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Mwana Mikombo 26 avril 2013 09:39

Cher Lonsi Koko

La divergence que vous relevez est effectivement l’abime qui nous sépare. Je prendrai un exemple assez significatif pour illustrer mon propos. Prenons l’Europe, sous l’occupation Nazie (1939-1945). Encore que le nazisme était un produit de l’esprit de prédation européen né sur le sol européen et visant en premier lieu les européens. Ce qui n’est pas le cas des traites négrières européennes et arabes en Afrique, ni du colonialisme, ni du néo-colonialisme, phénomènes venant d’Occident.

Donc, pendant que les nazis occupaient l’Europe, supposons que les pays occupés, la Pologne, la Norvège, l’Autriche, la France pour ne citer que ceux-là, se soient dits :

- l’occupation allemande est devenue une réalité ;

- la seule façon de revivre en harmonie dans les espaces avant l’occupation réside dans les accords bilatéraux en matière d’immigration, d’emploi et de commerce…

- vouloir redéfinir les frontières tracées par l’Allemagne nazie reviendrait à susciter des guerres comme dans les Balkans ; Il faut éviter que l’Europe soit mise à feu et à sang ;

- l’avenir des peuples de l’Europe ne réside pas dans les massacres, les guerres, pour s’approprier une portion du territoire ; il dépend plutôt de la capacité des européens à travailler ensemble à savoir gérer de commun accord les espaces transfrontaliers, à bâtir des stratégies régionales et continentales…

- l’Europe doit parler d’une seule voie dans le monde.

C’est ainsi que raisonne Lonsi Koko concernant l’Afrique. Et c’est bien ainsi que raisonnaient les partisans du régime nazi dans les pays européens occupés. En France en particulier, ce raisonnement était le fondement de la propagande et de la politique du régime pro-nazi de Vichy. La suite, vous devez certainement très bien la connaître. Le régime nazi et ses supporters ont été balayés et bannis dans toute l’Europe et dans le monde entier par les peuples européens coalisés dans un profond et vaste mouvement de libération impliquant la Russie soviétique et appuyé par les Etats-Unis d’Amérique sans oublier les troupes africaines mobilisées par les colonisateurs et désignées méprisamment par l’expression « tirailleurs sénégalais ». En France, le terme  collaboration désigne précisément le régime de Vichy, partisan et support local de l’occupation nazie. Ce terme de collaboration s’applique parfaitement à Gaspard-Hubert B. Lonsi Koko au regard de la situation du Congo et de l’Afrique. Et l’Afrique, voici tout un continent qui est envahi, massacré, occupé, dévalisé, dépeuplé, pillé, brigandé, dans tous les sens et tous les coins, depuis des siècles et des siècles voire des millénaires, par l’Occident ! Et sur ce continent, aujourd’hui, l’idée même de collaboration n’effleure presque personne chez les autochtones, surtout même parmi les plus cultivés ! Pourtant la colonisation y est même encore fumante et continue de battre son plein ! C’est un grand miracle réalisé par l’Occident, d’avoir déshumanisé à ce point l’être humain, le nègre, au point de lui faire adorer son bourreau ! L’Europe serait dans cette situation si le nazisme s’y était éternisé. Voilà le nœud de la divergence : l’esprit et la culture de la collaboration qui vous imprègnent !

Vous dites que je serais « partisans de la révision des frontières actuelles pour permettre, par exemple, à un pays comme le Rwanda de s’approprier le Kivu au détriment de la RD Congo ». Je dois dire que vous êtes complètement à côté de la plaque. Je ne suis partisan de la « révision » d’aucune frontière actuelle. « Révision », cela veut dire enlever la barrière ici pour la remettre là. Non ! Je suis plutôt partisan de l’abolition totale et définitive de toutes les frontières héritées de la colonisation, du rétablissement, autant que faire se peut, des Etats nationaux précoloniaux, avant les traites européennes et arabes, avec l’intégralité de leurs cultures. Vous comprendrez que cela n’aménage pas la voie au Rwanda de s’approprier le Kivu au détriment du Congo, ni au Congo RDC ex-Congo belge de s’approprier le Kivu au détriment du Rwanda. Au contraire, cela permettra à toute la région des Grands Lacs en particulier et à toute l’Afrique Noire en général de se réconcilier avec elle-même, de reprendre le fil perdu de son Histoire. Cela permettra encore aux peuples africains de revivre dans la prospérité et l’harmonie dans un espace continental commun, comme autre fois avant le débarquement des européens, comme l’avait constaté de ses propres yeux l’explorateur allemand Léo Frobénius (1873-1938) en sillonnant l’Afrique d’Ouest en Est, de la côte atlantique jusqu’à la côte de l’océan indien. Léo Frobénius décrit ainsi la vie des populations qu’il avait rencontrées :

« Lorsqu’ils arrivèrent dans la Baie de Guinée et aboutirent à Vaïda, les capitaines furent fort étonnés de trouver des rues bien aménagées, bordées sur une longueur de plusieurs lieues par deux rangées d’arbres. Ils traversèrent pendant de longs jours une campagne couverte de champs magnifiques, habitée par des hommes vêtus de costumes attachants dont ils avaient tissé l’étoffe eux mêmes ! Plus au Sud, dans le Royaume du Congo, une foule grouillante habillée de soie et de velours, de grands Etats bien ordonnés, et cela dans les moindres détails, des souverains puissants, des industries opulentes. Civilisés jusqu’à la moelle des os ! Et toute semblable était la condition des pays à la côte orientale, la Mozambique par exemple. Les révélations des navigateurs du XVe au XVIe siècle fournissent la preuve certaine que l’Afrique Nègre qui s’étendait au Sud de la zone désertique du Sahara était encore en plein épanouissement, dans tout leur éclat de civilisations harmonieuses et bien formées. » (Leo Frobenius, Histoire de la civilisation africaine, Paris, Gallimard, 1936, pp. 14 et 15.)

Enfin, cela permettra aux peuples d’Afrique Noire de pouvoir asseoir l’Etat Fédéral panafricain ancré dans sa culture historique comme l’ont prophétisé le grand savant multidisciplinaire panafricain Cheick Anta Diop et son bras droit le professeur Théophile Obenga. Un Etat Fédéral Panafricain « doté d’une direction politique centrale gouvernant sans restriction venant d’une puissance étrangère quelconque » selon la recommandation de Kwamé Nkrumah, l’un des pères fondateurs du panafricanisme révolutionnaire africain.

Tel est l’énorme fossé sans fond qui sépare, d’un côté le nationalisme africain véritable, le panafricanisme, de l’autre côté le faux nationalisme, le nationalisme borné, enfermé dans le cadre étriqué des frontières issues de la balkanisation coloniale de l’Afrique, le nationalisme néocolonial, support local du colonialisme, semeur de haine entre les populations africaines, gardien de l’ordre colonial.



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