preuves à l’appui apportées par les deux derniers millénaires, que la coyance criminogène conduit à la criminalité effective. Je continue de croire qu’en matière d’influence sur le fonctionnement sociétal de la vie des hommes c’est ce que Jésus s’est imposé à lui-même qui a fait la force de son message, pas ce que « son Dieu d’avant Abraham » lui aurait commandé : j’irai, moi Jésus, jusqu’à la mort sous la torture plutôt que de renoncer à réformer ma religion en accordant la priorité absolue à l’amour, à la non-violence et à la paix. Décision admirable d’un homme auquel nous devons toujours le meilleur du soutien à nos meilleures aspirations.

 

L’Eglise, elle, ne doit pas, ne doit plus aller à l’encontre de ce merveilleux, de ce précieux réformateur. Elle doit cesser, pourraient dire Orwell et Michéa, de demander à chacun de ses membres « de se mentir à soi-même ».

 

PS : à propos du mot  »encombrant" que vous employez dans votre commentaire, Loup rebel, c’est celui que j’employais moi-même, dans le texte rappelé à Grandgil et ci-dessus, pour dire d’où venait, dans le message de Jésus, son insuffisant rejet de la violence jusque là présentée par sa religion comme étant « voulue par Dieu » :

 

 »Il voulait une profonde réforme pacifiante de sa religion, dont il restait malgré tout fortement imprégné, marqué, « encombré ». Il la voulut en donnant l’exemple d’un total don de soi, jusqu’à l’acceptation de sa propre mort dans le martyre. C’est admirable, et je crois qu’on ne se trompe pas quand on voit Jésus comme un des principaux précurseurs des Droits de la Personne Humaine."

 

Bien cordialement.



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