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jean-jacques rousseau 15 avril 2013 11:28

« C’est quand même un peu facile de taper sur l’euro à tout bout de champ. »
Justement « taper sur l’euro » est peut-être « facile » mais cela implique d’en connaître les mécanismes et les effets. Cependant on ne trouve pas beaucoup d’études accessibles sur ces sujets et les tentatives de poser un débat sérieux, de formuler une critique constructive sont vite étouffées et avortées. Pourquoi ce débat n’est-il pas ouvert et libre ? A mon sens cela tient à une raison principale : c’est qu’il n’y a pas d’alternative politique et monétaire possible dans le cadre des traités européens. A quoi bon en discuter alors puisqu’aucun débouché pratique n’est ouvert, qu’aucune proposition d’ajustement ou de réforme n’est susceptible de se voir appliquée ?
Vous faites ailleurs une réflexion intéressante qui pourrait aussi l’être ici : "On ne pourra jamais rien changer car il existe une petite clique de potentats qui ont le pouvoir de tout bloquer, d’influencer les médias, de faire voter ou abroger des lois, tomber des gouvernements, écarter, corrrompre, discréditer les gèneurs.

La plèbe peut s’agiter, crier, manifester, publier, s’organiser en associations. Au bout du compte, les choses ne changent que si cela arrange une organisation plus puissante.« http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/cahuzac-torpille-par-l-armee-134131#forum3688563
Bien que cette vision paraisse assez pessimiste, elle reflète aussi un sentiment largement partagé concernant les institutions européennes.

 »Si les critères de déficit public et dette publique avaient été respectés, la zone euro ne serait pas en crise.« 
Je viens de démontrer que cette opinion n’est pas fondée. Les critères de 3% du PIB de déficit maximum ou de 60% du PIB de dette publique paraissent réalistes mais ne peuvent permettent de stabiliser l’endettement que dans le cas d’une croissance annuelle de 5% du PIB. Avec un taux d’intérêt directeur fixé par la BCE de 4,5% comme en 2008 et un PIB disons de 2600 Mds euro cela veut dire une dette »tolérée« de 1560 Mds et que l’Etat doit payer à ses créanciers donc »conformément aux normes monétaires de UE« puiser dans la masse monétaire 70,2 Mds euro par an. Ce prélèvement entraîne une réduction de celle-ci donc un ralentissement de l’économie. Ce prélèvement ne peut être compensé que par soit un nouvel emprunt correspondant ce qui va soit alourdir le déficit budgétaire, soit endetter les ménages et les entreprises. On pourrait imaginer que cette perte soit compensée par un excédent équivalent de la balance commerciale... mais ce que l’on voit surtout c’est que cet excédent commercial (de même que les revenus financiers) n’est réinjecté dans l’économie. Je vous cite un commentaire de J. Sapir à ce sujet : »Oui, c’est vrai, l’Allemagne profite aujourd’hui de la zone euro et on peut estimer qu’elle va faire près de 3 % de son PIB en plus grâce à l’existence de la zone euro. Mais ces profits, ils vont essentiellement dans la poche des dirigeants de ces grandes entreprises. Vous savez, on a calculé que depuis 2000, le revenu réel des Allemands avait stagné (après impôts) alors que le revenu des grands patrons du DAX (équivalent de notre CAC 40 ou du RTS russe) avaient doublé en termes réels. Et c’est là en fait la clé de cette espèce de schizophrénie allemande. La population voit bien pour sa part qu’elle souffre de l’euro et qu’on lui demande toujours de nouvelles contributions, en particulier du point de vue fiscal, elle est inquiète sur les conséquences que l’euro aura à la fois en termes d’inflation qu’en termes de stabilité bancaire pour les grandes banques allemandes. Par contre, les dirigeants économiques de l’Allemagne ne voient eux que les profits qu’ils encaissent de l’euro. C’est pour cela que l’on a une situation où, derechef, on a une élite politique, médiatique et économique qui est pour la maintien de la zone euro, bien entendu en payant le moins possible pour la faire fonctionner, et on a une population qui est de plus en plus eurosceptique.«  http://french.ruvr.ru/2013_04_11/Les-voies-sinueuses-de-l-euro-Interview-avec-Jacques-Sapir/ 
Les frais d’emprunts et le ralentissement économique causés par eux expliquent largement les raisons pour lesquelles les critères ne peuvent être atteints, l’autre part de l’explication peut être fondée sur ce que Keynes appelait »trappes à liquidités« qui autrefois consistait en thésaurisation de monnaie dans les matelas mais qui aujourd’hui par les facilités offertes par le principe de »libre circulation des capitaux« permet aux marges commerciales et autres fonds financiers d’échapper au mécanismes fiscaux de contrôle de la masse monétaire pour revenir sous forme de souscription d’obligation publique.
Ainsi ce que l’Euro permet par ces critères et la politique de la BCE c’est non seulement l’évasion fiscale et la déstabilisation budgétaire par l’emprunt mais aussi par là même la récession économique.
Donc il faudrait changer votre affirmation par une autre plus réaliste : »Si les critères de déficit public et dette publique sont respectés, la zone euro ne sera toujours qu’en crise."
Nb. Je remercie les commentateurs de cet article qui m’ont encouragé ou stimulé par leur critiques. Ils démontrent par là que le débat sur l’euro se poursuit et s’améliore. 


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