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Tristan Valmour 23 mars 2013 15:15

Chère Rosemar

Je crains à la lecture de vos articles que vous redoutiez une transformation inéluctable du métier d’enseignant, ce qui est bien compréhensible, le conservatisme étant un réflexe de survie.

Non, les professeurs ne sont plus les seuls détenteurs du savoir, et non ils ne peuvent être concurrencés par des sources d’information, que ce soient des livres ou des sites. En revanche, ils sont bel et bien concurrencés par différentes personnes qui maîtrisent les savoirs aussi bien, voire mieux qu’eux. Je pense que vous n’avez pas suffisamment d’expérience des autres corps de métier pour comprendre ce que j’écris. En toute chose il faut une expérience, c’est ce qui transforme durablement ses représentations.

Tout professeur ne maîtrise qu’une infime partie de ce qu’il professe, il n’en montre que quelques signes (enseigner, montrer les signes), et il compte sur les capacités du destinataire à interpréter correctement les signes dans le temps imparti, ce qui n’est l’apanage que des meilleurs d’entre eux. Les autres sont perdus.

Le professeur ne peut tout juste enseigner que le savoir théorique, théorétique, propositionnel. Voilà pourquoi les universités américaines emploient de plus en plus de professionnels pour venir épauler les enseignants, ce mouvement, certes timide, gagne quand même les charters schools. De même fleurissent les Liberal Arts dont les étudiants sont recherchés pour leur éclectisme, les entreprises se chargeant ensuite d’assurer une formation spécifique qui répond à leurs besoins.

Comme la majorité des professeurs qui n’a pas eu de cours sur l’information et les différentes sciences qui étudient ce sujet sous toutes ses formes (informatique, cybernétique, sciences de l’information, psychologie…), vous confondez allègrement connaissance et savoir, ce qui est un obstacle pour comprendre ce que devrait être réellement votre métier. Je ne vous accuse de rien, cette confusion est légitime.

Vous êtes professeur de Lettres, et on ne saurait douter de vos compétences en orthographe, grammaire de texte et grammaire de phrase, étude de textes selon les normes académiques, avec application du barème pour la notation des commentaires, dissertations et sujets d’invention. Mais sauriez-vous appliquer avec la même expertise vos compétences à l’étude d’un mode d’emploi, d’une note de service ou quantité d’autres énoncés informatifs, argumentatifs, narratifs ou descriptifs présents dans le monde professionnel ? Sauriez-vous réaliser une dissertation de Droit, sachant qu’elle se fait en deux parties selon des canons très précis ? Sauriez-vous employer vos méthodes pour étudier un texte anglais, sachant que les américains emploient une autre méthode pour étudier leurs textes ? La réponse est non. Non pas parce que vous n’êtes pas capable de le faire, mais parce que vous ne l’avez pas appris.

Tout cela me conduit à la question primordiale que l’on connaît bien en psychologie : la notion de transfert.

Aussi maîtrisez-vous non pas un savoir objectif (le savoir est l’ensemble des réponses aux questions que se pose un auteur) de ce que vous avez à enseigner, mais un savoir partiel et spécifique qui répond aux problèmes définis par les autorités qui vous engagent. Aussi n’êtes-vous pas en mesure de transférer les signes de manière à ce que chaque destinataire se les approprie, avec pour rappel que la connaissance ne peut qu’être intime et non transmissible et repose avant tout sur les capacités du destinataire, non sur ceux de l’émetteur. Il en a, dans tous les systèmes éducatifs, toujours été ainsi, à partir du moment où l’on s’est défait de Socrate.

Seulement, avec la complexification de la société, et la division toujours croissante du savoir, la transmission des signes avec les méthodes actuelles atteignent leurs limites, je rappelle qu’elles n’ont, contrairement à ce que croit le novice abusé par les médias et les faux experts qui s’y complaisent, pas changé depuis l’école de Jules Ferry, un signifiant en remplaçant un autre, le signifié restant à peu près le même, et surtout, le professeur demeurant seul maître de ses choix pédagogiques et méthodiques.

Bien à vous


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